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Syrie : Malgré la guerre, l’aide aux personnes handicapées s’organise

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« Vous n’avez pas besoin d’être handicapé pour être différent, car nous sommes tous différents » Daniel Tamme.

Entretien exclusif avec Dr. Ali Turkmani, Président du conseil d’administration de l’association Aamal, recueilli par Nadine Sayegh Zelhof, correspondante d’Aleteia à Damas.

Aleteia : Pourquoi avoir décidé de vous occuper des personnes démunies physiquement et des autistes ?
Dr. Ali Turkmani : En 2002 l’idée de s’occuper des personnes handicapées, des autistes et des malentendants commençait à nous travailler. Il y avait déjà en Syrie quelques centres qui assistaient ces gens-là mais leur nombre restait insuffisant au vu de la demande. Et ce que l’on projetait était surtout  de monter un centre d’accueil avec de vrais professionnels et une équipe complète composée d’orthophonistes, d’ergothérapeutes, de psychomotriciens, de psychologues et d’assistantes sociales ; 5 formations liées et complémentaires quel que soit le handicap présenté.

Prenons le cas d’une personne hémiplégique qui vient au centre suivre des séances de physiothérapie et qui habite, seule, au quatrième étage, sans ascenseur. Si notre rôle devait se limiter aux soins médicaux et paramédicaux, on ne réglerait pas vraiment son problème!

Le traitement est un ensemble nécessaire et indispensable, où chaque intervenant a un rôle déterminant dont le but final est de passer de personnes à handicap physique à des personnes autonomes, capables de s’intégrer en société afin de faire tomber les barrières de la différence, et de favoriser le vivre ensemble et l’insertion sociale et professionnelle. En effet, si l’on prend le cas des jeunes que nous soignons aujourd’hui, ceux-là font partie du monde des adultes de demain, et ne peuvent rester en marge de la société.

C’est là qu’est née Aamal, dont l’intérêt se porte essentiellement sur la situation des malentendants et des autistes.

Plus tôt détectée, la surdité est en effet mieux soignée : l’opération d’implant peut prendre deux heures, mais la réadaptation du patient, elle, deux ans ! C’est là que l’on s’est rendu compte du manque de spécialistes, comme les orthophonistes, et surtout de l’absence de formation universitaire dans ce domaine.

L’autre volet de notre organisation est le traitement de l’autisme, inconnu ou méconnu. L’enfant autiste était avant rejeté et envoyé dans un centre très souvent inadapté, juste pour débarrasser la famille quelques heures par jour de ce « fardeau ». Nous devions remédier à cela.

Comment s’est passée la création de votre association ? Quels sont les moyens à forger au milieu du chaos qui pèse sur votre pays?
Il fallait trouver absolument des formateurs à l’étranger, chose faite grâce à notre voisin jordanien ; et avec le précieux soutien de la Première dame, nous avons pu imposer cette formation à l’université de Damas.

C’est- à-dire que Aamal prenait en charge toutes les dépenses et la logistique, et les professeurs jordaniens venaient trois fois par semaine pour donner leurs cours et entraîner nos futurs spécialistes.

Et en 2006, on a inauguré les bureaux de Aamal, notamment un laboratoire d’audiologie, le plus important du Moyen-Orient et des salles de classe aux normes internationales pour les enfants autistes.

Aussi pour que le travail ne s’envole pas en vain, on a fait investir les parents concernés : pendant toute la durée du traitement, soit trois ans, les parents peuvent suivre en son et image la séance de l’enfant avec l’orthophoniste pour pouvoir continuer le travail à la maison, ainsi une fois rentré chez lui, l’enfant ne perd pas ce qu’il a appris en trois quarts d’heure de séance quotidienne !

Cela fait maintenant dix ans que vous vous attelez à ce défi. Quels sont vos enjeux pour l’avenir ? 
L’après 2016 est encore plus difficile.

Surtout et avant tout, nous fêtons nos dix ans en essayant de changer l’aspect du handicap.

En changeant le nom de notre association qui devient « Organisation syrienne des personnes handicapées » nous mettons en valeur la personne, en tant que telle, avant de la considérer handicapée.

Et on réfléchit encore sur notre façon de nous développer : vaut-il mieux privilégier la qualité au détriment de la quantité ? C’est la question du moment. On a déjà une petite antenne à Latakieh. Alors faut-il continuer à nous étendre sur le territoire syrien ou développer les moyens déjà acquis, surtout en ces circonstances géopolitiques que vit le pays depuis six ans ?

Aussi il faut avouer que nous avons perdu beaucoup de nos cadres déjà formés. Nos moyens financiers restent limités, alors qu’ailleurs les salaires sont plus intéressants. C’est pourquoi beaucoup de nos spécialistes nous ont quittés.

D’autre part, on essaye de convaincre l’université de Damas de constituer une formation universitaire à part entière pour ce genre de spécialisation, qui deviendrait un vrai diplôme.

Nous avons également lancé un partenariat avec l’université Saint-Joseph au Liban pour former des étudiants à la psychomotricité. Faute de voir les formateurs se déplacer, ceux-là suivent les cours en ligne.

Par ailleurs, nous optons pour une étroite collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale, afin de former une équipe pédagogique capable de gérer les différents cas d’infirmité dans les écoles, car notre but est surtout et avant tout de considérer ces personnes comme des citoyens à part entière et de les intégrer complètement dans notre tissu social.

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