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Fatigués d'être ce que vous êtes ?

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Sébastien Morgan - Publié le 28/12/16

La philosophie transhumaniste y est certainement pour quelque chose.

Le transhumanisme dont on parle de plus en plus, veut transcender les limitations humaines. Le théologien Bertrand Vergely rapproche cette volonté du slogan californien bien connu : « No limit ! ».  Il rappelle que contrairement à l’idée reçue, la limite est quelque chose de positif : « La limite ce n’est pas la barrière, c’est une négation positive, une bordure permettant de cerner un espace et donc de passer d’un domaine à l’autre… une frontière (qui) permet le passage où tout devient possible à travers ces lieux incertains dans lesquels tout se mélange, tout se rencontre, tout communique. Comme dans les ports ou dans les gares. D’où l’importance des limites et le drame quand elles n’existent plus, mélange, passage et communication devenant impossible. »

La limite du corps est bien sûr la première dont veut se débarrasser la philosophie transhumaniste. Dans un premier temps, elle le fera en améliorant le corps, mais le but ultime est de se débarrasser de celui-ci. Dans la philosophe transhumaniste, la haine du corps est souvent présente.  Relent de gnosticisme dualiste mais surtout de philosophie orientale. Les Temps Modernes eux-mêmes ne sont pas sans responsabilité dans ce mépris du corps : « Le dualisme de la pensée et de la matière affirmé par Descartes est la forme moderne qu’a prise la disqualification ancestrale du corps. Même lorsqu’ils combattront le dualisme pour privilégier une conception de la matière dotée de sensibilité et susceptible de produire l’intelligence la plus élaborée, les Temps modernes que Descartes inaugure restent convaincus que le corps représente l’inessentiel en nous, la part d’hétéronomie qui empêche que nous atteignions l’émancipation à laquelle nous aspirons ».

Mais cette haine du corps n’est-elle pas présente partout dans notre société ? Le culte apparent du corps avec cette tyrannie d’uniformisation encouragé par la publicité, les mannequins souffrant d’anorexie, les canons stéréotypés de beauté, ne sont-ils pas l’expression d’un profond malaise par rapport à notre corps et de l’impossibilité de s’accepter tel que l’on est ?


Lire aussi : Le meilleur des mondes, c’est maintenant ?


Pour Jean-Michel Besnier, « la volonté d’autonomie générée et entretenue par les promesses de la philosophie cartésienne ainsi que par celles de la science de Galilée a engendré une manière de fatigue de soi« .

Cette fatigue d’être soi explique l’extraordinaire succès des philosophies orientales adaptées à la sauce post-humaine. Dans le néo-bouddhisme et le néo-hindouisme, la part belle est laissée à l’idée de non-existence de soi et du réel ainsi qu’à celle de la fusion et dissolution humaine dans un grand tout indifférencié.

Comme le fait remarquer le philosophe, il faut noter que le transhumanisme remet en cause la notion même d’identité, telle qu’elle est vécue en Occident depuis Aristote. Aux barrières qui séparent les différents règnes de la nature (et consacre l’humain comme une espèce à part), il oppose une simple différenciation de degrés entre des organismes plus ou moins complexes. Ainsi les différences entre le monde animal, le monde humain et celui des machines s’estompent à une vitesse vertigineuse. Dans le même ordre d’idée, la notion même d’individualité est remise en question par les sciences cognitives. Les débats sur la question du genre sont un épiphénomène social provenant d’un vaste courant de pensée soutenu par les technosciences qui tend à prouver qu’il n’existe aucun déterminisme naturel, que tout sentiment identitaire est illusoire.

Cette abolition de l’identité crée d’ailleurs un paradoxe au sein de la pensée transhumaniste. D’un côté, on pourrait la croire hyper volontariste (tendance à vouloir tout contrôler, tout comprendre, tout régenter, tout réguler quand ce n’est pas carrément plier l’être à sa volonté…) mais d’un autre côté, elle est étrangement passive et fatiguée : « L’homme n’a plus qu’à se laisser porter par l’infosphère impersonnelle, l’homme n’a plus qu’à se laisser porter par les machines qu’il a lui-même construit, il n’a plus qu’à disparaître… ».

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