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Bonnes fêtes ?

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Jean Duchesne - Publié le 27/12/16

Réflexions sur l’enchaînement entre Noël et le jour de l’An.

Nous avons entendu à tout bout de champ ces derniers temps souhaiter de « bonnes fêtes de fin d’année ». C’est à la foi sympa, pas compromettant et donc un peu agaçant. Ça permet de ne pas dire « Noël », pour ne pas offusquer ceux qui ne sont pas chrétiens, surtout les athées les plus intransigeants : une espèce qui n’est pas moins irritable que les fanatiques religieux. En même temps, le pluriel reconnaît discrètement qu’il n’y a pas qu’un seul prétexte à festoyer, à savoir le passage au millésime suivant, parce qu’il y a d’abord quelque chose à célébrer huit jours avant. Bien entendu, personne n’aura le mauvais goût de rappeler que les deux événements sont liés, puisque c’est à partir de la naissance du Christ (certes approximativement déterminée) que tourne le compteur des années. Et quand on y regarde d’un peu plus près, on découvre d’autres instructifs paradoxes.

Oui, Noël a été et reste une fête païenne

Le premier est que Noël a été une fête païenne : celle de la renaissance du « soleil invaincu », fixée dans la Rome antique, vers la fin de décembre, au solstice d’hiver, au moment où les jours cessent de diminuer et où s’amorce insensiblement mais réellement, dans le ciel où le cours des astres règle la vie sur terre, le retour vers la lumière, la chaleur et la fécondité. C’est au IVe siècle seulement que la chrétienté triomphante a fait coïncider ces réjouissances avec l’anniversaire, dont les évangiles ne précisent pas la date exacte, de l’événement de l’Incarnation, c’est-à-dire de la venue en ce monde du Fils de Dieu fait homme – et d’abord bébé, dans un réalisme confondant.

Mais cela prouve deux choses. D’une part que le christianisme n’a pas voulu abolir la religiosité « naturelle », mais lui donner tout son sens, parce que l’homme, même s’il ne connaît plus son Créateur et n’attend plus un Sauveur, ne cesse d’en chercher un confusément. D’autre part (et en conséquence) que supprimer Noël ne serait pas seulement antichrétien, mais encore sous-païen, inhumain et donc vain. C’est ce qu’ont appris à leurs dépens les révolutionnaires français avec leur calendrier radicalement sécularisé, puis les soviétiques. C’est aussi ce que pourraient méditer les derniers contempteurs en Occident (on n’en trouve guère ailleurs) de cette vérité que l’homme est bien plus qu’un hasard dans le processus aveugle de l’évolution. Si Noël redevient une fête païenne, ce n’est pas un progrès ; c’est juste rétrograde.

Le calendrier entre César et Dieu

En second lieu, le décalage d’une semaine entre Noël et le Nouvel An, et donc le dédoublement des festivités, offre également matière à réflexion. Il faut noter, pour commencer, que l’Église qui imposait ses normes à l’ère constantinienne n’a pas éprouvé le besoin d’édicter un autre calendrier que celui  dit julien (introduit par Jules César avant Jésus-Christ). C’est une marque incontestable du respect du christianisme pour l’autonomie de la société civile – autrement dit pour ce qu’on nomme aujourd’hui la laïcité. Compter les années à partir de l’Incarnation suffisait largement à signifier que l’histoire était entrée dans une ère nouvelle et même ultime, sans que ce soit pour autant la fin des temps et donc du cycle « naturel » de leur écoulement.

Et il faut aller plus loin encore. Car si le calendrier dit grégorien supplanta le julien au XVIe siècle, ce n’est pas dans le cadre d’une politique cléricale visant à soumettre César à la loi de Dieu. C’était simplement que le clergé, pape en tête, avait pris conscience, avec une honnêteté et une rigueur qu’il convient de saluer comme scientifiques, des imperfections des calculs antiques. L’amusant est en l’occurrence que les univers protestant et orthodoxe, soi-disant bien plus libres, refusèrent (le premier jusqu’au XVIIIe siècle, le second encore en partie aujourd’hui) cet ajustement simplement rationnel, objectif et dans le sens du progrès, parce que, selon le mot du grand astronome luthérien Johannes Kepler, on y préférait puérilement « être en désaccord avec le soleil plutôt qu’en accord avec le pape ».

La joie plutôt que le plaisir

Entre Noël et le jour de l’An, c’est donc toujours une histoire qui, d’une manière ou d’une autre, à quelque chose à voir avec le soleil. C’est d’autant plus étonnant que c’est le moment de l’année où on le voit le moins. Ce qui donne d’aller au-delà des apparences sensibles, c’est ce que l’on sait : que les jours vont se remettre à allonger et que, même s’il peut encore faire très froid, le processus qui conduira une nouvelle fois à une renaissance puis à un épanouissement est enclenché. L’an neuf le confirme huit jours plus tard. C’est déjà une raison suffisante pour faire la fête. Mais la motivation s’approfondit si, à cette « science » somme toute bien banale, s’ajoute une connaissance moins superficielle : celle de la foi en la Révélation que non seulement il y a un Créateur, mais encore qu’il ne cesse de se rendre tout proche. C’est l’énorme « plus » qui permet de dépasser dans la fête la recherche mécanique et conventionnelle du plaisir en recevant l’espérance et même la joie.

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