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Berlin, Milan, Ankara, Alep : l’arc sanglant de la terreur

©Odd ANDERSEN / AFP
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La semaine précédant Noël a été marquée par l’attentat d’un marché de Noël à Berlin, la mort du terroriste à Milan, l’assassinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara, et par la reprise d’Alep.

L’auteur de l’attentat de Berlin qui a fait douze morts et une cinquantaine de blessés sur un marché de Noël, lundi soir, 19 décembre, est mort. Identifié grâce à ses empreintes digitales, Anis Amri, un Tunisien de 24 ans, a été tué dans une fusillade à Milan, dans la nuit du 23 décembre, rapporte Le Parisien : « Le quotidien « la Repubblica » affirme qu’Anis Amri est arrivé en train de Paris avant de rejoindre l’Italie. Il aurait été abattu à proximité d’une pizzeria vers 3 heures du matin en criant « Allahu Akbar » (« Dieu est grand »). » Il avait fait feu « sans hésiter », blessant des policiers qui s’apprêtaient à contrôler son identité près d’une gare de la banlieue de Milan. « Selon David Thomson, spécialiste du djihadisme, Milan est un foyer du djihadisme tunisien », remarque Le JDD (23 décembre).

Repéré depuis 4 ans, il a eu 30 heures pour disparaître 

« En raison d’une série de dysfonctionnements, il a eu 30 heures pour disparaître entre son attentat lundi soir et le lancement d’un avis de recherche allemand et européen » déplore Le Figaro (23 décembre). Et son passage par la France met une fois de plus en cause le contrôle de nos frontières et les dispositifs de l’état d’urgence supposé être « au maximum » selon le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux.

Anis Amri était arrivé en Europe en février 2011 via l’Italie. Il a passé près de quatre ans dans une prison italienne, jusqu’en 2015, avant de se rendre en Allemagne. « Anis Amri (…) était connu des services de renseignement. Il était soupçonné de préparer un attentat. » Ces deux phrases du JDD résument le désarroi et l’incompréhension qu’éprouvent à leur tour les Allemands après l’attentat du marché de Noël à Berlin. Comment se fait-il qu’un individu déjà emprisonné et repéré par les services de sécurité ait pu néanmoins passer à l’acte ? Mais voici qui est proprement révoltant : « Le quotidien Süddeutsche Zeitung (…) indique que l’homme est arrivé en juillet 2015 en Allemagne où il a déposé une demande d’asile en avril 2016. (…)  « En juin 2016 sa demande d’asile a été refusée par l’Office fédéral pour la migration et les réfugiés (…) l’homme n’a pas pu être expulsé car il n’avait pas de document d’identité en règle », a expliqué Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de Rhénanie du Nord-Westphalie, dont les services étaient responsables d’organiser l’expulsion. » L’attentat a été revendiqué par Daesh, indique BFM TV.

Angela Merkel est plus que jamais sur la sellette à cause du million de réfugiés entrés en Allemagne sans véritable contrôle. D’autant qu’une nouvelle tragédie semble avoir été déjouée de justesse, rapporte Le Figaro : « Trois jours après l’attentat visant un marché de Noël de Berlin, deux frères originaires du Kosovo et soupçonnés de préparer une attaque dans un centre commercial d’Oberhausen, dans l’ouest de l’Allemagne, ont été arrêtés dans la nuit de jeudi à vendredi par la police. »

La polémique a traversé le Rhin. En France, souligne Paris Match, dans les rangs des Républicains, Eric Ciotti a affirmé que « la dispersion des terroristes notamment dans les flux migratoires » représentait « un degré de menace maximale ». La présidente du Front National, Marine Le Pen « appelle au rétablissement immédiat de nos frontières nationales et à « l’arrêt tout aussi immédiat de la répartition des migrants dans nos communes ».

En Turquie, des services de sécurité infiltrés

Peu avant l’attentat de Berlin, ce même lundi 19 décembre, l’assassinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara par un policier turc des forces antiémeute trahit l’infiltration des services de sécurité turque par des islamistes et montre « les failles du dispositif sécuritaire » analyse Le Monde (21 décembre). Les autorités turques ont aussitôt désigné leur bête noire, la communauté religieuse du prédicateur musulman Fethullah Gülen, comme ayant fomenté l’attentat,  mais « le fait que le meurtre ait été perpétré par un policier est un très mauvais point pour les autorités turques, lesquelles ont largement purgé la police de ses éléments gülenistes après leur avoir donné, des années durant, toute latitude pour infiltrer les institutions d’État, la police, et surtout la justice. Si le meurtrier est un güléniste, il est étrange que cette caractéristique ait échappé à la vigilance des autorités ».

Cette faille est d’autant plus surprenante, surenchérit Le Point (21 décembre) que « selon les médias turcs, l’assassin d’Andreï Karlov avait fait partie huit fois du service de sécurité d’Erdogan depuis le putsch manqué de juillet. (…) « Il était membre de l’équipe assurant la sécurité du président juste derrière les gardes du corps », écrit Abdulkadir Selvi, un journaliste proche du pouvoir, dont il connaît bien les arcanes. »

L’assassin a crié « N’oubliez pas Alep, n’oubliez pas la Syrie ! » après avoir crié « Allahou Akbar » et évoqué « ceux qui ont fait allégeance au jihad ». Sa cible aussi était très symbolique, ajoute le JDD : « Andreï Karlov, âgé de 62 ans, était un diplomate expérimenté qui a servi en Turquie à une période charnière pour les relations entre Moscou et Ankara. Il était un des artisans du rapprochement observé entre les deux pays ces derniers mois. »

Toutefois, explique le JDD, « le meurtre de l’ambassadeur russe ne devrait rien changer aux relations russo-turques. Depuis un peu plus d’un an, les relations entre Ankara et Moscou sont passées de très mauvaises à très bonnes. (…) » Il n’empêche que la chute – ou la libération – d’Alep « ne passe pas auprès d’une partie de la population musulmane », a estimé Dominique Moïsi, conseiller spécial de l’Institut Montaigne, un think tank basé à Paris. Aykan Erdemir, de la Fondation pour la Défense de la démocratie basée à Washington, estime qu’Ankara « marche sur la corde raide en tentant de trouver un modus vivendi avec la Russie en Syrie », alors que les partisans du parti islamo-conservateur au pouvoir, l’AKP, voient d’un mauvais œil le soutien apporté par Moscou au régime du président Assad. »

Un aveuglement collectif face à la radicalisation

Pour David Thomson, « L’Europe est condamnée à subir le contre-choc des erreurs qui ont été faites ». À l’occasion de la publication de son nouvel ouvrage, Les Revenants (co-édité par le Seuil et le site Les Jours), David Thomson, grand reporter à RFI, revient pour Slate sur ses cinq ans de travail sur le terrorisme djihadiste. Selon lui, le fonctionnement des médias « est en partie responsable des mauvaises décisions politiques qui ont été prises et qui aggravent la dangerosité du djihad sur notre territoire. » En effet, explique-t-il, « Les premiers Français sont partis [pour faire le djihad] en 2012, puis en 2013, sans qu’il n’y ait aucune mention de cette lame de fond dans les médias. À tel point qu’en France ils n’ont commencé à en parler qu’en 2014, au moment où les autorités réalisaient avec sidération l’ampleur du phénomène, au moment où il était déjà trop tard. Des centaines de Français étaient déjà en Syrie. » Mais ajoute-t-il, cet aveuglement fut largement collectif : « ce n’est pas qu’un travers journalistique: le monde académique ou du renseignement, même les mosquées, les représentants musulmans eux-mêmes étaient déconnectés de cette réalité et ne l’ont pas vue venir. (…) même les familles touchées par ce phénomène étaient souvent les dernières à s’en rendre compte. Ils découvraient la réalité de la radicalité de leur enfant quand ils recevaient un coup de fil de Syrie pour dire « papa maman, je suis en Syrie et je ne reviendrai pas ». Beaucoup d’intellectuels pronostiquaient « un déclin de l’islam politique et du djihadisme après le 11 septembre [2001]. Tout ce qui s’est passé (…) dans le monde arabe et en France démontre le contraire. »

Dans le monde arabe, en Tunisie notamment, « beaucoup pensent que l’État islamique est une création sioniste et que les journalistes qui travaillent dessus sont forcément plus ou moins liés au complot. C’est une opinion très répandue dans le monde arabe à la fois dans les cercles de gauche et parmi les frères musulmans. » Un déni qui pourrait expliquer aussi que la Tunisie ait renâclé à reconnaître comme l’un de ses ressortissants le terroriste recherché après l’attentat de Berlin, ce qui a empêché son extradition.

Désinformations tous azimuts à propos d’Alep

À chaque époque, ses aveuglements. Aujourd’hui, beaucoup pensent que le régime syrien est un rempart contre le terrorisme islamique. Rien de plus faux, selon David Thomson : « Le régime Assad a toujours instrumentalisé les djihadistes en sa faveur et aujourd’hui, il doit sa survie à la présence de L’État islamique. Donc en aucune manière ce régime ne peut être considéré comme la solution face au djihadisme. »

Une désinformation massive est en cause à propos d’Alep, dénonce sur LCI Eric Dénécé, directeur du Centre Français de recherche sur le renseignement (21 décembre). Lui aussi met en cause la falsification de l’information par les médias, mais en pointant ceux qui ont mis le focus sur Alep sans dire que seul un tiers de la ville était concerné et que les djihadistes ont empêché les civils de fuir. Les mêmes médias  ont largement ignoré les bombardements dévastateurs de l’Arabie Saoudite au Yémen.

Terrorisme islamique et terrorisme d’État font bon ménage. Envoyé spécial du Figaro, Georges Malbrunot a assisté à cette « scène surréaliste » lors de l’évacuation des derniers insurgés d’Alep : « Un soldat russe en uniforme, kalachnikov en bandoulière, grimpe pour inspecter le toit d’un camion de rebelles syriens qui sont évacués d’Alep-Est. Hissé au sommet du véhicule, un insurgé, armé lui aussi, tend la main au Russe pour qu’il soulève la bâche et vérifie que ses ennemis ne cachent pas des explosifs dans leurs bagages. C’était jeudi (22 décembre), peu après 13 heures, sur une route à l’entrée du quartier de Ramoussa à Alep. » Les observateurs de l’ONU, remarque-t-il, étaient totalement absents.

Quoi qu’on en pense, conclut François d’Orcival dans Valeurs Actuelles (21 décembre) « la reprise d’Alep signe bien une défaite, celle de la ligne Obama, un certificat de décès, celui des illusions et de l’innocence de la gauche occidentale en général et européenne en particulier, et puis un bulletin de victoire, celui des durs, des joueurs d’échecs, Poutine et son partenaire iranien. »

Le « coup de gueule » du général de Villiers

En France aussi, « le prix de la paix, c’est l’effort de guerre » : sous ce titre, un cri d’alarme pour ne pas dire un coup de gueule retentissant lancé dans Les Échos par le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées. « Le texte que Pierre de Villiers nous a écrit (…) est à la fois un constat et un appel. Le constat : l’armée française est parvenue à la limite de ses forces. L’appel : il faut ­absolument lui donner les moyens de faire face aux nouvelles menaces qui se multiplient. » De fait, explique le général, « aux portes de l’Europe, en Asie, au Proche et Moyen-Orient, de plus en plus d’États mettent en œuvre des stratégies qui reposent sur le rapport de force, voire le fait accompli ; tous réarment. » L’effort nécessaire pour être à la hauteur de nos engagements doit se traduire par une hausse progressive du budget de la défense pour rejoindre la cible de 2 % du PIB [au lieu de 1,77% prévu en 2017 comme en 2016 NDLR], avant la fin du prochain quinquennat. Cet effort « ne pourra être ni allégé ni reporté, en dépit de la complexité de l’équation budgétaire étatique prévisionnelle. » « Le temps presse », insiste-t-il.

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