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Comment, 5 ans après, les Japonais gèrent-ils la catastrophe nucléaire de Fukushima ?

©TOSHIFUMI KITAMURA / AFP
Workers walk beside bags of contaminated earth at a collection site after a decontamination operation at Naraha town in Fukushima prefecture on June 13, 2013. Naraha town was inside the 20 km exclusion zone of the troubled Fukushima Dai-ichi Nuclear Power Plant following the 2011 quake and tsunami and the town is preparing for local residents to return. AFP PHOTO / TOSHIFUMI KITAMURA / AFP PHOTO / TOSHIFUMI KITAMURA
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Le déclin de la filière électrique nucléaire est inévitable et impose de nouveaux comportements à l'égard de la consommation d'énergie.

En décembre 2016, le gouvernement japonais estimait la facture de l’explosion des trois réacteurs de Fukushima (le 11 mars 2011) à 21 500 milliards de yens (177 milliards d’euros), soit un doublement des évaluation précédentes. Le temps où Lewis Strauss, dirigeant de la Commission d’énergie atomique des États-Unis, promettait une énergie pratiquement gratuite, too cheap to meter, est loin ! À défaut de déverser du kilowatt pas cher, la centrale électrique de Fukushima Daiichi a déclenché un gigantesque électrochoc, parmi les autorités de sûreté nucléaire dans le monde. David Boilley, physicien et président de l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l’Ouest (ACRO) assure : « Alors que l’incendie du réacteur de Tchernobyl avait été analysé comme une catastrophe soviétique, Fukushima démontrait qu’un accident était possible dans une nation industrialisée et moderne ».

Un effet Fukushima

Dans l’archipel japonais, toutes les centrales nucléaires ont été arrêtées simultanément en 2011. Depuis, le nouveau gouvernement prend des mesures pour relancer une partie du parc, mais seuls 3 de ses 54 réacteurs sont à nouveau en service. Cette reprise, même très partielle a déclenchée des réactions indignées, y compris de la part des évêques japonais qui demandent un abandon mondial du nucléaire civil. Douze réacteurs nippons sont définitivement arrêtés, le cas des autres reste en suspens. La diminution drastique d’énergie coûte très cher, mais, sous pression, les Japonais développent une série de solutions intéressantes. Lors de l’été 2011, ils avaient diminué de 20% leur consommation d’énergie. Ils se sont mis à investir massivement dans les énergies renouvelables, un secteur jusque-là délaissé. Parmi les champs d’exploitations possibles, les sources thermales, très nombreuses, qui représentent un gisement d’énergie propre. Jusqu’à présent, les Japonais ne les exploitaient pas car ils les considéraient comme sacré, mais ce tabou est en train de tomber.

Pas de retour à la normale

Le gouvernement n’admet pas que les zones qui entourent Fukushima demeurent inhabitées. Il veut reconquérir le territoire, avec une politique très volontariste. Pour décontaminer les sols infectés par le Césium, une couche de 5cm est retirée, stockée dans des sacs… Puis amenée dans une décharge de 16 km² ! « Ils ont recours à la stratégie inverse de Tchernobyl », analyse David Boilley. Alors que l’administration soviétique avait condamné une zone infectée, le gouvernement japonais tente de la reprendre par tous les moyens. Dans les deux cas, ils buttent sur la réalité de la contamination radioactive : elle ne peut pas être neutralisée. Il n’y aura pas de « retour à la normale », le gouvernement japonais lui-même prévoit qu’il lui faudra 40 ans pour démanteler la centrale… Et il faudrait probablement multiplier ce chiffre par trois !

Pourtant, certaines nouvelles positives viennent contrebalancer ce tableau obscur. D’une façon surprenante, les poissons et coquillages pêchés au large de la centrale semblent assez peu affectés par les radiations. Les Japonais, dans leur malheur, ont eu la chance que les vents dominants amènent les retombées radioactives dans l’Océan Pacifique. Du césium provenant de la centrale de Fukushima a été retrouvé jusqu’aux États-Unis, mais en quantités infimes « On trouve plus de césium, en 2016, en creusant le sol parisien, à cause de Tchernobyl, qu’en analysant une fiole de l’Océan sur une plage américaine », assure David Boilley. La catastrophe aurait pu être bien pire ! Si par exemple, elle avait eu lieu dans l’un des réacteurs qui jouxte la mer du Japon. Certains d’entre eux pourraient contaminer de vastes agglomérations, impossibles à évacuer, alors que la région de Fukushima est relativement peu peuplée.

En France, une catastrophe possible ?

Le mythe d’infaillibilité de la filière nucléaire est tombé, et celui de sa rentabilité suit le même chemin. Avec les nouvelles mesures de sécurité induites par la catastrophe japonaise, le kilowatt issu de la filière nucléaire électrique française peut coûter jusqu’à 3 fois le prix du marché. Certes, admet le président de l’ACRO, l’autorité de sureté japonaise manquait d’indépendance à l’égard du pouvoir, mais quelle que soit la compétence d’une autorité, elle ne peut pas prétendre garantir un « risque 0″… Et d’ailleurs l’Autorité de sûreté nucléaire ne le fait pas ! La France a échappé de peu à un « Tchernobyl », en 1999, avec le cas de l’inondation de la centrale nucléaire du Blayais.

Sortir du nucléaire, un pas après l’autre

Dans ces circonstances, l’ACRO préconise une sortie progressive du nucléaire, en commençant par lister des centrales à fermer en priorité. Les premières à être sélectionnées le seraient sur deux critères : leur vétusté et le risque que représente leur situation. En prenant comme une hypothèse l’explosion d’une centrale nucléaire, quelles seraient celles qui feraient courir un risque important pour des agglomérations trop importantes pour être évacuées ?

D’une façon plus générale, le problème du risque nucléaire interroge notre rapport à la consommation d’énergie. Il impose de passer d’une perspective où l’énergie doit répondre aux besoins, à celle de besoins qui s’adaptent aux énergies disponibles. L’énergie n’est pas gratuite, et en terme de bien commun, il est inadmissible de faire peser une telle épée de Damoclès sur nos têtes, et sur celles de nos descendants, alors que des alternatives existent, même si elles sont compliquées à mettre en place. Les pays européens prennent d’ailleurs une inflexion intéressante, en ce sens que leur consommation électrique est en diminution. Mais la route est longue ! En particulier, si la France veut atteindre les objectifs fixés par la COP 21, elle devrait théoriquement amener sa part d’électricité issue des ressources renouvelable à 20% en 2020, puis à 30% en 2030. Un objectif ambitieux, quand on sait que cette part plafonnait à 14% en 2015 !

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