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Charles de Foucauld, un prophète !

Strasbourg, Monument Charles de Foucauld devant l'église St-Pierre-le-Jeune catholique
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Sébastien de Courtois, journaliste spécialiste du Moyen-Orient, suit les traces de Charles de Foucauld dans son livre "Passer par le désert".

« Charles de Foucauld était pour moi une figure totémique », assure Sébastien de Courtois, se souvenant de ses premiers contacts avec le missionnaire. Gravé dans les mémoires par la belle biographie de René Bazin, il plane sur lui un parfum de sacristie… voire de naphtaline. Cela n’empêchait pas l’écrivain-journaliste de lui vouer une « admiration folle » favorisée par l’intérêt des deux hommes pour l’Orient et le monde musulman. Spécialiste des chrétiens d’Orient, il réside à Istanbul, où il est correspondant pour plusieurs grands médias.

Les grands passeurs

Pour écrire ce livre, il a interrogé des sommités diverses, du père Jean-François Six, spécialiste de Foucauld, à Dominique Casajus, directeur de recherche au CNRS et passionné par les Touaregs. Par la diversité des intervenants, l’auteur met au jour une faculté étonnante de Charles de Foucauld : sa capacité à susciter l’intérêt aussi bien chez les chrétiens que les scientifiques, la sympathie aussi bien chez les officiers français que les Touaregs.

Un caractère impossible, sous tension

Pourtant, Charles de Foucauld n’a rien d’un caractère conciliant. Son exigence surhumaine envers lui-même a failli lui coûter la vie, et il juge avec sévérité les défauts de ses semblables. En particulier les colons, qu’il accuse de vivre entre eux, méprisant les indigènes, donnant une image déplorable de la France et des chrétiens. C’est contre l’avis de l’armée qu’il s’établit à Tamanrasset, et il a toujours défié l’autorité, faisant un militaire ingérable. Il s’oppose perpétuellement à son père spirituel, l’abbé Huvelin, pour lequel il a le plus profond respect. Ce dernier ne consent à la vie hors norme de Foucauld dans le désert, que du bout des lèvres, après une lourde insistance de son turbulent fils spirituel. « Je voulais appuyer là où ça faisait mal », assure Sébastien de Courtois, qui n’a pas craint de présenter les rugosités de Charles de Foucauld. Il ose le qualifier « d’individualiste », suivant son propre destin sans se soumettre à la volonté de sa hiérarchie, que ce soit celle de l’armée ou celle de l’Église. « Foucauld avait une hauteur de vue telle qu’il se fiait à ses intuitions, les suivait et on peut dire, un siècle après sa mort, qu’il avait une vision prophétique ».

Vision prophétique

Lui qui prévoyait que les Algériens jetteraient à la mer les Français avant 50 ans, s’ils ne devenaient pas chrétiens, n’avait pas de mal à comprendre que la culture touarègue disparaîtrait sans laisser de trace sous les coups de la modernité. C’est pour la sauvegarder qu’il a retranscrit et traduit des centaines de poèmes, puis qu’il s’est lancé dans la rédaction de son œuvre majeure, le dictionnaire Français-Touareg. Foucauld voyait aussi les difficultés de convertir un peuple attaché à l’islam : « Il y aura des siècles entre les premiers coups de pioches et la moisson », prédisait-il. Lui, le « défricheur évangélique », comme il se qualifiait lui-même, se fixait pour mission d’être témoin de l’amour de Dieu à son niveau, il voulait devenir « l’ami sûr » sur lequel les Touaregs pourraient compter.

Le choc de l’Orient

Sébastien de Courtois, lui-même profondément marqué par l’Orient, décrit le choc provoqué par la confrontation d’Occidentaux du XIXe siècle comme Foucauld ou Rimbaud avec l’Orient, au sens large du terme. Foucauld, comme le poète Rimbaud, et comme Louis Massignon après eux, venait d’un Occident où s’achevait un cycle de l’Histoire. Ils étaient pris en tenaille entre une Église statufiée et le scientisme, « beaucoup croyaient que la religion allait disparaître en Europe », rappelle Courtois. Quand ces hommes découvrent l’islam, ils sont frappés par son dépouillement, sa simplicité, la multitude des hommes priants. Ils y voient quelque chose de grand, et la beauté de cette mystique tournera Foucauld vers la religion de son pays et de sa famille, après diverses péripéties. Il gardera l’Orient au cœur, y retourne. Face aux corruptions de l’Occident, les Touaregs lui ont paru purs, préservés, et il a souhaité aller vers eux, à l’avant-garde de l’Église missionnaire.

Un missionnaire au désert

En ce sens, il n’est pas ermite : ce sont les personnes qu’il cherche, il part des hommes pour aller à Dieu et non l’inverse. Même son apparent exil à Assekrem, dans des paysages montagneux et lointain, n’a été pensé que pour rencontrer et non pour s’éloigner de ses semblables. Assekrem était un lieu de pâturages, où les nomades se retrouvaient. L’idée de Foucauld était de toucher les nomades pour qu’ils touchent, à leur tour, d’autres populations. À la façon des premiers chrétiens, en particulier des Nestoriens en Orient, qui ont évangélisé en voyageant.

« Que l’on écrive encore sur Foucauld »

Le pèlerinage intellectuel de Sébastien de Courtois sur les traces de Foucauld met en évidence les facettes du personnage, mystique et savant, qui a suscité des vocations à travers le monde, comme celles des Petites sœurs de Jésus : « Je voulais voir ce que Foucauld avait laissé dans la tête des gens », explique Courtois. Il le compare aussi au père Paolo, disparu en Syrie depuis 2013. Conscient de l’épaisse bibliographie qu’il existe à son sujet, Courtois conclut : « Il faut continuer à le lire et à écrire à son sujet. Il fait du bien. Il donne confiance en soi, car il prouve qu’un individu peut changer les choses ».

© Bayard

Passer par le désert, sur les traces de Charles de Foucauld de Sébastien de Courtois. Éditions Bayard, 190 pages, 17,90 euros.

 

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