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Les Français sont-ils des « catholiques zombies » ?

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Cette expression, imaginée par Emmanuel Todd, se retrouve sous des plumes américaines qui décrivent François Fillon comme le leader de cette improbable armée.

Au moment des manifestations de « Je suis Charlie », Emmanuel Todd qualifiait les manifestants de « catholiques zombies », des gens ayant hérité d’une culture catholique, mais qui n’ont plus la foi. C’est en raison de réflexes profonds, enfouis dans leur inconscient, qu’ils auraient manifesté, mus par un instinct nationaliste pour ne pas dire xénophobe. Car aux yeux du sociologue, le catholicisme induit nécessairement le repli identitaire, le nationalisme et la haine de l’autre. Il affirmait sans sourciller : « La France aux commandes (celle de « Je suis Charlie »), c’est celle qui a été antidreyfusarde, catholique, vichyste ». Son concept est entré dans le langage courant, et le journaliste Robert Zaretsky attribue aux hordes de catholiques zombies la victoire de François Fillon à la primaire de la droite. Un autre journaliste américain va plus loin, sur le site Catholic News Agency, en plaçant la victoire de François Fillon dans la trajectoire de celle de Donald Trump, aux États-Unis et de David Cameron, en Grande-Bretagne. À chaque fois, un homme politique considéré comme conservateur, donné très bas dans les sondages, l’a emporté.

Apocalypse zombie dans les urnes

La victoire à la primaire républicaine de François Fillon laisse les commentateurs d’outre-Atlantique pantois. Comment imaginer qu’un homme qui promette « d’affamer la bête que les Français appelle affectueusement l’État providence » puisse remporter une campagne, s’étonne Robert Zatersky ? Tout le monde sait que ce n’est pas une stratégie gagnante dans cet étrange pays ! Il a fallu tous les poids des catholiques, zombies ou non, accusés par Jérôme Bousquet, directeur de l’IFOP, « d’avoir joué un rôle disproportionné dans la primaire ». Le fait que les régions traditionnellement catholiques, comme la Vendée ou la Bretagne, ont largement voté pour François Fillon corrobore l’hypothèse.

Ils choisissent l’homme qui fait hurler Libération

Or François Fillon se revendique comme catholique, et quels que soient ses renoncements, il effraie la sphère médiatique, de gauche. C’est l’homme qui fait crier de terreur Libération : « Au secours, Jésus revient », avec le plaisir rare de voir un chapelet sur la couverture du quotidien symbole du boboïsme parisien… Un titre en lettres rouge noires. Mais les réactions indignées de ceux qui n’aiment pas l’Église, ne suffisent pas à parler de renaissance politique des catholiques. Et pour réductrice et malveillante qu’elle soit, la formule de Todd a le mérite de pointer le danger de chrétiens culturels, endormis, soumis aux « vertus chrétiennes devenues folles » que dénonçait Chesterton. Et pour préciser cette citation rebattue, l’auteur précisait « elles sont devenues folles parce qu’elles sont isolées les unes des autres », des savants à la vérité impitoyables, des humanitaires dont la pitié est un mensonge etc. Elles sont isolées de leur source.

Une non-mort ou une résurrection ?

Alors que la pratique religieuse en France a dramatiquement chuté, le catholicisme continue à avoir une influence sur les votes et les mentalités. Emmanuel Todd assurait que le catholicisme avait atteint une sorte de vie après la mort en raison du nombre « d’infectés », mais il suppose (souhaite ?) que le catholique zombie finisse par s’éteindre, comme un arbre déraciné conserve des feuilles vertes un temps, avant de mourir. Il n’appartient qu’aux catholiques, culturels ou pratiquants de démontrer que l’arbre a encore de la sève, et des racines en état de marche !

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