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Palmyre est tombée pour la deuxième fois aux mains de l’État islamique

Palmyre, le decumanus, le 25 novembre 2016 © Alexandre Meyer

Palmyre, le decumanus, le 25 novembre 2016 © Alexandre Meyer

Alexandre Meyer - Publié le 11/12/16

Nous visitions la perle miraculée du désert syrien quinze jours avant l'assaut de Daesh.

L’État islamique a lancé une contre-offensive le 8 décembre qui a conduit 4000 fantassins aux portes de Palmyre. La ville, aux vestiges classés au patrimoine mondial de l’Unesco, était restée pendant dix mois sous le contrôle des terroristes de Daesh avant d’être reprise en mars dernier par l’armée syrienne et ses alliés. Un pavillon russe flottait encore il y a quelques jours sur l’ancien complexe touristique de la cité mythique. Tombée rapidement entre les mains du « califat », reprise brièvement et perdue à nouveau, 64 attaques aériennes russes n’ont pas suffi à la libérer, ni la destructions d’une dizaine de chars et d’une trentaine de véhicules légers.

Dans la mire de l’EI, les puits de pétrole

L’organisation terroriste, dont les bastions de Raqqa en Syrie et Mossoul en Irak sont ébranlés par la coalition menée par les États-Unis d’une part et l’armée irakienne d’autre part, tente par tous les moyens de renflouer ses réserves financières et énergétiques en s’accaparant les gisements de gaz et de pétrole de Djazal et de Chaer, dans la périphérie Est de Palmyre.

La mobilisation à Alep d’une majeure partie des forces aériennes disponibles, syriennes et russes, explique probablement le succès du raid mené par l’EI sur la « Perle du désert ». Le chaudron d’Alep repris par les forces loyalistes, mobilisant 40 000 soldats, le monde ne regardait plus vers Palmyre, pourtant harcelée sans répit depuis le mois de mars.

Le désert appartient aux djihadistes

La cité et son aéroport sont situés à l’orée d’Al-Badya al-Sham, le désert syrien. Bordé à l’ouest par la vallée de l’Oronte (vers Homs) et à l’est par l’Euphrate (en Irak). Au nord il s’ouvre sur le croissant fertile à Deir ez-Zor et s’enfonce au sud vers la Jordanie où il se déploie, brûlant et sablonneux, jusqu’en Arabie Saoudite. Dans cette étendue de cailloux et de buissons rares et épineux, la route qui relie Palmyre au nord-est appartient aux djihadistes. Les convois lourdement armés n’étaient qu’à deux heures de leur cible, qu’ils viennent de Raqqa, la « capitale » de l’EI, ou de Deir ez-Zor, où une poche de résistance de 80 000 habitants et des troupes syriennes sont totalement cernées depuis deux ans, impuissantes.

Palmyre, la miraculée est en sursis

Daesh a occupé Palmyre de mai 2015 à mars 2016, mettant à sac le musée d’archéologie, pillant le sous-sol en lançant des fouilles sauvages, infligeant de sérieux dégâts à la cité antique avant d’en être chassé par les forces loyalistes. Dépassant tout dans l’horreur, les terroristes avaient mis en scène la décapitation du directeur des antiquités de la ville dans le théâtre gréco-romain, ou l’assassinat de soldats syriens par de jeunes adolescents. Il y a quinze jours, nous traversions le désert depuis Homs, longeant le pipeline enfoui par les Britanniques pendant le mandat jusqu’à la cité antique.

Le désert de cailloux rouges s’étend à perte de vue, mordu par le soleil et balayé par un vent glacé. Jusqu’à la guerre, l’État veillait jalousement sur ses buissons épineux que seuls les dromadaires peuvent mâcher, régulant la transhumance des bédouins et de leurs troupeaux pour laisser à la nature le temps de se régénérer. La route enjambe de nombreux torrents à sec qui creusent leurs rides dans cette terre infertile et sans âge. Le voyage est scandé par les checkpoints et le relai des automitrailleuses qui nous ouvrent la voie. Les petites maisons en pisé surmontées d’un toit en forme de cône, abris rudimentaires des bergers, tièdes l’hiver et fraiches l’été, apparaissent à l’horizon à mesure que s’estompent, au sud, les reliefs de la chaîne de l’Anti-Liban qui court jusqu’à Damas.

Aux premiers barrages qui contrôlent l’accès à la cité, nous croisons des soldats chiites du Hezbollah libanais, des miliciens afghans aux yeux bridés comme des Mongols, des pasdarans iraniens sous leur étendard jaune et devinons, derrière les filets de camouflage et les fils de fer barbelés, un important contingent russe sur le pied de guerre. Sans le sauf-conduit délivré par le Patriarcat melkite catholique, rien n’aurait été possible : pour accéder à Palmyre, l’autorisation du ministère du tourisme et de l’ambassade de Russie en Syrie étant indispensables. Depuis la libération de la ville et le concert donné dans l’amphithéâtre de la cité antique par l’orchestre symphonique du théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg dirigé par Valéri Guerguiev le 5 mai dernier, quelques dizaines d’occidentaux seulement ont visité les lieux.

Passé Le château de Qalat ibn Maan, construit par les Mamelouks vers le XIIIe siècle, surplombant le site antique de Palmyre, la guérite veillant sur son accès est peinte de l’aigle bicéphale russe. Les djihadistes ont dynamité le temple de Bêl, consacré en 32 ap. J.-C. et celui de Baalshamin, fondé au IIIe siècle av. J.-C., agrandi sous l’empereur romain Hadrien vers 130 et reconverti en église au Ve siècle. L’arc triomphal qui ouvrait le decumanus n’est plus qu’un tas de gravats et de poussière mais la chaussée bimillénaire est toujours là. Cette voie, longue de 1500 mètres, est plantées de 750 colonnes. Elle était bordée de temples et de termes et longeait le théâtre resplendissant comme l’or dans le soleil qui se penche sur l’horizon. Combien de temps encore ces vestiges défieront-ils l’érosion lente de la pluie et celle, fulgurante, de la mitraille des hommes ?

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