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Avec ou sans primaire, la gauche s’éparpille façon puzzle

© SEBASTIEN BOZON / AFP
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Qu’elles s’inscrivent ou non dans la primaire, les candidatures à la présidentielle se multiplient à gauche, dans un tourbillon qui menace d’achever sa désagrégation.

« Cette primaire ne peut pas être une foire d’empoigne » ou « un congrès » du Parti socialiste, a averti l’ancien premier ministre Manuel Valls, mercredi 7 décembre, lors de son premier meeting de campagne dans le Doubs. «Alors que la probable candidature de l’ancien ministre Vincent Peillon est venue renforcer le risque d’un front anti-Valls, l’ex-locataire de Matignon a dit qu’il voulait s’adresser « aux Français » mais pas « au parti » », souligne Paris Match.

Vincent Peillon, « le serpent qui trahit toujours »

Cela tient sans doute de la méthode Coué. On compte déjà, dans la primaire ou en dehors, cinq anciens ministres de François Hollande parmi les candidats de gauche à la présidentielle : Manuel Valls, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon. La candidature de ce dernier, serait-ce la surprise du chef ? : « Mais qui est donc le grand manitou caché derrière la candidature surprise de Vincent Peillon ? », s’interroge Le Parisien  : « Faut-il y voir la main experte d’un Machiavel pour torpiller la candidature de Manuel Valls ? Pour le savoir, mieux vaut être expert en archéologie socialiste… François Hollande ? Ses proches promettent que non. Le président serait même « furieux »de la candidature de celui qu’il surnommait avant 2012 « le serpent qui trahit toujours », qui pourrait dégrader ses relations avec Manuel Valls. »

Quoi qu’il en soit, « ça se bouscule au portillon socialiste » constate Mediapart : « Au fil des semaines, c’est la nature même de cette primaire qui est bouleversée : plus personne ne semble croire qu’elle peut contribuer à une victoire à la présidentielle. C’est donc l’avenir du PS qui paraît davantage s’y jouer. »

Montebourg tire à vue contre Valls, « le « Joe Dalton » de la gauche »

« En petit comité, témoigne Le Parisien, Manuel Valls affiche sa conviction : il est “le seul” à gauche “qui puisse gagner” la présidentielle. Encore faut-il passer la délicate épreuve de la primaire. Ce n’est pas gagné. Il le sait. Le spectre du “tout sauf Valls” rôde. » De fait, la première réplique n’a pas tardé : « Comme en écho, Montebourg tire à vue depuis Dijon (Côte-d’Or) : « C’est très difficile d’être rassembleur, quand on a soi-même divisé. »

Manuel Valls, c’est « le “Joe Dalton” de la gauche », titre Famille Chrétienne, en référence à la célèbre BD Lucky Luke. « C’est un chef de bande qui semble dégager une détermination absolue. Mais c’est un chef mû par les colères et les caprices » commente François Bert, qui vient de publier Le Temps des chefs (Amazone). « Il a un mouvement centripète qui lui permet d’embarquer les gens avec lui, mais sans direction, comme une tornade. » Surtout, explique le sociologue Jean-Pierre Le Goff, qui va publier chez Perrin, “un essai sur la gauche en miettes”, l’ancien premier ministre « va devoir faire face à une contradiction majeure : comment défendre en même temps le bilan de François Hollande et jouer l’indépendance vis-à-vis de la Rue de Solférino ? ».

Une militante échauffée ne s’est pas privée de le dire vertement à Manuel Valls, rapporte RTL : «… la militante a fait référence aux candidatures [hors primaire] d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon, selon elle, handicap à une possible réussite de la gauche en avril prochain. “C’est à vous de les convaincre. Arrêtez de jouer comme des gamins dans une cour de récré. C’était votre ministre Macron quand même ! Et Jean-Luc Mélenchon, vous le connaissez ! Alors arrêtez de jouer comme des gosses et allez-y” ».

Mais Valls n’y peut rien : les quinquas du PS frétillent, observe Le Monde. Ils se précipitent dans le marigot : « C’est leur tour, enfin ! Alors ils y vont tous, à la queue leu leu. Benoît Hamon a été le premier à se déclarer candidat, puis Arnaud Montebourg, suivi de Manuel Valls. Et maintenant Vincent Peillon qu’on n’avait pas vu venir, que l’on croyait en semi-retraite de la vie socialiste depuis son éviction du ministère de l’éducation nationale, en 2014. »

Pour Macron, la primaire, « ce n’est même pas la peine d’en parler » 

Et tant pis pour les « camarades » qui prétendent jouer les juges de paix. Valls le premier qui a réitéré son appel à Macron vendredi matin, 9 décembre, au micro de Jean-Jacques Bourdin sur RMC : « Viens participer à la primaire ! » Presqu’une supplication ! En vain : « Emmanuel Macron rejette les appels de Valls et Cambadélis » à jouer le jeu de la primaire, relève BFMTV : « Cambadélis me traite de peureux, me qualifiait de ministre d’ouverture quand j’étais au gouvernement. Et maintenant que notre rassemblement commence à faire peur, il faudrait qu’on se perde dans la primaire? ». « Pour Macron, la primaire de la gauche, ce n’est même pas la peine d’en parler », commente L’Express. Ambiance…

Mélenchon « premier YouTubeur politique de France » 

Celui qui tire les marrons du feu, pour l’instant, c’est Jean-Luc Mélenchon, notamment auprès des jeunes. Sur YouTube, relève le site Business Insider, il est « le premier homme politique à atteindre les 100.000 abonnés (…) Sa chaîne “JLMelenchon” – anciennement baptisée “Place au peuple”- a connu une ascension fulgurante depuis le mois de novembre. À titre de comparaison, la deuxième chaîne politique française la plus suivie est celle de l’Union Populaire Républicaine avec quatre fois moins d’abonnés — suivie de celle du Front national (16.793) (…) ». « Il est désormais le premier YouTubeur politique de France », s’enthousiasme Les Inroks qui fait un « retour sur une ascension 2.0 fulgurante. » Benoît Hamon, ne s’y trompe pas : invité de « L’Émission politique » de France 2, le 8 décembre, il a « assumé » avoir des « passerelles » avec lui, relève Ouest-France.

Tout ça pour ça…

Tout cela fait certes du « buzz » mais n’affole pas les sondages qui donnent « Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls (…) dans un mouchoir de poche au premier tour de l’élection présidentielle » tandis que « François Fillon et Marine Le Pen se qualifieraient dans toutes les hypothèses pour le second tour » constate Europe 1. Le spectacle qu’offre actuellement la gauche, c’est celui d’une comédie dont on peut emprunter le titre à Shakespeare : « Beaucoup de bruit pour rien ».

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