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La carte de Noël du pape François, entre charme et sobriété

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Le Saint-Père a choisi "La Nativité" de Giotto, à Assise, symbole de simplicité et tendresse face aux misères du monde.

Depuis son élection, le pape François ne cesse d’appeler les fidèles à la tendresse, joignant le geste à la parole en embrassant et caressant ceux qui viennent le voir. Cette année, plus que jamais, qu’il avait placée sous le signe de la miséricorde de Dieu, on ne l’a autant entendu prêcher « la douceur »  comme « une manière d’être et un art de vivre » les uns envers les autres. En choisissant La Nativité  de Giotto – peinte sur les murs de la basilique inférieur de Saint-François à Assise – le Saint-Père a choisi d’exalter encore une fois la simplicité et le naturel pour souhaiter un joyeux Noël à la Curie romaine, aux employés du Vatican et à tous les fidèles qui participeront aux audiences et célébrations de ces prochains jours.

La vraie joie de Noël

Dans le sillage de ses prédécesseurs, depuis Paul VI en 1963, le Pape choisit le thème de ses cartes de vœux et la phrase autographe qui l’accompagne, tirée généralement des Écritures. Cette année, pour accompagner la représentation artistique, il a tiré sa phrase du livre d’Isaïe (9,5) « Un fils nous a été donné… Le Prince-de-la-Paix », comme dans une nouvelle invitation à saisir « les pensées, les regards et les gestes » de paix, mis en avant par l’artiste, pour susciter « la vraie joie«  de Noël : une joie sobre, humble, loin des « choses de ce monde », exhortait-il  à l’angélus du premier dimanche de l’avent, le 28 novembre dernier.

Le souverain pontife a choisi Assise « parce que saint François est celui qui a inventé la crèche », commente Enzo Fortunato, du service de presse au couvent d’Assise, selon un compte-rendu du Sismografo. Le saint, en 1223, a souhaité représenter l’Enfant-Jésus, né à Bethléem, et en quelque sorte « voir  avec les yeux du corps les conditions précaires dans lesquelles celui-ci se trouvait, manquant de tout ce qu’il fallait pour un nouveau-né »,  pour qu’il  puisse naître dans le cœur de tout homme. C’est comme si le poverello d’Assise disait : tu réalises que c’est Dieu ? La grammaire de ta vie, qui consiste à manger, boire, se marier, s’engager, a-t-elle une règle, un principe, une source ? Sans cela on est comme des naufragés.

La « Bible des pauvres »

Cette Nativité est tirée d’un chef-d’œuvre qu’on appelle Bible des pauvres, précise le franciscain, car ces fresques étaient comme des catéchèses et permettaient d’apporter la Bonne Nouvelle, non seulement aux grands et aux puissants, mais également et surtout aux simples et aux illettrés, comme le souhaitait saint François.

En regardant la fresque, on est tout de suite frappé par la présence de deux petits Jésus, l’un sur les genoux de Marie, posant sur lui un regard de tendresse ; l’autre dans les bras d’une sage-femme, au regard aimant, attentionné, qui s’apprête à lui donner son bain avec l’aide d’une autre femme. Ces deux petits Jésus, explique Enzo Fortunato, soulignent la double nature du Christ : humaine et divine. Cette dimension humaine « tirée » du divin qui a caractérisé l’annonce des franciscains.

Le bleu royal de Giotto

L’aspect divin, Giotto l’exprime en utilisant la couleur bleue qui brille dans la nuit de Bethléem. L’artiste enfonce, élargit, dilate son récit, dans une succession de petites scènes bien ordonnées. Il a conscience de raconter une vraie histoire, et non une fable – « Tout est à la fois si puissant et si tranquille », commente le franciscain. II élimine les effets spéciaux et utilise cette couleur bleue, inédite, « si captivante, si émouvante » à laquelle personne ne résiste. Pèlerins ou touristes, dès le seuil de la basilique franchi, sont fasciné. Son pigment a le même éclat que l’or, mais plus réel : la voûte étoilée est bleue, le ciel de chaque scène est bleu. Le manteau de Marie est bleu. Une couleur profonde, lumineuse mais surtout « royale et réelle ».

Giotto, avec ce bleu, ouvre en grand dans le ciel d’Assise un ciel précieux et clair, qui a quelque chose d’éternel. Un « ciel heureux  » inonde les scènes d’une lumière rayonnante qui les purifie, les débarrasse de toute saleté, et confère aux espaces une profondeur éternelle.

Tout cela pour que l’homme approche les vérités racontées, vérités qui jaillissent des regards et des gestes, centrés sur Jésus.

Les périphéries

Et pour Noël, alors que vient de s’achever l’Année de la miséricorde, le pape François, en choisissant cette illustration de la Nativité, repropose trois gestes  » terriblement humains », parce qu’ils demandent des efforts, et « doucement humains »parce qu’ils sont possibles : ceux des deux sages femmes représentées sur la fresque, serrant l’Enfant Jésus contre elles, le langeant, le soutenant, simplement et avec amour, comme décrit dans le récit de Luc dont s’inspire Giotto. « Prendre dans ses bras  » est une parabole humaine. Il s’agit de considérer son prochain non comme un étranger, mais comme « des morceaux » d’humanité qui m’appartiennent. Le geste de « langer » l’enfant évoque la nécessité d’apaiser les souffrance de l’autre, la souffrance de la faim, parce qu’on est appelé à allaiter; la souffrance du froid, de celui qui est contraint à quitter sa patrie. Et pour finir, « soutenir » la fragilité d’un corps.

Noël c’est tout cela à la fois, trois gestes que chaque croyant est invité à faire pour sentir la présence de Dieu. La grotte et le champ des bergers, deux lieux provisoires, habités par des personnes semi-nomades, des bergers, deux lieux de misère quotidienne, deviennent le centre de l’Espérance. Ce sont ces périphéries là que le Saint-Père voudrait à nouveau dépeindre sur une grande fresque, afin que l’homme puisse s’apercevoir de la présence de Dieu dans les gestes simples de la vie quotidienne.

 

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