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Ce qu’un ancien prisonnier de guerre m’a appris sur le Rosaire

© LIU JIN / AFP
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Le témoignage poignant de ce soldat m’a fait comprendre que le Rosaire était bien plus qu’une belle prière de dévotion.

J’ai eu vent de cette histoire quand j’étais adolescent, bien avant que je devienne catholique. Je ne sais plus si c’était à la télévision, ou si je l’ai lue dans le journal. Toujours est-il que cette histoire m’a beaucoup marqué et que j’ai encore les images en tête, tant elles sont frappantes.

Un jeune soldat américain était jeté sans ménagement dans une prison étouffante en pleine jungle. Il avait l’air malade, transpirant, mal nourri… Il gisait sur le sol sale, à demi-conscient. Il était régulièrement frappé, d’abord quotidiennement, puis plusieurs fois par jour, parfois toutes les heures. Semaines après semaines, cette brutalité constante venait sans justification, sans pitié, sans fin.

Et pourtant… Cloué au sol par des douleurs atroces, pris de délires fiévreux, il avait tracé un dessin par terre d’un doigt tremblant, dans un moment de lucidité. Dix points disposés approximativement en cercle, et au centre, une croix. Alors, presque imperceptiblement, ses lèvres enflées et en sang s’étaient mises à murmurer : Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous…

Le Rosaire est ce qui lui a permis de ne pas devenir fou dans ces temps d’une incompréhensible dureté. Prononcer ces mots de l’ange Gabriel et d’Elisabeth à Marie, Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, prier le Notre Père et le Gloire au Père, contempler les mystères joyeux, douloureux et glorieux, tout cela a permis de faire pénétrer Dieu d’une manière éclatante dans cette cellule désespérément sombre. Faire avancer ses doigts brisés le long des points gravés dans la saleté du sol était un moyen de ressentir un certain ordre chassant momentanément le désordre, la grâce éclipsant la souffrance insensée. Dieu était alors véritablement présent.

Une immersion profondément mystique en Dieu

Car le Rosaire, comme l’a compris si clairement ce soldat, n’est pas un simple enchaînement de phrases que l’on récite les unes à la suite des autres ou encore un ennuyeux étalage des événements de la vie du Christ. Non, au contraire, c’est plutôt une immersion profondément mystique en Dieu. C’est ce qui permet d’échapper au maintenant qui paraît si difficile pour entrer dans une éternité aimante. C’est une opportunité de s’ancrer dans l’étreinte aimante du Christ par le biais de prières, de phrases et d’images ayant traversé des siècles de dévotion. Comme l’a exprimé avec ardeur Robert Llewelyn, pasteur luthérien, dans son livre sur le Rosaire, « les paroles [du Rosaire] sont comme les rives d’un fleuve et la prière est comme le fleuve lui-même. Les rivages sont nécessaires pour donner la bonne direction, pour que le fleuve continue de couler normalement. Mais c’est bien le fleuve qui nous intéresse. Il en va de même pour la prière : seule compte la tendance de notre cœur à se tourner vers Dieu. Quand le fleuve se jette dans la mer, les rives s’effacent. De même, lorsque nous pénétrons profondément dans la présence de Dieu, les mots disparaissent… et nous nous retrouvons dans le silence de l’océan de l’amour divin. »

Il en va véritablement ainsi. Le Rosaire est une prière ancrée dans le moment présent, en lien direct avec l’éternité.

Une rencontre incomparable avec le Christ

Au début, juste après ma conversion au catholicisme, je pensais que le Rosaire était juste une prière de dévotion belle et profonde. Je m’étais dit qu’il faudrait que je le prie de temps en temps. C’est le témoignage poignant de ce soldat qui m’a fait comprendre que c’était beaucoup plus que cela. Le Rosaire, c’est une rencontre incomparable avec le Christ qui est à même de transcender les réalités les plus dures. C’est un moment de prière pendant lequel les mots s’effacent peu à peu pour nous faire entrer « dans le silence de l’amour divin ».

Un soldat endurant de terribles tortures a réalisé que le Rosaire était une rencontre profonde avec le Seigneur, une rencontre qui lui a permis de rester en vie.

Et si nous percevions le Rosaire de la même façon ?


Tod Worner est marié, père de famille, médecin, et c’est un catholique converti. Il écrit pour le blog A Catholic Thinker.

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