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En 2016, l’esclavage tue encore

© YT HARYONO / NurPhoto
Fishermen collect dead fish floating on Lake Toba with net in North Sumatra, Indonesia, May 6, 2016. The Department of Fisheries said the deficiency of oxygen in the water caused the mass death of fish.
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Les pêcheurs en haute mer, en particulier en Asie, vivent dans des conditions comparables à l'esclavage antique, dénonce le cardinal Parolin, secrétaire d'État du Saint-Siège.

« Ils nous éclairaient avec leurs téléphones portables, regardaient lesquels d’entre nous étaient forts, pour les garder », témoigne Seuy San, réfugié cambodgien tentant de travailler en Thaïlande. Son épopée semble appartenir à une époque lointaine, mais elle a eu lieu au XXIe siècle. Travailleur clandestin sur les chantiers, jamais payé, il se rend à ce qu’il croit être la police, pour être ramené dans son pays, mais se retrouve embarqué sur un navire de pêche au long cours. La charge de travail est telle que les équipages d’esclaves sont drogués aux amphétamines, pour tenir le choc. Un compagnon d’infortune de Seuy San, trop épuisé pour travailler, est jeté par-dessus bord « pour l’exemple ».

21 millions de personnes concernées

Le cardinal Parolin dénonçait lundi 21 novembre la situation des travailleurs-esclaves, 21 millions de personnes selon ses estimations. Les migrants illégaux, en particulier, constituent une main d’œuvre vulnérable, facile à exploiter en raison de leur situation d’insécurité constante. Leurs exploiteurs les maintiennent en détention, frappant ceux qui tentent de résister. Parmi ces esclaves modernes, la situation des pêcheurs aux long court est particulièrement révoltante. Ils partent en mer pour des mois, parfois des années, détenus à bord de leur bateau, n’ayant pas le droit de quitter le bord lors des escales. Pour éviter le risque de voir leur équipage d’esclaves sauter du navire pour s’évader, les capitaines ravitaillent et déchargent leur cargaison en mer, dans de plus petits bateaux, évitant ainsi d’approcher des côtes.

« Alors qu’ils participent, d’une façon cruciale, à la sécurité alimentaire des pays qui les emploient », les forçats de la mer n’ont aucune garantie, affirme le cardinal Parolin. Il en appelle à une coopération des États pour parvenir à faire disparaître la pêche illégale. Ce sont en effet, le plus souvent, à bord des navires se livrant à la pêche illégale, que les conditions des travailleurs sont les plus dures.

Un risque écologique

Outre la question des condition de vie des équipages, la pêche clandestine menace les ressources océaniques, souligne le cardinal Parolin : « [Les Océans contiennent] la majorité des créatures vivantes, dont beaucoup demeurent inconnues, dont beaucoup sont en voie de disparition, pour diverses raisons, dont la pêche irraisonnée ». Il cite le chiffre de 11 à 26 millions de tonnes de poissons pillées chaque année par cette forme d’exploitation.

Pour faire face à cette situation, les institutions internationales, et notamment la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ont un rôle à jouer au côté des États. Pour échapper au problème de la clandestinité, source de la très grande précarité des travailleurs, le cardinal Parolin propose la solution d’un visa de travail temporaire. Il rappelle que l’Esprit saint nous envoie apporter « aux captifs la libération » (Luc 4, 18-19).

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