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Avant de s’envoler, Robert Hirsch remonte sur scène

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© Photo Lot

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Maëlys Delvolvé - publié le 28/11/16

À 91 ans, le comédien illumine la scène du Théâtre de l’Œuvre.

« Et après ? Comment ferai-je sans toi ? » C’est ainsi qu’André (Robert Hirsch), vieil écrivain en fin de vie, interpelle Madeleine (Isabelle Sadoyan), son épouse depuis cinquante ans, dans la peur de la voir partir avant lui. Leurs deux filles, Anne (Anne Loiret) et Elise (Léna Bréban), inquiètes pour la santé de leur père qui perd la mémoire, ont décidé de venir passer le week-end chez leurs parents, dans la maison de leur enfance.

Le théâtre des émotions pures

Mais que se passe-t-il vraiment ? Au fil des scènes délibérément décousues, le spectateur dérouté comprend qu’il n’y a là rien à comprendre. Seulement des émotions à vivre, avec les personnages. Les situations se multiplient et s’imbriquent les unes dans les autres ; qui est donc mort le premier ? Tantôt, c’est André, tantôt c’est Madeleine, décédée brutalement en faisant son jardin, laissant son mari rongé par l’absence et la maladie dans une maison qu’il ne veut pas quitter.

Florian Zeller, (Molière 2014 de la meilleure pièce pour Le Père) nous offre un texte poétique et troublant, brillamment mis en scène par Ladislas Chollat, qui en facilite la lecture. Cette maison, où ni les meubles ni le papier peint semblent ne pas avoir bougé depuis des années, nous la connaissons tous : elle est celle de nos grands-parents, de nos parents, de ceux qui nous ont précédés, aimés, et se sont eux-mêmes aimés.

L’amour face à la mort

Avant de s’envoler est pour Florian Zeller l’occasion d’évoquer les inquiétudes qui envahissent l’esprit humain au crépuscule de sa vie : l’absence de l’être aimé, la dépendance, les souvenirs et les oublis, mais aussi les secrets révélés… La situation n’est guère rendue limpide lorsque surgit une certaine Madame Schwartz (Claire Nadeau), qui prétend avoir bien connu André plusieurs dizaines d’années auparavant.

Si le texte ne permet aucune interprétation rationnelle possible, tout tourne autour d’André et Madeleine, éternels amoureux qui, malgré les blessures et les manies de chacun, ont passé plus d’un demi-siècle ensemble. Les tempêtes qu’ils ont traversées ont renforcé leur tendresse et leur complicité. Dans les difficultés de la vieillesse, Madeleine choie amoureusement son mari, profondément déboussolé quand elle n’est pas (ou plus) là.

Merveilleuse distribution

Ce vieux couple, délicieusement interprété par Isabelle Sadoyan et Robert Hirsch – respectivement 88 et 91 ans ! – ne manque pas de nous faire sourire. Robert Hirsch, vieux monsieur songeur, parfois bougon, se montre tout aussi tendre avec sa femme que colérique avec ses filles qui veulent lui faire quitter sa maison. « Une vieille plante dans un vieux pot, voilà ce que je suis ! », déclare-t-il à Anne lorsqu’elle lui annonce qu’elle a pris rendez-vous avec un agent immobilier. Son énergie est extraordinaire, sa sincérité désarmante.

Isabelle Sadoyan soutient admirablement ce vieil ours, avec douceur et malice. Leurs querelles n’en sont que plus touchantes et drôles. Le reste de la distribution, Anne Loiret et Léna Bréban, tout comme Claire Nadeau et François Feroleto, qui incarne le compagnon d’Elise, lui-même agent immobilier qui ne cache pas ses vues sur la maison du couple, est tout aussi brillant.

Après une heure et demi de spectacle, les longs applaudissements viennent saluer ce magnifique spectacle, très émouvant, porté par des acteurs magistraux. On en sort le cœur serré des bouleversants dialogues, parfois douloureux, parfois heureux, qui chantent l’amour de toute une vie.

Informations : 

Avant de s’envoler de Florian Zeller au Théâtre de l’Œuvre, 55 rue de Clichy, Paris IXe.

Jusqu’au 15 janvier 2017. Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 16h.

Réservations au 01 44 53 88 88 ou sur le site officiel.

Tags:
Paris
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