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Marre des réseaux sociaux ? Essayez la poésie !

© Sofie Delauw / Cultura Creative

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Louise Alméras - Publié le 19/11/16

Quelques conseils pour découvrir la beauté de l'art poétique.

Vous avez peut-être l’impression de vivre pleinement l’instant présent quand vous vous agitez sur la toile, quand votre téléphone ne dort jamais ou que les réseaux sociaux prennent une bonne partie de votre temps.

Ou bien, ce que vous vivez vous échappe, n’entre pas complètement en vous. Il est possible aussi de préférer cette vie à celle où écrire est une activité propre et personnelle, un acte de création et de réflexion. C’est selon et il faut vivre avec son temps. Pourtant la poésie continue d’attirer, par exemple dans les petites phrases affichées dans le métro, le Printemps des poètes et les recueils régulièrement republiés des plus grands poètes. De nombreux contemporains en écrivent encore, preuve que la poésie n’a pas dit son dernier mot.

Mais vous, avez-vous déjà essayé ? En lisez-vous vous-mêmes ? Que vous inspire-t-elle ? Enfin, quel rapport vous lie à elle ?

Il n’est pas aisé de se lancer dans la poésie, d’en écrire. On pense aussitôt aux règles ardues de la métrique, qui en font fuir plus d’un, à la difficulté de s’exprimer en peu de mots de manière esthétique, ou encore aux sujets entendus dont on pense que tout a été dit dessus, bien mieux que nous pourrions le faire.

Écrire de la poésie se propose comme un exercice personnel, non nécessairement destiné à être montré. Et il reste tout à fait adapté à l’époque actuelle. Quand Saint-John Perse disait : « Et c’est assez, dit le poète, d’être la mauvaise conscience de son temps », il rejoint assez bien toutes les revendications et autres effarements que nous postons sur Internet, la responsabilité de l’engagement en moins sans doute, pour certains. Pourquoi ne pas s’essayer à les exprimer avec plus d’esthétisme ? À cet effet, notamment pour Twitter, il y a la solution du haïku, une forme courte d’origine japonaise. Il permet d’exprimer la beauté fugace d’un instant de vie ou un sentiment éphémère mais fort. En trois vers seulement, il s’écrit avec le rythme 5/7/5 sous forme de tercet. Très court donc, mais pas si simple, essayez-donc.

Pour continuer et vous mettre en confiance, René Char la propose avec une vision de la force bien loin de celle dont on nous rebat les oreilles, puisqu’elle comprend ici notre part de fragilité :

« J’entrevois le jour où quelques hommes qui ne se croiront pas généreux et acquittés parce qu’ils auront réussi à chasser l’accablement et la soumission au mal des abords de leurs semblables en même temps qu’ils auront atteint et maîtrisé les puissances de chantage qui de toutes parts les bravaient, j’entrevois le jour où quelques hommes entreprendront sans ruse le voyage de l’énergie de l’univers. Et comme la fragilité et l’inquiétude s’alimentent de poésie, au retour il sera demandé à ces hauts voyageurs de bien vouloir se souvenir. »

L’un des plus grands poètes allemands, Rainer Maria Rilke, donne un mode d’emploi très instructif sur l’avènement du vers poétique, dans ses Cahiers de Malte Laurids Brigge :

« Pour écrire un seul vers il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approchés, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclaircie, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mères, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles. Et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour dont aucune ne ressemblait à l’autre, il faudrait avoir été auprès des mourants, être resté assis auprès des morts (…) Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs, il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom, ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux se lève le premier mot d’un vers. »

Et je vous laisse à cette dernière pensée, qu’écrivait Max Jacob : « Est-ce donc que la grâce ne vient que là où il y a écorchement, c’est-à-dire perméabilité ? D’ailleurs, il ne peut y avoir de poésie que là où il y a eu choc, et pour qu’il y ait choc, il faut la perméabilité ».

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