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Comment écrire son livre ? (3/3)

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Les secrets d’écriture de David Hockley, auteur de "La parole s’est faite chair", témoignage d’un protestant devenu catholique.

La parole s’est faite chair (L’Œuvre, 2013) ne se contente pas de raconter le cheminement spirituel de David Hockley : il est ce cheminement, logique, intellectuel, fouillé et justifié par de nombreuses citations, qui a poussé l’auteur, à force d’interroger sa foi protestante, à embrasser la foi catholique.

© Mathilde de Robien
© Mathilde de Robien

Aleteia : Comment est née l’idée d’écrire ce livre ?
David Hockley :
Tout a commencé en 1995, après ma deuxième année de classe préparatoire de mathématiques, au cours d’une session d’évangélisation organisée l’été par Jeunesse en mission, une organisation missionnaire au sein de laquelle travaillaient mes parents. La session rassemblait des chrétiens de différents horizons. Je me suis lié d’amitié avec des catholiques irlandais. Je les ai accompagnés à la messe. Je me suis posé beaucoup de questions, sur l’Eucharistie notamment : « Comment le pain et le vin pouvaient-ils être réellement transformés en corps et sang du Christ, alors que pour moi, ce n’était qu’un symbole du sacrifice de Jésus sur la croix ? ». J’ai fait des recherches et je me suis rendu compte que le verbe esti – utilisé dans « ceci est mon corps » – signifie bien être et non représenter. Un jour, j’ai assisté à la messe, à l’église Saint-Gervais, à Paris. Au moment de la communion je me suis avancé sans être certain que le Christ était présent. Je ne croyais pas, mais j’étais disposé à croire. Dans la file, je priais Dieu de me montrer s’Il était présent ou pas dans ce pain. Le prêtre m’a présenté l’hostie, je l’ai consommée, et là, j’ai su. J’avais les jambes qui tremblaient, Dieu m’avait répondu : Jésus était réellement présent dans l’Eucharistie. Mais si les catholiques avaient raison pour la Cène, se pourrait-il qu’ils aient raison sur d’autres points ? Et c’est ainsi qu’a commencé mon chemin vers le catholicisme…

Au départ ce livre avait pour but de prouver aux protestants que j’avais raison de devenir catholique. Puis cette volonté de me justifier s’est apaisée, et l’écriture du livre est devenue pour moi une manière d’approfondir ma foi, en faisant des recherches, en réfléchissant, et de pouvoir exprimer ce que j’avais compris. J’étais heureux de pouvoir expliquer à mes proches, à mon père notamment qui était pasteur évangélique, pour quelles raisons j’avais choisi d’embrasser la foi catholique.


Lire aussi : Comment écrire son livre ? (1/3)


Comment s’est déroulé votre travail d’écriture ?
J’ai commencé en 1995, en réaction à des remarques de mon pasteur, et terminé dix-huit ans plus tard en 2013. J’ai écrit, abandonné, repris, abandonné de nouveau, et ainsi de suite, au fur et à mesure de mes réflexions et de mes découragements. J’écrivais le soir tard, ou très tôt le matin avant de partir travailler. Ou encore pendant de nombreuses insomnies. J’ai effectué beaucoup de recherches dans les livres (je suis un lecteur avide), dans la Bible (évidemment !) et sur Internet. J’avais pour but à la fois de me documenter et de me confronter aux objections protestantes vis-à-vis du catholicisme, pour faire avancer ma réflexion personnelle, que je couchais ensuite sur papier.

Quelles difficultés avez-vous rencontré dans l’écriture de ce livre ?
Premièrement, la peur de ne pas arriver à exprimer mes idées. Ce sont des sujets complexes. J’avais peur d’être confus, je répétais dix fois les mêmes choses, il a fallu épurer. Et ce qui est angoissant dans un témoignage comme le mien qui s’appuie sur la Bible et sur le discours de l’Église, c’est d’en donner une interprétation fausse, ou s’exprimer tellement maladroitement qu’on induit en erreur. Pour être fidèle au magistère, je vérifiais tout quinze fois. On peut vite dire des bêtises !

Comment s’est déroulée votre recherche d’éditeur ?
J’ai envoyé un premier manuscrit à des éditeurs catholiques, qui ont tous refusé ou pas répondu. Alors j’ai montré mon manuscrit à des amis plus littéraires que moi, qui m’ont conseillé sur la forme : le manuscrit était comme une série de cours magistraux, je l’ai réécrit sous la forme d’une quête personnelle. Une de ces personnes travaillait pour la maison d’édition L’Œuvre, qui a accepté de m’éditer, en 2013. L’Œuvre a fait faillite depuis, et les Éditions de l’Emmanuel ont repris les droits.


Lire aussi : Comment écrire son livre ? (2/3)


Quelle sensation cela fait-il de voir son livre publié ?
J’étais ravi de le tenir entre mes mains, et fier de le voir apparaître dans une recherche Amazon… mais en même temps j’ai accusé le coup : d’une part, j’avais l’impression qu’il n’était pas tout à fait fini, qu’il pouvait encore être amélioré, mais je ne pouvais plus y toucher ! Et d’autre part, après dix-huit années, j’ai ressenti un vide : « Maintenant, je fais quoi ? ».

Et alors ? Avez-vous un projet d’écriture en cours ?
Oui. J’écris en ce moment un livre d’apologétique qui explique les raisons bibliques et historiques de la foi catholique face à des objections évangéliques. La sortie est prévue en 2017 aux Éditions de l’Emmanuel.

Quels conseils donneriez-vous à des apprentis-auteurs ?
–  Écrire un peu chaque jour.
–  Ne pas hésiter à tout jeter, tout réécrire.
–  Viser la concision, méthode anglo-saxonne, plutôt que la manie française qui additionne les mots et saupoudre d’adjectifs et d’adverbes inutiles.
–  Faire relire votre manuscrit, une fois qu’il est mûr, pour avoir regard extérieur.

Propos recueillis par Mathilde de Robien. 

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