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Sait-on encore parler français ?

Fahrenheit 451
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Plaidoyer pour retrouver le vrai sens des mots.

Si, contrairement à votre serviteur, vous ne vivez pas tout à fait dans une cave (grand bien vous fasse), vous avez dû subir, c’est certain, l’usage, le contre-usage, la déformation et le mauvais placement de certains mots de notre belle langue (passons sur les anglicismes).

Les fautes de français sont courantes, et nous, journalistes, n’excellons pas toujours à les faire disparaître des articles que vous pouvez lire.

Cela étant dit, il nous paraît pertinent, en cette époque où l’on fait profession d’iconoclaste, comme on était autrefois vendeur de journaux ou allumeur de lanterne, d’attirer l’attention du lecteur sur ces nouveaux termes qui nous polluent l’existence à force d’être mal employés.

Commençons par le plus grotesque des changements de sens. « L’aventure ». Déesse aux pieds ailés, elle fait désormais la manche à la sortie du métro. Ne prenez pas la peine de compter le nombre de fois où ce mot a été prononcé à mauvais escient… Journalistes, starlettes pour un soir d’un programme de télé-réalité, homme politique, etc. nous restons béats devant ce constat sans appel : « C’est une belle aventure ». Tout devient aventure, avaler des vers gluants pour prouver sa force et sa valeur, voir son abnégation à 20 heures sur TF1, prendre un avion pour aller rencontrer un agriculteur esseulé, le charmer, l’abandonner à ses vaches, survivre deux mois dans une maison mal occupée au mobilier criard; etc. Oui, on est loin, très loin des figures dont nos grands-parents nous ont rabâché les oreilles. Loin de Lyautey, loin d’Hélie de Saint Marc, loin, même, des émissions culturelles désormais disponibles sur le site de l’INA où l’on échange dans un français châtié sur l’avenir du monde, les bienfaits de la littérature, le malheur d’être un artiste ou les derniers potins des éditeurs parisiens.

Mais il faut de l’immédiat, ce que l’aventure n’est pas, ce qu’elle ne sera jamais, puisqu’elle est fille de longs moments d’attente… et qui aura le courage, si ce n’est l’occasion, de le rappeler à ceux qui utilisent si mal ce vocable charmant ?

Le monde sombre dans la bêtise

Viennent ensuite les mots valises et autres expressions consacrées : « J’ai mal à ma France », « Les heures les plus sombres de notre histoire », « Je suis… » (on laisse vide l’espace à remplir). Eux aussi ont le vent en poupe. Non qu’ils expriment des idées claires. Ils sont l’apanage des idées bon marché, la fin d’un raisonnement, en un sens, qui n’aura pas eu lieu, puisque conclu par ces quelques mots qui, mis bout à bout, prennent des allures de couperet. La guillotine n’est pas loin…

On se plaint d’un monde qui sombre dans la violence. Mais à l’instar de Bernanos, de Bloy, de Barbey d’Aurevilly, et de tant d’autres, il est plus juste de dire aujourd’hui que le monde sombre dans la bêtise.

Quelle réponse donner alors ? La meilleure, la plus simple et la plus évidente. Au lieu de gesticuler devant une perche à selfie, au lieu de donner crédit à des penseurs qui portent si mal ce nom, au lieu d’abimer ses rétines en les collant à un téléviseur et à une chaine câblée, soyons du monde, mais soyons armés. Et la meilleure des armes nous appartient déjà : quelques minutes de prière dans une chapelle calme, un chapelet murmuré dans le métro, des prières millénaires dont les mots sont lourds d’un sens à jamais inchangé, car ces mots-là sont saints.

Alors ne laissons pas la modernité les gangrener, qu’elle prenne son retour de bâton dans les dents et qu’elle sache enfin : l’aventure, c’est grandir en étant fidèle à ses rêves d’enfant disait Hélie de Saint-Marc, le reste compte pour bien peu.

Étudiant en lettres modernes à la vieille Sorbonne, volontaire engagé auprès des chrétiens d’Orient, amoureux des livres, il attarde sa plume sur les sujets d’actualités, de lettres ou qu’importe, pourvu que cela fasse couler de l’encre.  
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