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La politique selon Jean-Michel Aphatie

©JACQUES DEMARTHON / AFP
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"Si un jour je suis élu président de la République, savez-vous quelle est la première mesure que je prendrais ? Je raserais le château de Versailles."

Invité sur la chaîne Public Sénat mercredi dernier, le journaliste Jean-Michel Aphatie a proposé de raser le château de Versailles : « L’esprit politique français est fabriqué par le souvenir de Louis XIV, de Napoléon et du général De Gaulle. Quand on fait de la politique en France madame, c’est pour renverser le monde. Eh bien ça, ça n’entraîne que des déceptions. Moi si un jour je suis élu président de la République, savez-vous quelle est la première mesure que je prendrais ? Je raserais le château de Versailles. Ce serait ma mesure numéro un pour que nous n’allions pas là-bas en pèlerinage cultiver la grandeur de la France, devenons réalistes ! »

Cette déclaration outrée est censée exprimer le mécontentement du journaliste suite à la victoire de Donald Trump.

Mais quel est le rapport entre le château du Roi Soleil et le candidat républicain ?

Partons du principe que M. Aphatie soit réellement de bonne foi et que sa déclaration outrée soit spontanée et non mue par un agenda cynique. Essayons d’imaginer quelques instants les méandres de la réflexion du journaliste français.

Le slogan de Trump est : « Make America great again ». Le nouveau président part du principe, à juste titre ou non, là n’est pas la question, que l’Amérique a perdu sa grandeur. Suite à la crise économique et à une politique étrangère inappropriée, l’Amérique se serait avachie et aurait perdu son leadership au niveau mondial. Or, ce qu’a bien compris Trump, la première chose à faire si l’on veut rendre à un pays un sens de la grandeur, c’est lui rendre sa fierté pour qu’il puisse à nouveau agir avec force et confiance.

Comment Trump s’y prend-il pour instiller de la confiance à son peuple ? En incarnant de manière complètement décomplexée un certain archétype de l’Amérique : l’homme est un bagarreur, il rend coup pour coup et dégage la rudesse des cow-boys d’antan à la blague facile, à la grossièreté à fleur de peau, n’ayant pas peur d’exprimer l’esprit de prédation typique des colons et des capitalistes américains. L’une des caractéristiques de cette Amérique grande et originelle est un manque de nuances assumé.

C’est ce manque de nuances associé à un culte d’une certaine « virilité » basique qui provoque, chez Trump, ces débordements souvent insupportables de machisme plat voire qui le font flirter avec le racisme le plus primaire. Tout cela : le personnage de Trump (réel ou construit), les outrances de ce dernier et les archétypes patriotiques qu’il essaye d’incarner se mêlent confusément dans l’esprit du journaliste en ce qu’on pourrait appeler « la bulle réac’ ».

Et Versailles ?

En fait, Jean-Michel Aphatie rejette sans doute certaines déclarations outrées de Trump et y associe de manière concomitante et immédiate le désir de rendre la grandeur à l’Amérique. Ce produit alors l’équation suivante : « Vouloir rendre grand son pays » mène au « racisme » donc, poursuivent les neurones du journaliste, tout ce qui veut rendre un pays grand mène immanquablement à la bulle réac’, à commencer par tout ce qui fait référence à l’histoire et à la grandeur d’un pays. En conclusion, il faut rejeter et détruire tous les symboles historiques, millénaires et patriotiques des pays afin d’avoir enfin un monde neutre qui pourra connaître la paix.

M. Aphatie oublie que si l’une des paroles majeures que Dieu donne aux hommes est : « Tu respecteras tes parents », ce n’est pas simplement pour garantir la paix des familles et l’harmonie transgénérationnelle mais parce que nos anciens savaient très bien qu’on ne construit rien sur du sable, qu’il est primordial pour une nation ou une civilisation d’accrocher ses racines dans le passé et dans l’image éventuellement idéalisée que l’on s’en fait.

Dissolution de l’identité

Ce sont d’ailleurs ces mythes fondateurs et ces archétypes que l’on essaye à tout crin de détruire à coup de réforme scolaire, de rejet du christianisme, d’anticléricalisme, de laïcisme, de détestation du patriotisme, d’anéantissement programmé de la famille, de neutralisation forcée, de relativisme moral et d’un sentiment de détestation de soi savamment distillé.

Or c’est précisément ces destructions programmées qui font que la société et la vie perd de son sens. Se fondant dans le grand tout indifférencié du mondialisme consumériste, l’identité se dissout.

Malheureusement pour tous, cette identité qui est essentielle à la vie psychique revient alors en force mais complètement déformée, pervertie. Elle devient alors meurtrière pour reprendre les mots de l’ouvrage d’Amin Maalouf malheureusement plus que jamais d’actualité.

Si M. Apathie est de bonne foi et croit vraiment bien faire, il fait tout à fait fausse route et son coup de sang provoque l’effet inverse de celui qu’il souhaite.

Mais de bonne foi ou pas, il y a bien au-dessus de lui des gens qui ont tout intérêt à dissoudre les identités multiples afin de mettre en place l’avènement d’une société de consommation parfaite ou seul les goûts préfabriqués du marketing auront voix au chapitre.

Ceux-là construisent savamment un discours qui consiste à associer sexisme-religion-racisme-patriotisme, passéisme et goût de l’Histoire, des racines et de l’héroïsme.

Mais on peut être fortement ancré dans l’Histoire et le légendaire de son pays en étant ouvert aux innovations technologiques.

On peut être amoureux de sa culture en respectant autant celle des autres.

On peut être patriote en souhaitant la justice et la prospérité pour tous.

On peut être croyant, désirer que chacun puisse connaître une vie familiale équilibrée en militant pour l’égalité de droit et de respect entre les personnes et les sexes.

On peut croire en une morale objective, absolue et non relativiste tout en défendant les libertés individuelles.

Enfin, on peut être définitivement traditionnel et résolument ouvert de cœur et d’esprit. Pas ouvert malgré l’ancrage dans la pensée traditionnelle mais grâce à la pensée traditionnelle qui a toujours tenté de séparer le bon grain vertueux de l’ivraie dans la société afin de pouvoir brasser le premier à pleines mains.

Laissons donc Versailles en place et profitons-en pour remettre en valeur tous nos monuments historiques, artistiques et religieux. Non seulement par goût des vieilles pierres mais parce que c’est sur ces pierres vivantes que se construira un avenir stable et ouvert.

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Sébastien Morgan est historien d'Art de formation. Auteur d'un essai paru en 2013 aux éditions du Mercure Dauphinois : Devenir soi-même, chronique d'un chrétien du XXIe siècle, il est également le webmaster du site relianceuniverselle.com.  Après une décennie passée dans le journalisme, il exerce actuellement le métier d'enseignant à Bruxelles.
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