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Jacques Laurent, le discret des « Hussards » (4/5)

Jacques Laurent © Aleteia
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Découvrez "les Hussards", courant littéraire des années 1950 qui s'opposait aux existentialistes.


Retrouvez le 3e épisode de la série : Michel Déon, l’enchanteur des « Hussards »


Lorsqu’on parle hussards et littérature, Jacques Laurent est toujours le dernier cité du quatuor, celui qu’on cherche un peu au fond de sa mémoire pour compléter le tableau. Il n’a pas habillé de bleu un cosaque pour en faire un titre de roman, il n’a pas vu Belmondo le singer en hiver,  ni sublimé les vingt ans d’un jeune homme vert. Il a pourtant occupé un siège confortable sous le dôme du quai de Conti. Patrick Besson lui consacre un bref article en 2012, dans le journal Le Point, dont le contenu repose entièrement dans le titre : Jacques Laurent, hussard puni.

Portrait

Puisque la maîtresse postérité a consigné froidement cet auteur sur le banc des cancres, à nous de réhabiliter le vilain petit hussard.

Académicien, Dom Juan des années 50, patron de la délicieuse revue La Parisienne, il gagne ensuite le Goncourt après une sombre période gâchée par une vie politique trop active. Gâchée, oui, car la politique détourne les plumes des auteurs les plus talentueux. La belle période de Jacques Laurent est celle de son épopée Caroline Chérie, puis celle des Bêtises, mais en aucun cas son entre deux. La politique fait l’encre rance. Chez Brasillach aussi on avait noté que l’implication politique avait teinté ses mots. Pour l’un comme pour l’autre, on s’en souvient tout de même comme de grands auteurs, indomptables, fidèles, au style classique et à la finesse aigüe de l’intelligence.

Le Bon Dieu

Il est difficile de trouver chez Jacques Laurent une quelconque proximité au bon Dieu. Il  était cruellement athée. Ses engagements politiques très conservateurs auraient pu laisser supposer le contraire, mais sa mise à mort volontaire confirme l’affront : les grandes plumes ne sont pas toutes croyantes. Avant de quitter ce monde de ses propres mains, Laurent avait failli le quitter durant l’automne 1941. Un souci de santé avait fait dire aux médecins qu’il était condamné. C’est donc sans surprise que ses proches le voient refuser l’extrême onction, avant de l’entendre réclamer des obsèques catholiques.

S’il est le moins connu des hussards, il est donc aussi le moins religieux de l’école. Le spécialiste d’Antoine Blondin, Alain Cresciucci s’est aussi égaré dans les pages de Jacques Laurent, dans un ouvrage éponyme, dont il allonge le titre de ces mots : « Itinéraire d’un enfant du siècle ». Le siècle est bel et bien athée.

Il omet pourtant de raconter, dans cet ouvrage intime avec le maudit du quatuor, une anecdote à la fois sinistre et délicieuse : dans l’immense œuvre de Dumas, que Laurent idolâtrait, se trouve le roman « Le vicomte de Bragelonne ». Il s’était toujours interdit de le lire, disait-il, « pour ne pas voir mourir Porthos ». Pourtant, quelques temps avant sa mort, il avait confié à un journaliste qu’il venait de se consacrer à la lecture de cet ouvrage tabou. Une manière littéraire d’annoncer son suicide.

Tentons alors, en trois citations, de vous donner envie de vous réconcilier avec l’oublié de la « droite buissonnière » :

La poésie d’une plume tendre : « Que tout cela était absurde ! Elle savait que les oiseaux chantaient par amour, pour appeler une compagne. Ces guerres, ces exécutions, ces haines étaient complètement imbéciles. Il suffirait d’un peu de gentillesse pour que la terre soit un paradis ».

Le couperet des sentences propres à son école littéraire : « La tranquillité de l’esprit ne fait pas partie des droits de l’homme. »

Et enfin, un mot sur la vieillesse qu’il a voulu fuir en choisissant sa mort : « La vieillesse est une langue étrangère qu’il faut apprendre à un âge où le cerveau n’est plus guère disposé à acquérir de nouvelles connaissances. »

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