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So long Leonard Cohen

© Graham Denholm/WireImage/ GETTY
MELBOURNE, AUSTRALIA - NOVEMBER 20: Leonard Cohen performs live for fans at Rod Laver Arena on November 20, 2013 in Melbourne, Australia. (Photo by Graham Denholm/WireImage)
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Le chanteur canadien du spleen, de l'amour et de l'espoir est mort dans la nuit à Montreal.

Leonard Cohen, poète sombre mélancolique et astre solaire de la folk nord-américaine, est mort ce 11 novembre à 82 ans. Débutant sa carrière en 1967, il ne nous laisse que 14 albums mais à peu près autant de tubes de la chanson anglo-saxonne de ces 50 dernières années. Parmi ces titres : Suzanne, Lover lover lover ou So long Marianne, la balade composée en hommage à son épouse qu’il a rejoint pour l’éternité.

Nous avons adapté pour vous cet article, paru en septembre dernier sur l’édition anglophone d’Aleteia.

Leonard Cohen face à ses ombres

 Son héritage juif – et l’héritage catholique de son Montréal natal – lie les affres de la mélancolie aux rayons d’espoir de ses chansons.

En Dieu, écrivait un poète, il y a «une obscurité profonde mais éblouissante» et l’on pourrait dire la même chose de la musique de Leonard Cohen.

Très connue pour « Hallelujah », qui a été reprise à l’infini, l’œuvre du chanteur-auteur-compositeur-interprète canadien, poète et romancier est synonyme de sombre morosité depuis toujours. Cohen a passé cinq ans en retraite dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles dans les années 1990, où il a livré sa longue bataille contre la dépression. Mais de «If It Be Your Will» au plus récent «Come Healing», il semble toujours fidèle à son héritage juif – ainsi qu’à l’héritage catholique de son Montréal natal – qui lie les affres de la mélancolie aux rayons d’espoir dans chacune de ses chansons.

« You Want it Darker », la chanson titre de son dernier album, est une distillation de cette obscurité sacrée dans une forme élémentaire, sans alliage. Pour les auditeurs qui ne connaissent pas le son de Cohen ni ses arrangements, la chanson (produite par son fils Adam) sera sans doute un choc. Gideon Zelermyer et le Chœur de la Synagogue Shaar Hashomayim de Montréal ont créé le contexte vocal pour sa basse trainante et son motif de tambour très sourd qui – comparé aux singles encombrant les ondes radiophoniques – s’avère désorientant de simplicité.

La production n’est qu’une toile où Cohen s’exprime et sa voix comme ses paroles sont les choses les plus effrayantes. Comme Bob Dylan, le poète de 82 ans a des cordes vocales qui ont grossi et approfondi considérablement leur timbre au fil des ans, en tombant vers le registre grave du chant tibétain – et jamais autant que sur un mot particulier dans le refrain :

If you are the dealer, I’m out of the game
If you are the healer, it means I’m broken and lame
If thine is the glory then mine must be the shame
You want it darker, we kill the flame

Magnified, sanctified, be thy holy name
Vilified, crucified, in the human frame
A million candles burning for the help that never came
You want it darker

Hineni, hineni
I’m ready, my lord

There’s a lover in the story
But the story’s still the same
There’s a lullaby for suffering
And a paradox to blame
But it’s written in the scriptures
And it’s not some idle claim
You want it darker, we kill the flame

They’re lining up the prisoners
And the guards are taking aim
I struggled with some demons
They were middle class and tame
I didn’t know I had permission to murder and to maim
You want it darker

Hineni, hineni
I’m ready, my lord

La chanson semble avoir un double sens : nous sommes plongés dans l’obscurité du mal et la part sombre et naturelle de notre propre souffrance et de notre mortalité, forces qui convergent vers l’image de la crucifixion. Mais dans ce plus noir des espaces, Cohen semble espérer en Dieu comme jamais auparavant. Les paroles tiennent à la fois du Kaddish et de la prière du Notre-Père, mais tournent autour de ce Hineni, Hineni, qui se traduit par «Ici, je suis» ou « Je viens ». La chanson se termine par un chant de Gideon Zelermyer scandant quatre fois ce mot de sa voix de ténor.

« Hineni est une référence majeure à l’Ancien Testament, elle concerne Abraham et Dieu qui l’empêche de sacrifier son fils Isaac », a expliqué Zelermyer à la Gazette de Montréal. « Mais dans ce cas, je pense que ce hineni concerne Leonard lui-même, essayant de parvenir à une entente avec le Créateur, il connaît bien les paroles du Livre de Vie : Ici, je suis – je suis prêt. »

La Gazette avait deviné les signes avant-coureurs de la maladie. Un journaliste soulignait que l’on pouvait même entendre un souffle bas modifier les airs pour relier les prises de Cohen, spéculant que cet album serait son chant de cygne. « Malgré la profondeur de sa voix, la force et la sagesse de son écriture, je découvre une fragilité… C’est triste et difficile, il nous faut imaginer que cet album soit la dernière déclaration de Cohen à son Dieu comme à l’humanité. »

Qu’elle soit ou non son ultime chanson, “You Want it Darker” s’inscrit indubitablement parmi ses plus grandes.

 

Nous apprenons ce matin avec tristesse que cet album est le dernier et que cette chanson est la plus grande.

 


Lire aussi : Pentatonix interprète a cappella le chef-d’œuvre de Leonard Cohen


So Long, Marianne :

Suzanne :

 

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