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Donald Trump à bloc : sondages en toc et prêchi-prêcheurs sous le choc !

© JIM WATSON / AFP
US President Barack Obama shakes hands as he meets with Republican President-elect Donald Trump on transition planning in the Oval Office at the White House on November 10, 2016 in Washington,DC. / AFP PHOTO / JIM WATSON
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Ni les politologues, ni les sondeurs, ni les médias ne font une élection. Celle du 45e président des États-Unis restera comme un cas d’école.

Au lendemain de l’élection de Donald Trump, 45e président des Etats-Unis, Jean-Eric Braana, maître de conférences à l’Université Paris II et auteur de L’incroyable Donald Trump (éditions de Passy), souligne dans un entretien à Famille Chrétienne la « claque » reçue par « l’establishment » : « Personne n’avait vu venir cette victoire. Ni les sondeurs, ni les politologues (…) En 2016, les électeurs ont complètement changé. Ils ont de nouvelles sources d’information, ils attendent autre chose, de nouvelles pratiques politiques. Ils ont lancé aux médias occidentaux : « Vous avez écrit une histoire dont nous ne voulions pas ! » Or, analyse-t-il, « notre démocratie n’est pas différente de l’Amérique. Nous sommes même assez proches du point de vue des attentes et de la désespérance. La France souffre de la même façon. Il y a une grogne sourde qui monte. Nos politiciens seront-ils capables de répondre à cette lame de fond ? »

« C’est une révolution contre les élites»

En effet, avertit Yves Harté dans Sud-Ouest, « on aurait (…) tort de considérer avec une sidération mêlée d’effroi que ce genre d’aventure ne saurait arriver que dans les grandes plaines des États-Unis, que ce peuple-là est décidément trop inculte, trop primaire, trop égoïste pour nous ressembler. Cette vaste tempête que la dérégulation a déclenchée, qui a mis à bas toutes les frontières, parcourt le monde entier avec des effets partout identiques. »

« Dure leçon » reconnaît Laurent Joffrin dans Libération : « C’est une révolution contre les élites, celles de la richesse, de la finance, mais aussi celles de la culture, de la politique et des médias, dont la culture d’ouverture, de mélange, d’arrogance aussi et d’hédonisme fondé sur l’aisance financière, a fini par révulser l’Amérique qui se lève tôt».

Les sondeurs et les médias en prennent pour leur grade. « En même temps qu’Hillary, c’est toute la presse qui a reçu une énorme claque » pointe Gabrielle Cluzel sur Boulevard Voltaire : « C’est mathématique , titrait, hier [veille de l’élection], BFM TV, au-dessus d’une photo de profil de la candidate cheveux aux vents, menton levé, sourire serein, regard rivé sur la ligne bleue de la Maison-Blanche : Hillary Clinton devrait devenir la prochaine présidente des États-Unis.  (…) Peu de temps auparavant, Le Huffington Post expliquait : Voici pourquoi Hillary Clinton sera élue présidente le 8 novembre 2016. (…) Sans doute a-t-on trop pratiqué la méthode Coué, s’interrogeait, enfin humble, une journaliste d’Europe 1, ce mercredi matin. Soyons fous : si on arrêtait avec l’autosuggestion pour faire de l’information ? »

Même tonalité chez Élisabeth Levy dans Causeur : « Ils n’ont rien vu venir, parce qu’au lieu de chercher à comprendre, ils s’efforcent de nier ce qui leur déplaît et de rééduquer ceux qui leur désobéissent. Le vote Trump est un bras d’honneur à  ceux qui prétendent savoir, à commencer par les journalistes. Ce qui signifie qu’eux et les autres prêchi-prêcheurs sont au moins en partie responsables du désastre qui les désole. »

« Seul contre tous, cela plaît»

« Trump s’est posé en victime et cela a fonctionné » constate Jean-Jacques Durré sur Cathobel : « Seul contre tous, cela plaît.» Un diagnostic qu’illustre ce tweet d’un de ses électeurs, signalé sur  BFMTV : « Ce que j’aime chez D. Trump, c’est que le parti démocrate le déteste mais surtout que le parti républicain le déteste ! »

Ni les femmes, ni les chrétiens votant pour les Républicains n’ont été massivement dissuadés de voter Trump, constate Le Soir : « Malgré ses propos sexistes, Donald Trump a su convaincre les électrices blanches. Si 54 % des femmes américaines ont voté pour Hillary Clinton, 53 % des femmes blanches, qui représentent 37 % des électeurs, ont préféré Trump à Clinton, selon des chiffres donnés par CNN. ». « Non seulement Hillary n’a pas bénéficié d’une vague féministe, observe Paris Match, mais Trump n’a pas été handicapé par sa misogynie ». En outre : « Plus le votant était pratiquant, plus il a voté en faveur du candidat républicain, selon NBC. Par confession, on observe une forte poussée du vote des protestants et des évangélistes (+3 et +5% en faveur de Donald Trump). »

Même chez les « Latinos », ces Américains d’origine hispanique, on compte des « Trumpistas », admet Le Monde : « Fermant les yeux sur les outrances du candidat républicain, certains Américains d’origine hispanique ont fait barrage à Hillary Clinton. (…)Un vote certes minoritaire, mais qui en dit long sur la capacité de Donald Trump à toucher, au-delà de ses harangues anti-immigration et racistes contre les Latinos, un public plus large et plus complexe qu’il n’y paraît. Loin, très loin de l’électeur blanc, mâle, col-bleu, frustré et en colère, portrait type du militant trumpiste, comme on a l’habitude de le décrire. »

Parmi eux, des hommes et des femmes qui reprochent à Hillary Clinton son engagement militant en faveur de l’avortement.

Poutine félicite Trump, Hollande prend des pincettes

Vladimir Poutine a été parmi les premiers chefs d’État à féliciter Trump de sa victoire : « Le président russe a exprimé la certitude que l’établissement d’un dialogue constructif entre Moscou et Washington, basé sur les principes d’égalité de droits, de respect mutuel et de prise en compte réelle des positions de l’autre répondait aux intérêts des peuples de nos pays et de toute la communauté internationale », selon le communiqué du Kremlin. Parallèlement, les députés de la Douma d’État ont accueilli sous un tonnerre d’applaudissements la nouvelle de la défaite de la candidate démocrate Hillary Clinton » rapporte Le Courrier de Russie.

En revanche, les dirigeants européens ont mis plusieurs heures à réagir. Ce n’est qu’en fin de matinée, mercredi 9 novembre, que François Hollande s’est exprimé dans « une conférence de presse montée en catastrophe à l’Élysée après le Conseil des ministres » selon Le Parisien : « Les traits tirés, la mine des mauvais jours , François Hollande félicite froidement Donald Trump pour sa victoire, comme il est naturel entre deux chefs d’États démocratiques ».

Au cours des mois précédents, le président de la République et le premier ministre s’en étaient pris publiquement au candidat Trump « alors que l’usage veut qu’on ne se mêle pas des élections étrangères » relève RFI. A droite, à l’exception du Front national, presque tous avaient fait le choix de Clinton à l’instar de Nicolas Sarkozy soulignant qu’Hillary Clinton était « une amie ». Parmi les candidats à la primaire de la droite, seul Jean-Frédéric Poisson avait exprimé sa préférence pour Trump dans l’intérêt de la France. Au lendemain de l’élection américaine, Nicolas Sarkozy a changé son fusil d’épaule en soulignant que le choix de Donald Trump « exprime une volonté de changement, le refus d’une pensée unique qui interdit tout débat sur les dangers qui menacent notre nation. » Alain Juppé en tire, lui, une autre leçon «pour la vie politique française : je ne veux pas que la France s’engage dans la voie de l’extrémisme et de la démagogie. »

« Une chose d’être candidat, une autre d’être président »

Et maintenant ? «  Donald Trump saura-t-il troquer son costume de pitre contre l’habit d’homme d’État? » se demande Alexis Brézet dans son éditorial du Figaro. « Le ton de sa campagne, violent et caricatural, n’incite guère à l’optimisme. Mais son premier discours, digne et réconciliateur, est de meilleur augure. Le pire n’est donc pas sûr. Il est impossible de connaître l’âme, les sentiments et la pensée d’aucun homme, a écrit Sophocle, si on ne l’a pas vu à l’œuvre dans le pouvoir et l’application des lois.»

Telle est aussi la position du Saint-Siège qui n’a pas attendu pour adresser un télégramme de félicitation au nouveau président. Dès mercredi matin 9 novembre, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, assurait le nouveau président américain Donald Trump des « meilleurs vœux » du Vatican « pour que son gouvernement puisse être véritablement fructueux », notait La Croix. «Nous l’assurons aussi de nos prières pour que le Seigneur l’éclaire et le soutienne au service de sa patrie, naturellement, mais aussi pour le bien-être et la paix dans le monde »  a déclaré le cardinal Parolin, sur les ondes de Radio Vatican. Interrogé sur les craintes qu’inspiraient les propos de Trump, il a relativisé : « On dit d’habitude qu’une chose est d’être candidat, une autre est d’être président, d’être aux responsabilités. Il me semble que, dans ce sens, de ce que j’ai entendu sans l’approfondir, le futur président s’est déjà exprimé en dirigeant. » A une question sur la politique à l’égard des réfugiés, le principal collaborateur du pape François a répondu : «Nous verrons les choix qu’il fera, et sur cette question nous pourrons alors poser un jugement. »

Un espoir pour les chrétiens d’Orient

La question des réfugiés n’occulte pas tous les autres aspects, estime Jean-Baptiste Noé, historien, spécialiste de l’histoire du christianisme interviewé par Atlantico : « On pense bien sûr à la situation au Moyen-Orient. Trump est beaucoup moins néoconservateur qu’Hillary Clinton et il semble prêt à rompre avec le double jeu des États-Unis à l’égard des États soutenant les djihadistes. On peut espérer aussi qu’il s’entende avec la Russie, notamment sur ce dossier-là, pour mettre un terme au conflit syrien. Cela serait une très bonne chose pour les chrétiens vivant dans cette région. Pour eux, l’élection de Donald Trump est une espérance. »

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