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Des musulmans pakistanais sauvent des chrétiens

© ARIF ALI / AFP
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Deux chrétiens, accusés d'avoir blasphémé contre l'islam, ont été sauvés par des soutiens musulmans et chrétiens.

Blasphémer l’islam, au Pakistan, est considéré comme un crime, sanctionné par la peine capitale. Au nom de cette loi beaucoup d’innocents sont condamnés, notamment Asia Bibi (1), qui est devenue un exemple emblématique de la persécution des chrétiens. Cette mère de 5 enfants a été accusée de blasphémer le prophète Mohammed par ses voisines, dans des circonstances dérisoires. Alors que des musulmanes lui demandaient de l’eau, elle leur tendit un verre dans lequel elle avait bu. Ses voisines lui répondirent qu’il était haram, interdit, de boire après une chrétienne, ce à quoi Asia Bibi répliqua que le Prophète ne serait pas d’accord avec elles. Cette phrase lui a valu la prison, puis la condamnation à mort, qui n’a pas été appliquée. Mais les abus de cette loi révoltent aussi des musulmans, comme le démontrent les affaires de deux chrétiens, finalement relaxés fin octobre.

Un musulman prêt à prendre la place du chrétien

À Manawala, au nord-est de Lahore, un exemplaire du Coran, partiellement brûlé, a été retrouvé dans une maison abandonnée. Cette maison jouxte celle d’un couple de chrétiens, Parvaiz Masih et Azra Bibi. La police et des clercs musulmans se sont aussitôt rendus sur le lieu du crime, et l’un des clercs a suggéré aux policiers de porter leurs soupçons sur les chrétiens. Parvaiz Masih a été unanimement soutenu par ses voisins musulmans. Une foule s’est formée spontanément devant le domicile, réclamant la libération des chrétiens. Une famille a assuré qu’elle avait une complète confiance en ses voisins chrétiens « plaçant leurs mains sur la tête de leurs enfants » en signe de leur engagement indéfectible, souligne Parvaiz Masih. Abu Obaid, un avocat, s’est proposé de prendre sur lui le crime des chrétiens, s’ils en étaient accusés. Les propriétaires de la maison abandonnée ont aussi soutenu la famille chrétienne, rappelant qu’ils les connaissaient depuis 40 ans.

Un enfant de 9 ans soupçonné de blasphème

Une semaine plus tôt, et à 1000 km de là, une autre affaire éclatait à Quetta, près de la frontière afghane, mettant en cause une mère et son enfant de 9 ans, tous deux chrétiens. Izhan, le garçon et Shakil, sa mère, ont été emprisonnés, car des pages du Coran avaient été retrouvées brûlées, devant leur domicile. Plusieurs clercs locaux et des élus, notamment de l’Assemblée du clergé islamique (c’est un parti politique) se sont prononcés pour les chrétiens, et ont obtenu qu’ils soient libérés.

Qui brûle ces Corans ?

Dans ces deux cas, les pages brûlées ont été retrouvées à l’extérieur des maisons, et n’importe quelle personne honnête, reconnaît immédiatement qu’il s’agit de manœuvres pour nuire aux chrétiens. Mais pour autant, les Pakistanais ne semblent pas prêts à remettre en cause le principe de la loi anti-blasphème. Les tribunaux, les clercs, et une grande partie de la population considèrent, non seulement que la peine capitale est appropriée pour un blasphémateur, mais que c’est blasphémer que de penser le contraire ! Pourtant, une évolution de cette loi n’est pas impossible. Les docteurs musulmans, dont les textes préconisaient la mise en place de la loi, ne faisaient pas du blasphème un crime impardonnable. Si l’accusé reconnaissait ses torts, il ne devait pas être exécuté. Le retour à l’esprit de la loi proposé par les docteurs musulmans, ne serait peut-être pas une solution idéale, mais il adoucirait considérablement le sort des condamnés.

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