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Quand la spiritualité inspire le monde de la mode

© Stéphane Feugere
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Depuis 2010, la maison Givenchy décline des thèmes religieux dans ses défilés.

La religion chrétienne n’a pas fini de faire rimer esthétisme et spiritualité. De toutes les religions, c’est celle qui a toujours été la plus proche des artistes, utilisant leurs talents pour mettre en valeur la beauté de sa théologie. Mais l’art ne s’arrête pas aux tableaux et aux églises, ni aux ornements ou autres représentations esthétiques. Il peut être décliné sous bien d’autres formes, en témoigne cette invitation du religieux dans la prestigieuse maison Givenchy depuis les années 2010.

La maison Givenchy inspirée par des figures catholiques

Remarquons que ce ne sont pas les vêtements religieux (chasuble, bure, soutane, col romain, voile etc.) qui ont inspirés les créateurs de la maison Givenchy, mais plutôt les figures de la religion catholique : Jésus et la Vierge Marie, et ses symboles : le crucifix, un chapelet, la couronne d’épines. Ce sont donc plutôt le sens et les fondations du catholicisme qui sont utilisés ici. À tort ou à raison ?

L’image d’une icône défile sur le fond noir d’un pull, le visage de la Vierge est à trois reprises imprimé sur les vêtements de la ligne de couture, comme un rappel de la plus noble figure qui soit.

Puis ce sont les médailles, un crucifix et un cœur, vendues dans un coffret verni appelé « La troisième boîte noire : le Rosario ». Après la référence au rosaire, c’est un chapelet qui est porté autour du cou, comme un collier, par un homme. Et enfin, la couronne d’épines, dorée, brillante, audacieuse parure. Si elle est l’un des signes de la souffrance rachetée par le Christ, voyons ici la victoire plutôt que le drame.

Quant aux décors, début 2013 un orgue est placé en plein milieu de la scène du défilé pour la collection printemps-été, encadré de bois, majestueux. Un organiste avec, bien entendu. Quelques mois plus tôt, le cadre était installé dans la cour des Invalides, face à la cathédrale Saint-Louis des Invalides, dont la hauteur du dôme imposait son image à travers les vitres qui entouraient la scène.

La maison de couture a aussi utilisé ce thème pour ses cartes de vœux, sur lesquelles on peut reconnaître le plafond roman d’une église, ou un décor avec les silhouettes de la Vierge tenant Jésus, à qui les yeux ont été barrés…pour les garder anonymes ? Hormis ce détail, la spiritualité chrétienne a en partie été respectée.

Se méfier d’une récupération religieuse ? 

Peut-être doit-on cette mise à l’honneur des symboles chrétiens aux origines italiennes de Riccardo Tisci, directeur artistique depuis 2005.

Faut-il se méfier d’une récupération religieuse au profit de la mode, qui plus est, hors de prix ? La beauté spirituelle peut-elle rejoindre les cœurs à travers des représentations si éloignées de leur contexte ? Nous ne le saurons pas, mais gageons qu’un ou deux mannequins, stylistes, techniciens, maquilleurs, se soient posés des questions à la vue de ces signes spirituels, puis parmi les spectateurs ! Ça en fait du monde au final.

Que les regards aient été justes, moqueurs, trompés, subjugués ou bien comblés, face à cette beauté Hans Urs von Balthasar leur dirait : « De celui qui, à son [la beauté] nom, plisse ses lèvres dans un sourire, la jugeant comme le bibelot exotique d’un passé bourgeois, de celui-ci, on peut être sûr que – secrètement ou ouvertement – il n’est plus capable de prier et, bientôt, plus capable d’aimer ».

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