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Pape François : « L’accès des femmes au sacerdoce n’est pas d’actualité ! »

© ETTORE FERRARI / POOL / AFP
Pope Francis flanked by Vatican spokesman Greg Burke (R), gestures as he talks with journalists aboard a plane during the flight back from Malmo to Rome, on November 1, 2016, after a two-days visit in Sweden. / AFP PHOTO / POOL / ETTORE FERRARI
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À bord de l’avion qui le ramène de Suède, le Saint-Père répond aux questions des journalistes.

« Fermer les portes aux réfugiés est inhumain, mais bien les intégrer demande de la prudence », a déclaré le pape François à bord de l’avion qui le ramenait de son voyage en Suède à Rome. Parmi les questions soulevées par les journalistes : l’accueil des migrants ou réfugiés dans une Europe qui a peur, la sécularisation, la « mondanisation » spirituelle, et l’accès des femmes au sacerdoce. Sur ce point le Pape est clair: « Saint Jean Paul II a eu le dernier mot, et il reste d’actualité ».

Accueillir oui mais sans ghettoïser

Si émigrer est un droit, pour le migrant ce droit est soumis à beaucoup de règles, contrairement au réfugié qui provient « d’une situation de guerre, d’angoisse, de faim, d’une situation terrible », a souligné le pape François, et dont le statut « exige plus d’attention, plus de travail ». Ainsi, a développé le Saint-Père, « on ne peut théoriquement pas fermer son cœur à un réfugié ». Les gouvernements « doivent rester ouverts, toujours prêts à les accueillir », mais ils ont le devoir d’ « agir avec prudence », en tenant compte de leurs possibilités, de leur capacité d’accueil, car « il ne s’agit pas seulement d’accueillir ces réfugiés, il faut aussi les intégrer ».

Interrogé sur l’attitude de la Suède, terre d’asile pour un grand nombre de Sud-américains lors des périodes de dictatures, mais aujourd’hui encline à fermer ses portes, le Pape pense que, comme pour d’autres pays dans la même situation, il y a crainte de ne pouvoir répondre aux exigences d’une bonne intégration pour tous les réfugiés. » J’ai parlé avec un fonctionnaire du gouvernement suédois qui m’a dit que leurs difficultés venaient du grand nombre de personnes qui arrivent, si importants qu’ils n’ont pas le temps de les installer, de leur trouver une école, un toit, du travail, leur fait apprendre la langue (…) Je ne crois pas que la Suède diminue sa capacité d’accueil par égoïsme ou parce qu’elle a perdu cette capacité, mais pour cette raison », a-t-il commenté. Entre 2014 et 2015, la Suède a en effet accueilli près de 250 000 réfugiés sur son territoire.

Néanmoins, pour le souverain pontife, il n’y a pas  « pire conseillère » que la peur, contrairement à la « prudence » largement recommandée. Et d’expliquer : « Si un pays a la capacité d’intégrer 20 personnes, qu’il le fasse pour vingt, mais qu’il le fasse ! Un autre pays davantage ? Alors qu’il fasse plus », mais avoir toujours « le cœur ouvert ». Accueillir plus de personnes qu’on ne le peut est « très dangereux », a poursuivi le Pape, car cela entraine une ghettoïsation, chez les réfugiés comme chez les migrants. Quand « une culture ne se développe pas au contact d’une autre, c’est dangereux ! », a-t-il insisté.

Coïncidence de calendrier, la troisième rencontre internationale des Mouvements populaires a débuté ce 2 novembre au Vatican, rapporte l’agence I-Media. Intitulé Les trois T : travail, toit, Terre, prendre soin de la nature, des migrants et réfugiés, celle-ci s’achèvera le 5 novembre au Vatican avec une audience présidée par le pape François.

 Le sacerdoce fermé aux femmes

Autre question sensible posée au Pape, celle de l’accès des femmes au sacerdoce, dans l’Église catholique, comparant la situation à l’Église de Suède,  dirigée par une femme, Antje Jackelén, pour la première fois, depuis 2014. Il n’y aura pas de femmes prêtres dans l’Église catholique. Le Saint-Père a été clair et bref : « Sur l’ordination de femmes dans l’Église catholique, saint Jean Paul II a été clair, il a eu le dernier mot, et ça reste d’actualité ». Et d’ajouter à titre d’encouragement : « Mais les femmes peuvent faire tant de choses, mieux que les hommes », car  « dans l’ecclésiologie catholique il y a deux dimensions, la dimension pétrinienne, qui est celle des apôtres, et la dimension mariale qui est la dimension féminine de l’Église ». Et soulignant encore une fois qu’ « il n’existe pas d’Église sans cette dimension féminine, car elle est elle-même femme, mère et épouse ».

La sécularisation, une fatalité ?

Le pape François est revenu de Suède, pays fortement sécularisé, à l’instar d’autres pays européens comme la France où l’on estime que la majorité des citoyens sera sans religion, selon différentes études. « La sécularisation est-elle inévitable ? Qui est responsable ? », a demandé au Pape notre consoeur Mathilde Imberty, pour Radio France.

Le Pape ne croit pas à la fatalité! Qui est responsable ? « Je ne peux pas dire… Vous [chacun] êtes responsable. Je ne sais pas, c’est tout un processus… « , a-t-il répondu. Mais le Saint-Père a tenu à redire ce que Benoît XVI avait tant de fois  souligné : « Quand la foi devient tiède, l’Église s’affaiblit ». En France par exemple, à l’époque où « les prêtres étaient des abbés de cour, des fonctionnaires de l’Église », l’évangélisation avait perdu de sa force. Mais un autre élément est venu s’ajouter, selon le Saint-Père, d’ordre culturel : « Une seconde forme ‘d’inculture’ « . L’homme, après avoir reçu le monde de Dieu, a voulu en faire sa culture, la développer, la maîtriser, jusqu’à finir  par se sentir maître de cette culture. Il en est devenu tellement maître qu’il a commencé à se prendre pour le créateur d’une autre culture, la sienne, et à prendre la place de Dieu créateur ». Et dans ce processus de sécularisation, a estimé le Pape, « je crois qu’on arrive tôt ou tard à commettre ce péché contre le Dieu Créateur. L’homme se suffit à lui-même ».

La mondanité dans l’Église, il n’y a pas pire

Pour le souverain pontife, « ce n’est plus une question de laïcité, parce qu’on a besoin de la laïcité, mais d’une laïcité saine, d’une saine autonomie des choses, des sciences, de la pensée, de la politique ». Aujourd’hui, il pense que cette sécularisation est très fortement ancrée « dans la culture et dans certaines cultures », très forte aussi « sous différentes formes de mondanité, la mondanité spirituelle ». Quand la mondanité spirituelle entre dans l’Église, « c’est la pire des choses qui puisse lui arriver  (…) pire que ce qui est arrivé à l’époque des papes corrompus », a commenté le Pape en reprenant les propos du cardinal de Lubac, un des grands théologiens du Concile Vatican II. C’est quelque chose de »dangereux  dans la vie de l’Église », a-t-il insisté, comme une sorte de « sécularisation un peu déguisée, prête-à-l’emploi ».

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