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En Argentine, une religieuse aide des transsexuels à trouver le chemin du Christ

© Facebook Mónica Astorga Cremona
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En leur proposant un lieu de vie, un travail et une atmosphère de prière, elle permet à ces personnes qui se prostituaient de se reconstruire.

Cela fait maintenant plus de 10 ans que sœur Monica Astorga, une carmélite déchaussée argentine, vivant à Neuquen, dans le centre du pays, apporte son soutien à des travestis et des transsexuels ayant décidé de quitter le monde de la prostitution et des addictions en tous genres. Elle les aide à emprunter la voie de la rémission et de la réinsertion sociale.

« Quels sont vos rêves ? »

Tout commence en 2005, quand un travesti du nom de Romina frappe à la porte de son carmel. Romina voulait faire une offrande à la paroisse locale, Notre-Dame de Lourdes, mais quand la paroisse se rendit compte que l’argent donné venait de la prostitution, le problème fut soumis à la religieuse. Sœur Monica s’entretint pendant une heure avec Romina et réussit le convaincre de revenir la voir avec ses amis. Ceux-ci répondirent favorablement à l’invitation et vinrent au Carmel quelques jours plus tard. Ils prièrent tous ensemble, confiant leurs expériences, leurs peines – notamment les abus dont ils avaient été victimes dans l’enfance.

« Nous sommes allés prier, puis je leur ai demandé : « Quels sont vos rêves ? », parce qu’une vie sans rêves n’est pas une vie. Ils me répondirent qu’ils voulaient être coiffeurs ou cuisiniers, qu’ils voulaient monter leur affaire. Mais une des membres du groupe, Katty, lui confia qu’elle voulait juste un lit propre dans lequel elle pourrait mourir. « Pourquoi m’a-t-elle dit cela ? Parce que l’espérance de vie d’un transsexuel est d’environ 40 ans… ».

Naissance d’un projet

C’est à ce moment que sœur Monica ressentit un véritable appel et décida de se mettre au travail. Elle prit contact avec Caritas (l’équivalent du Secours Catholique) à Neuquén, ainsi qu’avec l’évêque Virginio Bressanelli et fit ouvrir un salon de coiffure ainsi qu’un atelier de couture fonctionnant sur le mode d’une coopérative. Elle fit également rénover une maison pour en faire un lieu de vie.

« Au départ, cette maison avait été pensée comme l’endroit où ces personnes pourraient mourir dignement. Mais cette idée les perturbait beaucoup », explique sœur Monica. « Du coup, nous avons décidé d’en faire un endroit où l’on se rassemble, et j’ai demandé à l’évêque si nous pouvions y installer un atelier de couture ». Katty, qui voulait un lit propre pour mourir, est maintenant en charge de mener les ateliers et les cours de couture, et accueille d’autres transsexuels et des travestis.

« Nous nous réunissons une fois par mois. Les voir prier pour la paix et la joie et plein d’autres choses est quelque chose d’incroyable ! Il faut le voir pour y croire. Vous verriez que ce sont des êtres humains dont il s’agit et non d’animaux, comme il arrive qu’on les traite parfois. Pour moi, c’est un vrai cadeau de les voir prier. Je crois qu’on ne peut même pas comparer leur niveau de prière au mien… ».

Et sœur Monica de poursuivre : « Au début, ces personnes ne pouvaient même pas parler correctement car elles étaient uniquement habituées à se battre. Elles devaient se battre pour avoir les meilleures places dans la rue, pour lutter contre la concurrence des plus jeunes. Désormais, c’est différent. Elles peuvent avoir des conversations. Au lieu de se retrouver pour consommer de la drogue ou de l’alcool, elles dialoguent. C’est la vie pour elles ! »

© Sister Monica Astorga via Facebook
© Sister Monica Astorga via Facebook

J’essaie de faire entrer Dieu dans leurs vies

« C’est ma foi qui me pousse à faire ça. J’essaie de faire entrer Dieu dans leurs vies, de faire en sorte qu’elles se sachent aimées de Lui. Je les aide à se sentir aimées par Jésus, à ce qu’elles le voient comme un ami qui les aime telles qu’elles sont », explique encore la religieuse.

Mais le chemin fut semé d’embûches. « Des gens m’ont demandé pourquoi il y avait des transsexuels à l’église. Je leur ai répondu que l’Église était ouverte à tous. Qui Jésus fréquentait-il ? Des pécheurs. Ce qui compte, c’est que ces personnes puissent vivre dignement et n’aient pas à dormir dehors dans le froid (par des températures allant parfois en-dessous de zéro). Ce que je leur offre, c’est un endroit où prier et travailler, et le reste appartient au jugement de Dieu, qui, je le sais, est si miséricordieux ».

Ce travail de longue haleine a permis à sœur Monica de faire beaucoup de rencontres, et d’avoir autant d’histoires à raconter, comme celle de Romina, la première personne à être venue à elle : « Il m’a raconté qu’il sentait avoir un combat à mener contre le diable, car même s’il travaillait au salon de coiffure, il ressentait de temps en temps l’envie d’aller retrouver un homme. Il priait alors Notre Dame de lui venir en aide. Une autre m’a dit avoir bu de l’eau bénite pour lutter contre ses tentations. Ce sont des témoignages très forts, je suis sûre que Jésus en a entendu de semblables quand il allait à la rencontre de prostitués ou de pécheurs. »

Des encouragements de la part du pape François

D’après la religieuse, le pape François, ancien archevêque de Buenos Aires, a connaissance de ses actions, et cela lui donne la force de continuer. Dans une lettre, il m’a écrit de « ne pas abandonner ce travail de pointe que le Seigneur [vous] a confié. » Quand il a été élu Pape, sœur Monica lui a écrit pour le féliciter de sa part ainsi que celle de « ses amies ». Il a répondu qu’il ne les jugeait pas, qu’il les aimait et qu’il souhaitait qu’elles sachent que Jésus et Marie les aiment d’un très grand amour.

La religieuse souhaiterait que la société comprenne la souffrance de ces personnes. Elle explique aux gens qu’il est possible que des personnes de leurs familles soient homosexuelles. « Je vous demande de les accepter et de leur donner l’amour qu’elles méritent. Ne les rejetez pas, car dans certains cas cela peut les mener à se tourner vers la prostitution. Tout cela peut être évité avec le soutien des familles. »

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