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La Bible vous a-t-elle déjà surpris ?

© Samantha Sophia / unsplash.com
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Il est bien vrai que la Bible a tout pour déconcerter.

À la veille de la Grande Guerre, Salomon Reinach, grand savant en tous domaines de l’Antiquité, publia Eulalie ou Le Grec sans larmes (1911), initiation ludique et souriante au grec ancien. Le succès de l’ouvrage entraîna Cornélie ou Le Latin sans pleurs (1912), enfin Sidonie ou Le Français sans peine (1913). Ce souvenir me revient parce que le présent ouvrage pourrait s’appeler « Sophie ou la Bible sans blocage » (blocage ? je dirai pourquoi).

Rien de plus obscur, voire opaque que la Bible

Sophie est une jeune femme, mère de famille, d’éducation catholique, attachée à sa religion, mais croit-elle encore ? Elle ne sait plus trop, prête toutefois à y voir plus clair, par exemple en lisant la Bible. Malheureusement rien de plus obscur, voire opaque que la Bible. Or voici qui tombe bien : sa tante, Marie Balmary, est à la fois psychanalyste de renom et bibliste, qui anime le groupe Déluge, une pléiade de savants passionnés d’Écritures bibliques, lequel a bientôt trente ans d’existence. Voilà donc la tante et la nièce qui se lancent dans une lecture partagée de certaines pages de l’Ancien et du Nouveau Testaments, familière, familiale, enjouée, et variée dans ses modes : conversations-promenades, échange de mails ou de téléphone, lettres, sessions avec les « délugiens ». C’est Sophie qui transcrit tout cela, c’est son métier, elle anime, elle aussi, « des ateliers d’écriture et des modules de réconciliation avec l’écrit » – jolie formule ! Attention ! Sa langue n’est pas celle des exégètes : quand le texte l’interpelle, elle appelle Marie, bientôt le texte bascule, il la bouscule, alors c’est la joie. Sourions : tante et nièce le veulent bien. Reste que leur travail est sérieux.

Se délivrer d’une lecture passive

Il est bien vrai que la Bible a tout pour déconcerter. On n’en connaît liturgiquement que les pages possibles, souvent les plus belles. Mais combien d’autres sont atroces ! Comment Dieu peut-il demander à Abraham de lui sacrifier le fils qu’il lui a donné dans sa vieillesse pour le mettre à l’origine d’une multitude sans nombre ? Absurde et odieux. Comment lire cela ? Il serait naïf d’attendre des réponses qui seraient des solutions. Marie éveille Sophie au questionnement du texte à partir de la langue d’origine, l’hébreu et le grec, car la traduction est source de malentendus (c’est pourquoi celle de Chouraqui, littérale, est consultée), et, discrètement à l’aide de la psychanalyse, notamment pour ce qui a trait à l’altérité, en particulier dans la création de l’homme et de la femme (on est loin de la fameuse et fumeuse théorie du genre). Il s’agit donc de se délivrer d’une lecture passive et comme résignée pour écouter le texte dans toutes ses voix. Au fond, comme chez Salomon Reinach, nous sommes bien là en présence d’une « méthode » dissimulée sous l’aspect ludique. Mais imitons Marie : en grec, met-hodos, c’est le chemin à suivre pour éviter obstacles, impasses et blocages.

© Albin Michel
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Ouvrir le Livre : une lecture étonnée de la Bible, par Marie Balmary et Sophie Legastelois, Albin Michel, 256 p., 18,90 euros.

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