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Notre si Belle Province. Les défis du « plus grand diocèse du monde »

Mgr Gérald Cyprien Lacroix archevêque de Québec et Primat du Canada © Sabine de Rozières
Mgr Gérald Cyprien Lacroix archevêque de Québec et Primat du Canada © Sabine de Rozières
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Rencontre avec le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et primat du Canada.

Le saviez-vous ? Le Cénacle de Cacouna est en pleine communion avec l’Église catholique locale et soutenu par son évêque Mgr Denis Grondin. Des articles déjà parus et à paraître sur Aleteia dans les semaines à venir l’expliqueront. Cependant, certains centres où sont proposées des agapèthérapies ont soulevé des problèmes et des enquêtes demandées par les autorités ecclésiales y ont été menées. Ce qui n’est pas le cas de Cacouna. [Note de l’auteur]  

Au moment d’être érigé en 1674, le diocèse de Québec est le berceau de la foi catholique en Amérique. À sa fondation il fut le plus grand diocèse au monde. En 1712, son territoire atteint son apogée : l’Amérique du Nord toute entière à l’exception des colonies britanniques (Nouvelle-Angleterre) et des colonies espagnoles (Floride, Mexique et Californie). Il s’étendait du Canada jusqu’à la Louisiane et son premier évêque était le français saint François de Laval, canonisé il y a deux ans, ce dont le cardinal Lacroix n’est pas peu fier !

Aleteia : Quels sont les défis de l’Église de Québec ?
Cardinal Gérald Cyprien Lacroix : Le diocèse compte 1 092 000 catholiques pour une population totale de 1 150 000 personnes, ce qui fait une proportion de baptisés considérable mais ils ne sont pas tous à l’église le dimanche ! Le principal défi pourrait se résumer par notre volonté de renouveler la rencontre personnelle et communautaire avec le Christ. Nous voulons former des communautés de disciples-missionnaires. Ce travail d’évangélisation que l’on appelle l’annonce primordiale (ou kérygmatique) est notre priorité. Nous avons des parcours Alpha, l’école d’évangélisation Saint André, les cellules paroissiales d’évangélisation, le mouvement Cursillo (renouveau et d’évangélisation) et plusieurs autres groupes paroissiaux. Il faut que nous amenions les gens à rencontrer Jésus et ça ne peut se faire que par la proximité, en allant au devant des personnes et en les invitant personnellement. C’est la manière la plus contagieuse de faire connaître le Christ mais ça ne se fait pas en masse, c’est une personne à la fois. Nous commençons aussi à avoir un catéchuménat d’adultes, pas seulement pour le baptême mais pour recevoir les autres sacrements de l’initiation à la vie chrétienne. C’est une façon de leur faire goûter à la joie d’être avec le Christ pendant les cinq ou six mois de formation et d’accompagnement. Il faut que nous leur offrions un véritable enracinement dans la foi car on ne peut pas catéchiser des gens qui ne sont pas évangélisés.

L’évangélisation des jeunes se fait comment ?
Depuis huit ans la paroisse Saint Thomas d’Aquin de Québec est confiée à la Communauté de l’Emmanuel et ils se sont donnés pour mission de travailler avec et pour les jeunes. Ils accueillent, évangélisent, accompagnent, font du sport et forment en profondeur, résultat : les jeunes reviennent par centaines à la messe et à la vie chrétienne dans la paroisse ! On a aussi mis le paquet pour la musique et le chant ! C’est donc l’exemple que c’est possible. Ces communautés nouvelles créent parfois des tensions avec d’autres mais le Christ aussi créait des tensions parmi ses disciples ! Il faut accepter ça et être capable de se réjouir de la différence de l’autre qui est en communion avec nous mais qui n’est pas pareil. Relisons les Actes des Apôtres ! Tout ça ne me fait pas peur tant que nous sommes en communion. D’autres paroisses sont aussi formidables auprès des enfants et la clé de leur réussite s’inscrit en quelques mots : présence, accompagnement, accueil, authenticité et témoignage.

Avez-vous des vocations sacerdotales ?
Nous en avons quelques-unes, mais jamais assez quand on sait que nous avons eu jusqu’à 1 000 prêtres dans le diocèse il y a encore cinquante ans ! J’en ai ordonné six cette année, dont trois diocésains qui sont venus en renfort des 225 prêtres en activité sur les 600 que compte encore le diocèse. Ici nous avons deux grands séminaires : celui de Québec fondé il y a 353 ans et le Redemptoris Mater du Chemin Néocatéchuménal qui existe depuis peu à Québec. Ils sont très présents depuis 40 ans et travaillent en petites communautés en permettant d’approfondir les grâces du baptême, cela répond à beaucoup d’attentes ici. Sinon nous avons aussi des « prêtres venus d’ailleurs » car on ne dit pas étrangers ici puisque ce sont nos frères. Nous avons de nombreuses nationalités : des Français, des Africains, des Haïtiens, des Asiatiques, un Philippin ou encore de d’autres de République Dominicaine.

Mgr Gérald Cyprien Lacroix archevêque de Québec et Primat du Canada © Sabine de Rozières
Mgr Gérald Cyprien Lacroix archevêque de Québec et Primat du Canada © Sabine de Rozières
Mgr Gérald Cyprien Lacroix archevêque de Québec et Primat du Canada © Sabine de Rozières

Quelles sont les difficultés majeures que vous rencontrez ?
L’atmosphère sécularisée complique l’évangélisation. Ici nous avons beaucoup de personnes versées dans le « nouvel âge », le syncrétisme ou encore qui se tournent vers les églises évangéliques. Les causes de la déchristianisation sont multiples. Notre pastorale familiale n’est pas encore ce que je souhaiterais mais nous offrons déjà sept ou huit préparations différentes pour ceux qui se préparent au mariage. Nous avons par exemple des formules pour ceux qui cohabitent en union libre depuis des années, ce qui représente 95% des couples aujourd’hui. D’autres formules sont proposées pour ceux qui cheminent plus profondément dans la foi, ou encore des couples accompagnateurs qui font office de mentor. Mais tout ceci est insuffisant. L’exhortation apostolique post-synodale sur la famille nous a donné de belles pistes pour aller plus loin, mais là où nous sommes faibles c’est sur l’accompagnement après le mariage. Nous allons développer ça davantage.

Qu’avez-vous mis en place pour l’année de la Miséricorde ?
Nous avons la seule porte sainte d’Amérique dans la cathédrale basilique Notre-Dame de Québec. Pour le 350e anniversaire de la première paroisse du Canada il y a deux ans, nous avons eu la permission du Vatican d’ouvrir une porte sainte en bronze, comme à Rome ! Nous l’avons rouverte pour cette année de la Miséricorde. Sur les recommandations du pape nous avons aussi ouvert cinq portes de la Miséricorde dans des sanctuaires et paroisses. Chaque lieu a une proposition spécifique pour vivre la miséricorde et permettre aux fidèles d’y réfléchir et faire des pèlerinages qui remportent un grand engouement. Tout cela dans le but de faire goûter à l’Amour et à la Miséricorde de Dieu.

La question de la pédophilie est gérée comment ?
Dans notre diocèse nous avons un protocole d’écoute, d’accompagnement et d’intervention depuis plus de vingt-cinq ans, que nous faisons évoluer pour nous assurer d’accompagner les personnes affectées par ces situations douloureuses. Déjà le pape Benoît XVI était très clair là-dessus et le pape François l’est tout autant. Nous les évêques avons intérêt à faire tout ce qui est possible pour suivre ce dossier de près. C’est une question de justice, mais aussi de compassion et de miséricorde. C’est nécessaire d’être transparent. Ici à Québec, notre clergé diocésain a heureusement été peu touché par ces drames, on collabore avec la justice et notre comité conseil offre accueil et accompagnement aux personnes qui le désirent. Contrairement aux États-Unis qui ont le principe de « corporation sole » où chaque évêque est propriétaire, et donc légalement responsable de toutes ses paroisses, ici au Québec nous avons la « loi des fabriques ». Ainsi, ce n’est pas le diocèse qui donne leurs émoluments aux prêtres, mais chaque paroisse a sa fabrique dont le prêtre est l’employé. Donc quand des prêtres sont coupables de pédophilie ou d’autres délits, ce sont eux qui doivent assumer les réparations soit par la prison, ou en répondant par leurs propres avoirs pour défrayer les coûts encourus.

Comment accueillez-vous les chrétiens d’Orient ?
Nous aidons de plusieurs façons car on ne peut pas faire venir tout le monde. Ici on dit « qu’on ne peinture pas la grange lorsque la maison est en feu ». Il y a des urgences alors on se doit de répondre rapidement à ces besoins criants de nos frères et sœurs. Avec les « boat people » des années 1980 venus d’Asie, nous avons développé une solide culture d’accueil dans notre diocèse. Saint Louis-de-France Saint-Yves est la paroisse qui a le plus d’expérience en la matière. Elle a aussi aidé les autres à ouvrir leurs portes. Plusieurs familles sont accueillies dans les communautés locales et ont des sortes de parrains et marraines qui les accompagnent : des couples et des groupes paroissiaux qui s’occupent d’eux selon les besoins. C’est une grande joie pour les paroissiens, c’est très beau. Je m’en réjouis. Nous soutenons aussi beaucoup d’organismes qui travaillent au Moyen-Orient pour que les chrétiens puissent demeurer chez eux. On ne peut pas vider ces communautés de leurs fidèles, ce n’est pas une solution, quand bien même les situations politiques sont instables et dangereuses. Il me semble que c’est notre devoir de soutenir ces communautés qui sont établies en ces pays depuis presque le début du christianisme. Malgré les difficultés, le Moyen-Orient a besoin du témoignage des chrétiens.

Propos recueillis par Sabine de Rozières

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