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La tragédie congolaise dans les yeux d’un prêtre missionnaire (2/2)

© Michel de Remoncourt© Michel de Remoncourt
© Michel de Remoncourt
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Un pays qui connait une véritable "descente aux enfers".

La première partie de cet article nous présentait la situation du Congo vue par un prêtre qui y vit plusieurs mois dans l’année, le père Guy Luisier. Cette deuxième partie est l’occasion d’apporter un regard plus chrétien sur ce pays et ce qui s’y passe.

Aleteia : Comment arrive-t-on missionnaire au fin fond du Congo?
Père Guy Luisier : En 2010, mon abbaye de Saint-Maurice en Suisse accueille cinq jeunes Congolais qui désirent se former à la vie canoniale (celle des chanoines de saint Augustin) pour fonder une communauté semblable dans leur région : le Kasaï, au centre-sud de la RDC. A la suite de cette période de discernement et de formation, il en est resté trois que leur évêque vient d’ordonner diacres à l’abbaye quelques jours avant leur départ. Et il s’agissait de les accompagner dans les premiers temps de cette fondation. C’est ainsi que, dès 2012, je suis parti avec eux pour des séjours plus ou moins longs (4 à 10 mois). Sur mon chemin de vie, après l’enseignement et la direction du Collège de Saint-Maurice et après la vie paroissiale comme curé de Salvan (paroisse du Territoire abbatial), je prends cette aventure comme une grâce. Grâce de découvrir une Église très pauvre mais très dynamique et jeune… grâce de donner un nouveau souffle à ma vie sans cesse tentée de s’installer.

Je suis confronté à la terrible indigence (matérielle, mais aussi morale et culturelle) des pays du Sud, largement pillés par le Nord. Je vois aussi les ressources (matérielles, mais aussi morales) qui pourraient faire en sorte que ces pays émergent à la face de l’Église et du monde : la population est très jeune et son christianisme est extrêmement vivant et dynamique, sans complexe…

Vous sentez-vous missionnaire… ?
Je sens surtout que la Mission (ou les Missions comme on disait !), c’est désormais autre chose que cet élan d’évangélisation qui partait à sens unique de l’Europe vers le Sud ! Personnellement je me sens plus évangélisé qu’évangélisateur. Le contact avec mes paroissiens me fait chercher au fond de moi les valeurs vraies qui m’habitent et que je dois partager… Tout devient question de solidarité : solidarité pour un développement intégral et durable, solidarité entre le Sud et le Nord, solidarité dans la famille canoniale entre l’abbaye et sa fondation toute neuve en Afrique, la terre même d’où saint Maurice et saint Augustin sont venus nous évangéliser !

Je me souviens du jour où je me suis rendu compte que je faisais partie de deux communautés : une qui avait quinze siècles et une qui avait quinze mois ! Et je me suis dit : c’est génial quand les grands-mères s’occupent des bébés !

Que voyez-vous des autres religions?
Je sais que l’Église Kimbanguiste (NDLR : religion chrétienne mêlée de syncrétisme) est bien implantée à Kinshasa surtout et dans le Bas Congo où elle a son centre, mais aussi dans tout le pays. A Kananga, la ville voisine de ma mission, il semblerait qu’elle possède une grande concession près de la gare au centre-ville, avec une université !

Ce que je sais de cette communauté vient de discussions avec mes confrères, qui ne reconnaissent pas à cette communauté le statut d’Église (au sens œcuménique du terme) parce que les enfants du fondateur se sont attribués les rôles trinitaires de Père, Fils et Esprit et donc ont conduit leur doctrine hors des canons chrétiens de base…


Lire aussi « La tragédie congolaise dans les yeux d’un prêtre missionnaire (1/2) »


Sur le territoire de notre paroisse catholique en brousse, il n’y en a pas de communauté kimbanguiste, par contre les églises et sectes de type protestante (shamanistes et néo-apostoliques) et même une église orthodoxe sont très présentes et il y a beaucoup de va-et-vient en fonction des humeurs et des tensions entre l’Église catholique majoritaires et les petites communautés plutôt de type sectaires qu’œcuméniques : très régulièrement nous fêtons le retour des fidèles qui sont allés se fourvoyer dans ces communautés pour des raisons très diverses.

Quelle est l’importance de l’Église dans ce pays en pleine « descente aux enfers », selon vos propres mots?
L’Église catholique est une force de contestation si ce n’est d’opposition au pouvoir en place.

On a l’impression que les Églises et sectes de type protestant (d’origine purement africaine ou alors d’origine américaine ou européenne), qui sont réunies en fédération, sont plus proches des milieux du pouvoir que l’Église catholique. Il semble ainsi que le pouvoir s’appuie sur la constellation d’Églises protestantes pour affaiblir l’influence des catholiques plus contestataires.

L’Église catholique est une force de contestation sur le terrain, car c’est elle qui tient encore parmi les meilleures écoles et les meilleurs centres de santé, elle jouit d’un impact incontestable sur la population, même si le pourcentage de ses fidèles s’effiloche au profit des églises et sectes protestantes, comme partout dans les pays du Sud. La conférence épiscopale est très active sur le terrain du dialogue avec les autorités en place, surtout en cette période de tension préélectorale. La figure du Cardinal Monsengwo, très en vue au Vatican puisqu’il fait partie du conseil du Pape et en même temps très au fait de la politique congolaise, contribue fortement à la mise en lumière de la position de l’Église catholique. La Conférence épiscopale a la sagesse de ne pas être du côté des partis politiques d’opposition, elle cherche toujours (et ce n’est pas facile) à préserver son indépendance de parole.

Enfin, dernière question, comment vous en sortez-vous au Congo ? Avec quels moyens ? Arrivez-vous à mener à terme vos projets ? 
Sans l’aide financière de ma communauté religieuse de l’abbaye de Saint-Maurice, qui investit ses fonds missionnaires dans ce projet (fondation d’une communauté religieuse pour l’animation d’une paroisse et d’un lieu de pèlerinage), celui-ci ne serait pas viable du tout. Tous nos projets d’autofinancement sont pour le moment non viables : agriculture, écoles, centre de santé et accompagnement spirituel.

Concernant l’agriculture, nous sommes dans une zone de culture vivrière mais les frais de culture n’arrivent pas à générer de bénéfice. Pour le moment l’agriculture nous permet simplement d’être autonomes dans les grands postes de dépenses alimentaires (maïs, manioc, arachides) mais nous ne sommes pas autonomes pour l’alimentation, et nous ne sommes pas près de l’être. Mais nous avons en germe des projets de coopératives qui pourront réussir à moyen ou long terme !

Le centre de santé et les écoles que nous mettons progressivement sur pied nous coûtent actuellement plus qu’ils nous rapportent parce que le revenu des habitants ne permet pas de dégager une quelconque marge. Les formations, accueils et accompagnements de type spirituel pour pèlerins, agents de pastorale et membres de communautés religieuses nous prennent du temps et de l’énergie mais couvrent tout juste nos frais.

Un jour j’ai prêché une récollection spirituelle d’une journée pour 100 religieux et religieuses de l’archidiocèse. La rémunération moins mes frais de transport m’a laissé 5 dollars (4 euro) ! L’autofinancement doit rester notre horizon mais cet horizon est très lointain et très bouché actuellement.

De toute façon notre projet est dans la main de Dieu et « l’Évangile est annoncé aux pauvres ! »

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