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Théorie du genre : cherche-t-on à se réaliser un monde sur-mesure ?

©Ueuaphoto/Shutterstock

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Jean Duchesne - Publié le 10/10/16

Ce qu’a dit le Pape à propos du genre soulève de bonnes questions. La ministre n’y a pas répondu.

Manifestement, notre actuelle ministre de l’Éducation nationale a mal encaissé que le Pape se permette, en répondant à des questions de journalistes, de déplorer que l’on enseigne en France la théorie du genre. « Ce n’est pas vrai », a juré la dame. Elle a formellement raison : on n’explique pas aux petits enfants à l’école ce que c’est que la théorie du genre. On ne leur en parle pas. On leur raconte seulement qu’il faut découvrir si on est un garçon ou une fille, que ce n’est pas du tout réglé avant même la naissance par le corps qu’on a, que ce n’est pas si brutalement simple, qu’on peut très bien naviguer entre les deux si on en a envie ou si l’occasion se présente, et qu’on peut même changer si on n’est pas content d’avoir ou de ne pas avoir un « zizi ».

Et la bouillie incertaine (psycho-socio-philosophico-scientifico-culturelle) de la théorie du genre est très accessoire pour justifier tout cela. Il y a d’abord un vertueux souci d’enseigner la tolérance envers des minorités trop longtemps persécutées : homos, lesbiennes, bi- et trans-sexuels. Or sur ce plan-là, il n’y a vraiment rien à reprocher au Pape : il a bien dit dans l’avion, accueillir lui-même de telles personnes, en recommandant d’en faire autant. Mais la question est de savoir si le respect de ces particularités implique de les nier en soutenant qu’elles ne devraient poser aucun problème ni aux individus concernés, ni aux autres (qui pourraient impunément les adopter au moins provisoirement), ni à la société et à son avenir. N’est-ce pas là finalement une manière de ne pas prendre le sexe au sérieux ?

Quand un conditionnement en remplace un autre

Ce qui soulève d’autres questions. D’abord, s’il est avéré que le comportement et l’activité en ce domaine ne sont pas uniquement, comme chez les animaux, liés à la reproduction de l’espèce, cela suffit-il pour rejeter la transmission de la vie dans un domaine séparé et facultatif ? Et puis, si la culture conditionne les relations sexuelles en élargissant indéfiniment la gamme des formes qui ne devraient susciter aucun scrupule, ce conditionnement n’est-il pas tout aussi, voire plus contraignant, parce que plus artificiel, que celui de la conception et de la naissance, surtout s’il s’y substitue presque complètement ?

On peut encore se demander si, en régime démocratique, la majorité doit reconnaître les droits des minorités au point de se les imposer à elle-même. Autrement dit, les aspirations de la plupart des gens à réaliser une union stable avec une personne du sexe opposé, à avoir avec elle des enfants et à les élever ensemble le mieux possible doivent-elle passer, dans l’ordre des priorités, après la satisfaction des pulsions qui n’entrent pas dans ce cadre vital, sous le prétexte que celui-ci ne les valorise pas ?

Qu’est-ce que la liberté ? 

Mais tout ceci renvoie, ultimement, à une question qui n’est pas moins spirituelle que philosophique, puisque c’était déjà celle de Pilate jugeant Jésus : la liberté implique-t-elle l’élimination de toutes les déterminations et la manipulation du prochain, avec un refaçonnage du réel qui risque de compromettre sa durabilité pour satisfaire des envies immédiates et d’un égoïsme à courte vue ? Le christianisme a quelque chose à dire à ce sujet. C’est que Dieu veut que l’homme vive et soit heureux, et que son bonheur passe par la résistance aux tentations d’autodestruction dans la création. C’est évidemment la différence entre le témoignage que porte un Pape et la politique que suit un(e) ministre.

Le pape a parlé – pour faire vite – des lois de la nature. Même si l’écologie le remet à l’honneur, c’est un mot qui n’a plus bonne presse dans la sphère privée, où l’on entend refaçonner le donné à sa guise, en fonction des modes ou des moyens technologiques disponibles. Reste à s’interroger : se libère-t-on ou se dissout-on dans un monde illusoire en se fabriquant une réalité sur mesures ? Ne s’épanouit-on pas plus sûrement en reconnaissant à la fois la beauté des dons de Dieu, les désordres qui les corrompent et l’aide qu’il offre pour les préserver et les partager comme lui à la seule condition de ne pas se les approprier ?

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