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« Juste la fin du monde » : de l’intime au cosmique

©Imdb

Mgr Pascal Wintzer - Publié le 10/10/16

Avec son dernier film, Xavier Dolan témoigne encore une fois de son habilité à traiter de sujets graves avec virtuosité.

Xavier Dolan poursuit son travail sur les affres de l’intimité, les heurts et malheurs familiaux. Il ne faut cependant pas se tromper, ainsi que l’indique le titre du film sorti sur les écrans français le 21 septembre 2016, la déliquescence des relations familiales, leurs difficultés à se vivre est une parabole d’un monde tout entier en décomposition et proche de sa fin.

Lars von Trier, dans ce qui est sans doute son meilleur film à ce jour Melancholia, poursuivait la même réflexion, opérait les mêmes rapprochements entre l’intime et le cosmique.

Xavier Dolan utilise de manière virtuose les moyens du grand cinéma mélodramatique classique : acteurs de premier plan, gros plans, musique très présente, sentiments exacerbés… pour traiter une histoire presque intemporelle : l’annonce, tout au moins sa tentative, par un fils qui s’est éloigné de sa famille pendant plus de dix ans, de sa mort prochaine.

« Ce dont on ne peut parler, il faut le taire »

À la différence de ses films précédents, le cinéaste canadien a ici abandonné le joual, ce parler québécois populaire qui nécessite, pour être compris, d’être sous-titré. Ses acteurs sont maintenant Français, et parmi les plus célèbres et les plus renommés. Il n’est pas non plus à l’origine du scénario, inspiré d’une pièce de théâtre du dramaturge français Jean-Luc Lagarce, mort du sida en 1995. Cependant, c’est bien son univers que l’on retrouve dans Juste la fin du monde. Univers de l’excès des sentiments, des souffrances intimes et familiales et de l’impossibilité pour les êtres de le comprendre. Ou bien, avant même de se comprendre, impossibilité de dire, de se dire.

On souligne souvent, avec raison, la nécessité de trouver les mots justes pour raconter une histoire. À cela s’ajoute la nécessité à dépasser les non-dits. Cependant, interroge Dolan, si la parole est toujours le chemin pour apaiser les douleurs, elle semble parfois les porter à vif. Une des dernières images du film, celle montrant Louis, le doigt sur les lèvres, invitant sa belle-sœur à ne pas rompre le silence, fragile, rejoint les mots qui terminent le Tractatus de Wittgenstein : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ».

Les circonstances ont fait que, la veille de découvrir Juste la fin du monde, j’ai regardé à la télévision son film précédent Mommy. Je n’avais encore pu le voir. Sans doute est-il encore plus puissant, en particulier parce qu’il est pleinement québécois ; les deux actrices qui occupent l’écran sont tout à fait exceptionnelles, il est juste de les nommer : Anne Dorval et Suzanne Clément. Là aussi, une histoire de souffrances familiales mais avec une sorte de vitalité peut-être absente du film actuel.

Quoi qu’il en soit, Xavier Dolan, déjà réalisateur de six films à 27 ans, est un cinéaste exceptionnel. On peut souhaiter qu’avec les années, il développe un art qui saura s’exprimer autrement que dans la mise en scène de sentiments paroxystiques, même s’il y excelle et si cela correspond à son univers. Il y a toujours quelque facilité à traiter de sujets presque « hors normes ». La minceur d’une histoire, sa presque futilité sont pourtant le test des capacités d’un artiste à sublimer ce qui n’est que de peu d’importance.

Juste la fin du monde a été distingué par le festival de Cannes en mai 2016. Il remporta le Grand Prix ainsi que le prix du jury œcuménique.

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