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Cyrille Frey : « Une planète où les écosystèmes ne fonctionnent plus est une planète inhabitable »

© Cyrille Frey
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Aleteia a rencontré les auteurs de l'essai "La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ?". 5/5

Cyrille Frey est ornithologue pour la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et contribue à sensibiliser les chrétiens à la sauvegarde de la création.

Aleteia : La disparition de la moitié des espèces vivantes en moins de cinquante ans va-t-elle avoir des conséquences irrémédiables sur notre planète ?
Cyrille Frey : Ce à quoi nous assistons, c’est à un effondrement incroyablement rapide des « réseaux sociaux » que constitue la biosphère. Les causes de ces disparitions sont anthropiques ; c’est ce qui est exposé au chapitre « Ce qui se passe dans notre maison » de l’encyclique Laudato Si’. Comme le rappelle le pape François, cela signifie une perte irrémédiable d’êtres et d’espèces à jamais disparus, mais aussi l’effondrement des fonctionnalités de ces systèmes vivants. Or, nous ne pouvons pas plus nous passer d’eux que nous ne pouvons nous passer de respirer. Une planète où les écosystèmes ne fonctionnent plus est une planète inhabitable pour nous, car il ne faut pas s’imaginer remplacer intégralement ces systèmes par des machines : il n’y a pas sur Terre les ressources minérales pour cela.

Si notre pression sur ces systèmes ne diminue pas, ceux-ci vont rapidement tomber en panne. On peut s’attendre à de véritables catastrophes avec famines et déplacements massifs de population. Les premières victimes seront les plus vulnérables. L’ampleur ces extinctions indique que nous sommes désormais entrés dans ce collapsus et que nous ne pouvons plus guère, désormais, que tenter de le freiner et en réduire un peu l’ampleur. À l’échelle de nos sociétés humaines, quelque chose du domaine de l’irrémédiable est en effet en train de se produire. Nous sommes donc placés devant un choix : réduire « intelligemment » notre pression sur la biosphère pour franchir ce cap et entrer ensuite dans une phase de reconstitution, option à laquelle appellent l’écologie « militante » et l’encyclique Laudato Si’, ou bien attendre que la catastrophe se produise. La baisse de pression anthropique se produirait alors par effondrement de tout ou partie de notre civilisation. La planète finirait par s’en remettre mais l’humanité n’en sortirait pas sans drames et souffrances. C’est une voie que le chrétien ne peut accepter.

Vous défendez la nature contre l’économie, mais le capitalisme n’a-t-il pas un fonctionnement darwiniste à l’image, finalement, de la nature elle-même ?
Il ne s’agit pas de défendre « la nature » contre « l’économie ». Il ne peut y avoir d’économie au sens des activités par lesquelles l’homme tire sa subsistance de son environnement sans nature suffisamment préservée pour que les écosystèmes restent fonctionnels. Aussi, défendre « la nature » contre une économie devenue incapable de maîtriser la pression qu’elle inflige aux écosystèmes, c’est tout simplement défendre l’homme contre ses propres errances idéologiques. Notre économie productiviste est basée sur le postulat archaïque d’une planète où toutes les ressources sont renouvelables à l’infini, et il s’agit là de l’une des causes structurelles de son inadaptation au monde réel. Nous ne pouvons plus, à notre époque, esquiver ce constat.

La nature, ce n’est pas le règne de la compétition permanente et sans bornes ; on y trouve aussi coopération, symbiose, co-évolution, communautés et partage. Surtout, ce phénomène est sans tête et sans but : ce n’est ni « le plus fort » ni « le meilleur » qui survit ; de celui qui survit, on constate qu’il était adapté à le faire, c’est tout. Des espèces vieilles de centaines de millions d’années, extrêmement simples, comme les méduses ou les coraux, font leur bonhomme de chemin aux côtés d’êtres aussi complexes que les mammifères. Si donc le capitalisme imite ce fonctionnement, cela ne nous sert… à rien. Il n’y a aucune raison particulière qu’il en sorte « le meilleur » pour l’humanité. Enfin, ce n’est pas parce qu’un fonctionnement existe dans « la nature » qu’il y ait un intérêt quelconque à le reproduire dans nos sociétés humaines: on sait à quelles horreurs mène le darwinisme social. La richesse des sociétés humaines vient au contraire de leur capacité à permettre la survie de tous et de chacun, et là encore, c’est une mission à laquelle le chrétien ne peut en aucun cas se dérober.

Vous souhaitez la fin du capitalisme et un certain « retour au désert ». Mais pensez-vous que la société en ait la moindre envie ?
Nous parlons de simplicité et de sobriété heureuse, ce qui est très éloigné d’un ascétisme forcé et forcené. Je souhaite effectivement la fin du capitalisme dans la mesure où il se manifeste aujourd’hui comme une idéologie totale, englobant, jugeant et contrôlant le moindre de nos faits et gestes dans un seul but, l’accumulation d’argent par quelques-uns, devant le constat de misère humaine et de dévastation écologique qu’elle engendre, et le péril qu’elle fait courir à la plus grande partie de l’humanité en raison de ces dernières, conséquence de son incapacité à prendre en compte les limites physiques et biologiques de notre monde. Cette idéologie a promis le bonheur sans bornes à l’humanité, grâce à un déversement infini de biens de consommation. On nous a appris à y croire, bien que ce bonheur soit sans cesse remis à demain. On n’y renonce pas facilement. Que l’accumulation de biens matériels et de confort n’engendre qu’un bien-être illusoire et d’ailleurs perpétuellement insatisfait n’est pas une découverte de notre temps. Ne s’agit-il pas là de cette nourriture qui ne rassasie pas, dénoncée par les prophètes ?

Je crois possible que progressivement, « la société » se détourne de la course au toujours plus, et sache modérer ses exigences en termes de consommation à forte empreinte écologique, parce que nous sommes au point où la société de consommation confine à l’absurde. Nous avons, comme jamais, la possibilité d’expérimenter dans nos vies à quel point c’est une impasse personnelle.

Ensuite, les limites des ressources de la planète, auxquelles nous sommes en train de nous heurter, vont d’une certaine manière régler le problème : la finitude des ressources non renouvelables, l’effondrement des capacités de régénération des ressources vivantes vont mettre abruptement fin à notre croyance dans la possibilité de produire des biens à l’infini. Il n’y a pas assez de tel minerai, de terres, de pétrole exploitable pour continuer.

Maintenant, formulons-le d’une manière plus optimiste : si nous commençons à la penser dès maintenant, à l’expérimenter partout où nous le pouvons et à témoigner de ses réussites, alors une société réellement écologique – c’est-à-dire une humanité vivant d’une manière compatible avec les données de la science écologique – peut être construite et se mettre en place sans passer par la case effondrement. La « technique » et « l’innovation » y prendront d’autres sens : prenez la permaculture, cette agriculture qui s’appuie sur les fonctionnalités des écosystèmes au lieu de les détruire pour les remplacer par un apport d’énergie fossile et de produits, c’est une technique, c’est une innovation, et pourtant, c’est un pas vers la société écologique. Qui plus est, une telle société ne s’invente pas seul ; c’est aussi plus de fraternité qu’il nous faut (voilà une vraie innovation !)

Pour synthétiser, ce dont je souhaite voir l’humanité sortir, c’est ce qui s’avère être une impasse matérielle, scientifique, biologique, mais aussi spirituelle, au profit d’un monde plus juste, tant vis-à-vis de la réalité biologique du monde où nous vivons, que dans les rapports entre hommes, et entre hommes et richesses matérielles, et cela, j’ai la témérité de penser que « la société », ou plutôt que des êtres humains, nos frères,  peuvent le désirer aussi. D’autre part, il y a, devant nous, un mur, celui de la crise écologique qui se manifeste déjà. Défendre l’écologie intégrale aujourd’hui, c’est vouloir freiner et prendre un autre chemin avant le choc. « La société », d’ailleurs, est-elle actuellement heureuse ? En France, ce n’est pas vraiment l’image qu’elle donne d’elle-même. En revanche, quelle joie de vivre chez ceux qui choisissent d’évoluer vers plus de simplicité, moins de choses et plus d’humain, et particulièrement quand ils le font en mettant le Christ au sens de leur démarche ! Il y a là une terre de mission et un immense champ pour l’évangélisation.

Propos recueillis par Camille Tronc. 


En savoir plus sur La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ? :

On ne sauvera pas l’homme sans sauver la planète, avertissait le pape François dans Laudato Si’. Après la parution de la magistrale encyclique en 2015, les prises de positions en faveur de l’environnement se sont multipliées chez les catholiques. Difficile, en effet, d’ignorer plus longtemps les alertes d’une planète de plus en plus perturbée. Cette planète, c’est la nôtre. Elle est la maison commune à toute l’humanité que Dieu a créé, à charge pour l’homme de la préserver.

Les Altercathos est une association fondée en 2011 par des catholiques lyonnais, et qui se veut un laboratoire de réflexion pour l’engagement des catholiques dans la vie de la Cité. Cet essai ne fera pas l’unanimité, loin de là. Il se veut résolument radical, à la fois dans sa critique de notre mode de consommation, et son approche globale de la responsabilité environnementale de l’homme.

Les auteurs, tous acteurs de la société et spécialistes de l’environnement, développent tour à tour leur réflexion à travers les grands axes de ce livre, qui sont autant de critiques contre le capitalisme débridé, l’idéologie de la croissance économique perpétuelle, le manque de courage face à notre devoir environnemental et le grignotage par l’argent de toutes les sphères de nos vies.

© Les Altercathos
© Les Altercathos
© Les Altercathos

La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ? par Olivier Rey, Mgr Rey, Patrice de Plunkett, Thierry Jaccaud, Marie Frey, Cyrille Frey et Kevin Victoire. Les Altercathos, mai 2016, 10 euros.

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