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Au Congo, le massacre silencieux perdure

©Junior KANNAH / AFP

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Michel de Remoncourt - Publié le 07/10/16

La situation devient vraiment inquiétante comme l'a souligné le Saint-Père.

Le pape François a reçu le président de la République Démocratique du Congo le lundi 26 septembre. La situation au Congo est inquiétante, comme l’a rappelé le Saint-Père après l’angélus de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie : « Ma pensée va aux habitants du Nord-Kivu, dans la République Démocratique du Congo, récemment touchés par de nouveaux massacres qui sont perpétrés depuis longtemps dans un silence honteux, sans même attirer notre attention ».

Des massacres récurrents

Les événements qui se déroulent au Congo et dans la province du Nord-Kivu étant complètement passés sous silence, il est difficile d’obtenir un bilan vérifiable des victimes depuis ces dernières années. Les pertes régulières causées par des massacres avec des armes à feu comme avec des armes blanches semblent se situer entre 600 et 1000 victimes. La plupart de ces crimes sont attribués à l’ADF (Forces Démocratiques Alliées), une rébellion musulmane et ougandaise.

Une zone de violences clairement identifiée

Le pays dans son ensemble est, militairement parlant, relativement stable. Quelques attaques au Katanga (sud du pays) en 2001 avaient fait craindre un embrasement du Congo, mais la situation est vite redescendue. Ces régions sont néanmoins sujettes à d’autres problèmes graves, tels qu’une corruption généralisée.

Mais c’est dans l’est du pays que la situation est extrêmement tendue. L’Ouganda et le Rwanda, deux pays limitrophes sur la frontière est du Congo, entretiennent au moins partiellement les rebelles et provoquent une stagnation, voire une détérioration de la situation sécuritaire.

Des rebelles difficilement repérables

La zone et le conflit étant très peu traités par les médias, il est compliqué de comprendre les relations entre tous les acteurs, rebelles ou non. Le général Bosco Ntaganda, ancien chef rebelle réintégré dans l’armée congolaise en 2009, a déclenché une mutinerie au Sud-Kivu en 2012 avec quelques centaines d’hommes. La même année, des officiers rebelles créent le M23 (Mouvement du 23 mars). Certains articles évoquent de quelques centaines à plus de 3000 hommes.

Dans les Kivu se situent aussi les Maï-Maï, guerriers traditionnels et versatiles dont les intérêts parfois rivaux sont impossible à discerner.

L’échiquier rebelles / forces légitimes est en mouvement constant. Ainsi le chef rebelle Banaloki alias Cobra Matata du groupe armé FRPI (Force de Résistance Patriotique de l’Ituri) s’est rendu au gouverneur de l’Ituri le 21 novembre 2014 pour se remettre au service du gouvernement : « Je vais travailler avec notre gouvernement pour une paix durable », avait-il affirmé…

La MONUSCO, une force impuissante

La présence de la MONUSCO (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo) n’a pas empêché le meurtre de centaines de civils dans le Kivu. Pourtant des chefs et camps rebelles ont été neutralisés. Mais l’adversaire est très résilient et « sème la confusion » en portant l’uniforme de l’armée congolaise, indique le général Jean Baillaud, chef adjoint de la MONUSCO.

Le contexte sécuritaire et militaire du Congo est ainsi très préoccupant. Les acteurs et leurs motivations sont difficiles à saisir, et l’absence de couverture médiatique rend la tâche plus ardue encore. La situation a peu de chances de s’améliorer puisque a été mis sur pied un groupe de travail dont l’objectif est d’établir une stratégie de sortie pour la MONUSCO… Le Congo risque à moyen terme une forte escalade de la violence.

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