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Marie Frey : De gauche ou de droite, « Chez les catholiques, l’urgence environnementale dépasse les clivages »

© Marie Frey
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Aleteia a rencontré les auteurs de l'essai "La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ?". 3/5

Marie Frey est une journaliste indépendante collaborant avec La Vie et le site Reporterre sous le pseudonyme de Mahaut Hermann.

Aleteia : Quelles raisons profondes motivent ceux qui rejettent l’écologie ?
Marie Frey : Ce qui me frappe, c’est d’abord une ignorance : l’écologie est avant tout la science qui étudie les interactions des espèces entre elles et avec leurs milieux. Encore trop peu de gens savent cela. Ensuite, il y a le facteur politique. En France, le parti écologique est de gauche, ce qui engendre une adhésion ou un rejet sur une base strictement partisane. L’écologie ne se résume pourtant pas à un parti. Heureusement, depuis quelques années, on assiste à une évolution de l’engagement écologiste. Chez les catholiques, la prise de conscience de l’urgence écologique et donc de la nécessité d’un engagement est en train de dépasser le clivage historique gauche-droite.

Un autre facteur qui joue dans le rejet des mobilisations écologistes est, selon moi, la crainte d’une régression. On entend souvent dire que les écologistes veulent retourner à la préhistoire. Nous ne critiquons pas le progrès technique mais la trajectoire prise. Enfin, je distingue un troisième point d’achoppement : l’idée latente qu’il faudrait choisir entre sauver l’environnement ou l’humanité. Choisir l’écologie serait choisir de sacrifier l’homme pour sauver la planète. Non ! La protection de l’environnement n’est pas l’adhésion au culte d’une nouvelle déesse Terre, c’est la volonté de protéger la vie sous toutes ses formes, la vie végétale et animale comme la vie humaine, car l’être humain ne peut pas exister seul.

Jugez-vous l’écologie et le capitalisme comme fondamentalement incompatibles ?
L’écologie n’est pas là pour être compatible avec tel ou tel type de système économique : elle est un outil scientifique qui sert à évaluer l’impact de notre mode de vie sur l’environnement. Tous les signaux que la science nous envoie aujourd’hui vont dans le même sens : les systèmes économiques majoritaires dans le monde ont un impact désastreux sur la capacité des écosystèmes à se renouveler. Depuis le XIXe siècle, il y a eu une accélération exponentielle de la consommation de ressources naturelles sur l’ensemble du globe, si bien qu’aujourd’hui, de nombreux écosystèmes ont atteint le seuil de dégradation au-delà duquel ils ne peuvent plus se régénérer, et donc permettre le maintient de la vie sur terre. L’économie dématérialisée ne va pas nous sauver : nous savons désormais qu’elle implique une grande consommation de ressources naturelles pour faire tourner les serveurs qu’elle utilise. Les différentes formes prises par le capitalisme depuis le XIXe siècle sont donc incompatibles avec le maintien de la vie sur Terre telle que nous la connaissons actuellement – la preuve en est que nous sommes en train de connaître une sixième grande extinction des espèces. Il y a quarante ans encore, nous avions l’excuse de l’ignorance : la science n’avait pas montré qu’il existe un seuil à partir duquel la régénération des écosystèmes est impossible. Mais à présent que nous disposons des outils scientifiques nécessaires, nous n’avons plus d’excuses.

Quelle évolution des mentalités envisagez-vous pour l’avenir ?
Grâce à Laudato Si’, les convergences entre chrétiens et écologistes sont en train de s’affirmer, même si la France a vingt ans de retard en la matière. Malheureusement, la recherche de la croissance économique – qui pompe à outrance les ressources naturelles – est au cœur de tous les programmes politiques français. Selon une idée très répandue, un système économique qui ne serait plus basé sur l’indicateur qu’est la croissance condamnerait la majorité de la population à sombrer dans la pauvreté. Or, c’est l’inverse : la sortie de la croissance propose au contraire de rechercher un mode de vie plus simple et plus égalitaire, une sobriété qui rende heureux avec moins de biens. L’agriculture mondiale est menacée par le bouleversement climatique et la chute inquiétante des populations de pollinisateurs. Les métaux rares nécessaires à la construction des ordinateurs et téléphones ne sont pas infinis. Notre mode de vie basé sur la recherche d’une croissance positive va se heurter à la pénurie et s’effondrer de lui-même. Il serait moins douloureux pour tout le monde d’envisager une transition la plus en douceur possible avant d’y être contraints.

L’idée d’une transition fait malheureusement encore peur, si bien qu’elle n’est pas porteuse électoralement. À droite, il n’y a quasiment pas de chrétiens qui s’engagent dans la bataille électorale sur des thématiques écologiques répondant à l’urgence. J’ai bien peur que le rejet des constats de la crise écologique soit au centre des élections présidentielles prochaines. La France n’est pas le seul pays concerné. La COP21 a mobilisé les citoyens du monde entier sur le réchauffement climatique pour un résultat plus que mitigé. Mais le réchauffement climatique n’est pas la seule conséquence tangible de la crise. La perte de biodiversité mériterait un engagement aussi universel et médiatisé que les COP, en présence des politiques du monde entier. Selon l’ONG Global Footprint Network, le jour du dépassement, le jour de l’année où les ressources naturelles que la Terre peut renouveler en une année, ce jour est passé du 7 octobre en 1995 au 8 août en 2016.

Propos recueillis par Camille Tronc. 


En savoir plus sur La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ? :

On ne sauvera pas l’homme sans sauver la planète, avertissait le pape François dans Laudato Si’. Après la parution de la magistrale encyclique en 2015, les prises de positions en faveur de l’environnement se sont multipliées chez les catholiques. Difficile, en effet, d’ignorer plus longtemps les alertes d’une planète de plus en plus perturbée. Cette planète, c’est la nôtre. Elle est la maison commune à toute l’humanité que Dieu a créé, à charge pour l’homme de la préserver.

Les Altercathos est une association fondée en 2011 par des catholiques lyonnais, et qui se veut un laboratoire de réflexion pour l’engagement des catholiques dans la vie de la Cité. Cet essai ne fera pas l’unanimité, loin de là. Il se veut résolument radical, à la fois dans sa critique de notre mode de consommation, et son approche globale de la responsabilité environnementale de l’homme.

Les auteurs, tous acteurs de la société et spécialistes de l’environnement, développent tour à tour leur réflexion à travers les grands axes de ce livre, qui sont autant de critiques contre le capitalisme débridé, l’idéologie de la croissance économique perpétuelle, le manque de courage face à notre devoir environnemental et le grignotage par l’argent de toutes les sphères de nos vies.

© Les Altercathos
© Les Altercathos
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La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ? par Olivier Rey, Mgr Rey, Patrice de Plunkett, Thierry Jaccaud, Marie Frey, Cyrille Frey et Kevin Victoire. Les Altercathos, mai 2016, 10 euros.

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