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Autisme : « Dis, Yannis, comment restaurer l’ordre du monde ? »

©Eric Cote/Shutterstock
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Découvrez le dernier roman de Metin Arditi, où se taisent les hommes pour écouter celui que l’on n’entend jamais.

Parler de ceux dont on ne parle pas. Seule la littérature peut relever ce défi : une ligne sautée et nous voici dans l’intimité d’un personnage jusque-là silencieux. Alliant toutes les formes de discours possibles, Metin Arditi propose au lecteur les yeux et l’âme d’un garçon de douze ans, autiste, pour qui la communication est difficile et les crises récurrentes. Yannis vit avec sa mère, à Kalamaki, petite île grecque, qui a néanmoins son importance pour l’auteur, puisqu’il s’étend à plusieurs reprises sur les débats qui animent sa population. Quand Eliot, ancien architecte retourné sur l’île après la mort de sa fille, entre en scène, le temps s’arrête autour du petit Yannis, muré dans son silence, et du vieil homme patient et attentif. L’être frêle, que le rythme effréné de l’île laissait de côté, a maintenant droit à la parole. Et plus encore, à la pensée. Les rôles se sont inversés.

Premier miracle

L’auteur parvient à faire taire les hommes, qui parlaient trop, pour écouter celui que l’on n’entend jamais. Et le petit garçon va leur donner une leçon de vie. Car le monde pèse sur les épaules du petit Yannis : « Il n’avait pas le choix. Il devait restaurer l’ordre du monde ». L’enfant mesure tous les jours l’ordre du monde, selon l’arrivée des bateaux et les quantités de poissons pêchés. L’ordre du monde, soit. Mais quel monde ? Le sien, bien sûr. Il faut que les quantités soient les mêmes tous les jours. Sinon, c’est le désordre,  l’inhabituel, l’inconstant. L’ordre, c’est ce qui est régulier, connu, familier. L’ordre, c’est l’extension de mon être, ce qui est à moi, dans l’environnement, ce qui n’est pas à moi. Et bientôt, à force de rituels quotidiens, je m’approprie cet environnement. Il devient mon reflet et je deviens le sien. Yannis mesure tout ce qui est nouveau, parce que mesurer l’inconnu, c’est déjà le rendre connu. Et le connu est toujours fidèle.

Protecteur dévoué et irremplaçable de son univers, Yannis nous pose une question : quel est l’ordre de notre monde ? À vrai dire, il n’en a pas. Kalamaki est le laboratoire d’une opération dont la conclusion tragique est la même pour tous : le monde est désordonné. Notre environnement n’a plus de limites depuis que notre monde n’a plus de frontières. Comment mesurer ce qui n’est pas défini ? Désirer toujours plus de biens, toujours plus de liens, c’est oublier que qualité et quantité ne sont pas compatibles. Alors nos biens sont superflus et nos liens superficiels. Le besoin d’ordre ne doit pas être compris comme une fixation maniaque, mais plutôt comme la preuve irréfutable que l’on peut vivre mieux avec moins. Que réduire mon environnement, c’est lui donner de l’ordre ; mon avoir, c’est retrouver mon être.

Second miracle

En quittant ce livre, nos yeux sont ceux de Yannis et notre monde est le sien. L’auteur n’a même pas eu besoin de parler à sa place, sa voix résonne et raisonne dans chacun des dialogues. Et la fin du livre n’est que le début d’une amitié, d’une discussion sans fin entre Yannis et le lecteur, qui rend au quotidien sa valeur et donne au singulier sa couleur.

@ Grasset
@ Grasset
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L’enfant qui mesurait le monde, par Metin Arditi, Grasset, 304 p., 19,00 euros.

 

 

 

 

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