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Les entrepreneurs ne sont-ils que des portefeuilles aux yeux de l’Église ?

Emmanuel Faber, DG de Danone © Riccardo Savi/Getty Images for Concordia Summit/AFP
Emmanuel Faber, DG de Danone © Riccardo Savi/Getty Images for Concordia Summit/AFP
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Désolé mais les affaires spirituelles ne sont pas réservées qu’aux « hommes de Dieu ».

Régulièrement, des pasteurs me parlent des défis qu’ils rencontrent : gestion d’équipe, question financière, croissance.

En face, je rencontre chez beaucoup d’entrepreneurs une certaine frustration quant à leur place dans l’église. Ou qu’ils se sentent eux-mêmes peu légitimes, ou que l’on ne fasse pas appel à eux ; au bout du compte, si je caricature, ils se voient comme un indispensable soutien « portefeuille », tandis que les affaires spirituelles – la meilleure part – seraient réservées aux hommes de Dieu.

Une autre collaboration me parait possible. Car si les mots ne sont pas les mêmes, besoins des uns et talents des autres sont parfois cousins.

Qu’est-ce qu’un entrepreneur, sinon une personne qui prend un plaisir immense à analyser une situation, prendre des risques pour atteindre ses objectifs, faire naître ce qui n’existe pas encore, créer de l’emploi et de la valeur, inventer pour lui et son entourage un monde meilleur ? Quelqu’un qui passe son temps à rencontrer de nouvelles personnes, se former, échanger, se remettre en question.

Mais, devant l’autel, il n’est pas rare que l’entrepreneur mette ses talents entre parenthèses. Il distingue la personne au travail, remplie d’idées et d’initiatives, et celle à l’église, calme, parfois même résignée. On dira de lui qu’il est vraiment serviteur, humble.

Mais pourquoi renier ce pour quoi on se sent du goût et des compétences ?

L’entrepreneur biblique par excellence, c’est Joseph, le fils de Jacob, vendu par ses frères aux Égyptiens. Il va d’abord travailler pour des projets « non chrétiens », pour Pharaon. Rappelez-vous, il interprète le rêve des vaches maigres du roi, lui prodigue ses conseils avisés pendant les sept années d’abondance précédant les sept années de disette et devient vice-roi d’Égypte. Mais tout cela le prépare à sa mission véritable : sauver sa famille et son peuple. Sa position et son expérience acquises dans un contexte profane lui donnent l’influence nécessaire pour prendre de grandes décisions, sans renoncer à ce qu’il est.

Aussi, il me semble urgent de favoriser la rencontre de tous ces dons, reçus de Dieu, et des besoins de l’église. Alors oui, un entrepreneur peut parfois faire peur : son ton assuré, son goût du chiffre, ses méthodes parfois très directes… tout cela déroute, souvent, impressionne, toujours. Pourtant, un partage d’expérience, sans idée préconçue, enrichirait et les uns et les autres. Je prie pour que ces deux mondes se rejoignent et collaborent.

Ce qui ne va pas sans quelques questions, de part et d’autre.

Comment motiver un entrepreneur à s’investir dans son organisation ?

1 – En premier lieu, faîtes-lui sentir que sa mission a toute sa place dans l’Église. Nous sommes une même équipe, et à chacun son rôle, comme dans un sport collectif. Il n’y a pas que des attaquants ou des gardiens de but.

2 – Intéressez-vous à son environnement. Comprendre dans quel monde il évolue permettra de mieux valoriser son expérience. Bien souvent, tout tourne autour de l’église ; l’entreprise est pourtant un immense champ missionnaire ! Je me souviens de Peter Demetriou, mon pasteur Australien, qui venait me voir dans mes bureaux, pour prendre des nouvelles. Manifester votre intérêt, c’est un indispensable premier pas.

3 – Donnez-lui un espace pour exprimer ses idées. On craint souvent d’être obligé de suivre une recommandation à la lettre, si on laisse libre court à l’expression. Prenez le temps d’expliquer que vous avez envie d’avoir un retour, sans forcément pouvoir tout concrétiser derrière. La Bible prévient : il est bon de s’entourer de nombreux conseillers. Encore faut-il savoir leur donner la parole.

Faire appel à un entrepreneur pour une décision spécifique est une excellente façon de démarrer une collaboration, fondée sur une confiance réciproque.

4 – Demandez-lui des intentions de prière spécifiques, pour son projet. Vous montrez ainsi que vous avez à cœur que sa mission fleurisse, et l’incitez à faire confiance à Dieu, dans les défis du quotidien.

5 – Envisagez une rencontre spéciale avec l’organisation. Il existe des programmes comme les parcours Alpha professionnels, les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC), ou le site Leaders Chrétiens, qui est rempli de ressources à même d’alimenter des discussions de groupe.

6 – Remerciez-le pour son soutien, son courage, sa prise de risque. On a souvent une image assez vénale des entrepreneurs. Elle est fausse : je connais bien des patrons qui gagneraient plus d’argent en étant salarié ou consultant solo. Moi-même, il m’est arrivé de n’être pas payé pendant trois mois pour que mon équipe puissent être payée. C’est bien le signe que le souci premier est de créer de la richesse qui se partage, plus qu’un chiffre d’affaires. Une marque de gratitude sera parfois bien plus précieuse qu’on ne soupçonne pour l’entrepreneur.

Comment trouver notre place dans l’Église en tant qu’entrepreneur chrétien ?

1 – Partez à la recherche de votre mission, sans chercher à récupérer celle d’un autre. Nous sommes un corps : certains sont les doigts de pieds, d’autres un œil. Chacun à sa juste place, nous avançons ensemble dans la même direction. Indice : votre père spirituel est bien placé pour vous aider à trouver votre rôle à vous ! La persévérance est de rigueur, mais trouver sa place est un exercice qui n’est jamais figé : si après chaque discussion, réunion, vous ne vous sentez pas légitime, alors commencez à prier pour découvrir un nouveau lieu où planter votre arbre.

2 – Apprenez à suivre les autres. En tant qu’entrepreneur, on aime être le leader, celui qui tranche. Si on sent que les décisions nous échappent, il peut être rapidement tentant de s’éclipser. Pourtant, pour être un bon leader il faut aussi apprendre ce que cela fait de suivre, même quand on n’est pas d’accord.

3 – Entourez-vous d’autres entrepreneurs. Il est important de pouvoir échanger et d’être compris dans ses défis. Pour la petite anecdote, je me souviens d’un pasteur qui avait créé un groupe de maison spécial pour les millionnaires qui fréquentent l’église. Il avait pris conscience que leurs tentations comme leurs vertus couvraient un spectre bien particulier : « Les amis, ce mois-ci je n’ai pas résisté, je me suis encore acheté une Porsche ! ».

Il est important de bien s’entourer, non pour vivre sa mission en vase clos, mais pour pouvoir la partager facilement. Les EDC sont un bon exemple.

4 – Soyez certain qu’une place vous attend. Votre expérience, votre réseau, votre passion peuvent être des outils précieux au service du prochain ! Et en vous investissant dans une communauté, vous vous enracinez, en permettant à vous et vos proches de nouer des relations solides. L’Église est une famille, et chaque membre y a sa place.

Entrepreneurs, merci de vous faire Joseph ! Soyez patients, il faut parfois chercher un petit peu sa place. Mais promis, ça en vaut la peine !

Et vous Églises, merci de vous mettre à l’écoute de tous vos membres, tous plus différents les uns que les autres.

Ce partage d’expérience est gagnant-gagnant… -gagnant ! Car l’œuvre commune qui s’en nourrit, c’est la gloire de Dieu.