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Intégration et bizutage : une drôle d’initiation pour entrer dans l’âge adulte

© Francois Duhamel / Kobal / The Picture Desk

Dead Poets Society (1989) Le Cercle des poËtes disparus Pers: Robin Williams Dir: Peter Weir Ref: DEA090AY Photo Credit: [ Touchstone / The Kobal Collection / Duhamel, Francois ] Editorial use only related to cinema, television and personalities. Not for cover use, advertising or fictional works without specific prior agreement

Louise Alméras - Publié le 26/09/16

Quel est le rôle de cette tradition et quelles en sont les limites ?

Les universités et grandes écoles vont encore accueillir de nombreux étudiants cette année. Il est de coutume d’intégrer les nouveaux venus, ayant fraîchement obtenu le bac pour la plupart, par une période d’intégration parfois accompagnée de bizutage. Elle est plus répandue dans les écoles privées, les formations très sélectives ou à fort caractère reproductif, l’université en est donc souvent exempte. Parfois simplement signe de bienvenue, l’intégration peut aussi s’avérer une véritable institution avec ses rites de passage, ses excentricités et ses risques, dont il faut savoir prendre la mesure.

Le caractère social

Certains devront passer des épreuves, ou plutôt les subir, lesquelles détermineront leur aptitude à être un bon élément de la promotion ou la place qu’ils y auront. La finalité est donc principalement sociale, mais pas seulement. Elle sert aussi aux aînés à marquer leur passage dans l’année supérieure, car ce sont eux qui organisent et supervisent le déroulé des épreuves. Si la liberté d’assister à cette période d’intégration n’existe pas, c’est pour renforcer le sentiment d’appartenance et d’adhésion au groupe, en plus du choix d’études qui a été fait.

Le côté positif est de resserrer les liens au sein de la promotion de manière ludique : c’est souvent dans les épreuves qu’on est le plus soudé. Cela permet aussi de meilleures relations avec la promotion supérieure. Le côté négatif peut s’apparenter à ce qui a été mis en lumière dans le film allemand La Vague (Die Welle), dans lequel un professeur expérimente la rapidité des dérives quasi-sectaires en appliquant un régime autocratique au sein de sa classe. D’une part, le refus de se conformer aux règles peut conduire à l’exclusion, d’autre part l’adhésion à celles-ci peut enfermer et créer un sentiment de groupe basé sur de mauvaises valeurs.

Où sont les adultes ?

À 18 ans, et jusqu’à l’âge de 21 ans, on ne peut pas dire qu’un jeune est vraiment adulte. Majeur, oui, mais pas forcément adulte. Les périodes de bizutage sont donc pratiquées sans la présence d’adultes dignes de ce nom, c’est à dire de référents d’autorité. C’est une porte ouverte aux déviances ou abus dont on a beaucoup entendu parler, concernant l’alcool notamment. Des morts ont même été déplorés. Parfois c’est l’humiliation qui prend le dessus, dans le contexte de pouvoir que peuvent exercer les anciens sur les nouveaux arrivants. Dans certains cas, ces dérives sont sinon alimentées et encouragées par des adultes, du moins tolérées ou observées de manière passive. Alors on peut se demander quel est le rôle de ce bizutage, au-delà du sentiment de groupe. Intégration, oui, mais avec respect de l’intégrité de l’autre. Initiation, de même, mais sans oublier la responsabilité envers l’autre.

Dans toute véritable initiation il est primordial d’avoir un adulte pour introduire le jeune et lui faire passer les épreuves nécessaires. Pas un jeune d’un an de plus, ou de deux ans, une personne qui a fait ses preuves et est là pour faire grandir. Évidemment, ce rituel suppose quelques sacrifices de l’orgueil, mais il faut être vigilant à ne pas abîmer la dignité d’une personne initiée et bien distinguer la différence entre les deux.

Deux films illustrent magnifiquement ce décalage entre l’initiation entre étudiants et celle menée par un adulte, où celle-ci est bien plus attrayante que la première. Le temps d’un week-end (Scent of a Woman), où Al Pacino campe un colonel retraité devenu aveugle et va rencontrer Charles, étudiant à Harvard. Le cercle des poètes disparus (Dead Poets Society), où le célèbre professeur Keating entraîne ses étudiants bien plus loin qu’ils ne l’auraient imaginé…

Toutes les vidéos sont extraites du film Le cercle des poètes disparus.

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