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Pourrait-on vraiment construire un bateau avec toutes les « reliques » de la Croix du Christ ?

© Fr Lawrence Lew CC
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Un mythe catholique ? Au fil des siècles, nombreux ont été les sceptiques doutant de leur authenticité.

La fête de la croix glorieuse, célébrée le 14 septembre, fut l’occasion de mettre en avant la Croix du Christ par laquelle nous sommes sauvés. Saviez-vous qu’il s’agit du jour où fut découverte – « inventée » dit-on chez les archéologues – cette « Vraie Croix » par sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, en l’an 326 ?

Depuis lors, de nombreuses reliques de cette Croix ont été dispersées à travers le monde. On peut trouver des petites reliques de la Vraie Croix aussi bien dans de grandes cathédrales que dans des petites églises de campagne. À une certaine époque, même des particuliers disaient détenir des morceaux de la Croix. Ce qui fit dire à Jean Calvin cette boutade : « Si on rassemblait toutes ces différentes reliques, cela représenterait l’équivalent d’une cargaison de bateau ! »

Les sceptiques des temps modernes abondent en ce sens et considèrent que le nombre excessivement élevé de reliques prouve que ce ne sont que des vulgaires bouts de bois que l’on conserve dans des coffrets en or et que sainte Hélène n’a finalement jamais possédé la Vraie Croix.

Alors, qui croire ? Est-ce vrai que si on rassemblait tous les morceaux de bois considérés comme étant des reliques de la Croix du Christ, on pourrait construire un bateau rivalisant avec l’arche de Noé ?

La dispersion des reliques 

Si l’on en croit la tradition (attestée par différentes sources datant de la même époque, telles que saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, Rufin d’Aquilée, Gélase de Césarée, entre autres), sainte Hélène reçut l’inspiration divine de se rendre en Terre Sainte pour retrouver la Vraie Croix du Christ. Rappelons qu’après la mort du Christ, les Juifs avaient dissimulé la Croix dans un fossé qu’ils avaient recouvert de pierres afin que les premiers chrétiens ne puissent pas la vénérer.

Dans les années qui suivirent, un temple païen en l’honneur de la déesse Vénus fut construit à cet emplacement, très probablement pendant le règne de l’empereur Hadrien. Seuls quelques Juifs connaissaient l’emplacement de la Vraie Croix et ils se transmettaient l’information de génération en génération. Sainte Hélène obligea l’un de ces Juifs, prénommé Judas, à lui dévoiler l’emplacement secret. Ils se rendirent sur les lieux, dégagèrent le fossé et trouvèrent trois croix. Ils estimèrent que l’une d’elles devait était la Vraie Croix du Christ et que les deux autres étaient celles des deux voleurs crucifiés à sa droite et à sa gauche. Mais ils ne pouvaient pas deviner laquelle était celle du Christ. Ils décidèrent de faire venir une femme qui allait mourir et de la toucher avec chacune des croix. Au contact de l’une d’elles, la femme guérit miraculeusement.

Il fut donc décidé de construire une église à l’emplacement même de la trouvaille, où elle serait conservée. La Basilique qui s’élève aujourd’hui à Jérusalem englobe littéralement le Saint-Sépulcre, le tombeau du Christ et tout le Golgotha, lieu de son martyre. Dès lors, et en vertu de ses pouvoirs miraculeux, on considéra que cette Croix était celle sur laquelle était mort le Christ. Très vite, la Croix fut divisée en deux morceaux principaux. L’un resta à Jérusalem, l’autre fut emporté à Constantinople. Sainte Hélène repartit elle aussi avec une partie de la Croix, qui se trouve désormais dans la basilique Sainte-Croix de Jérusalem située à Rome. Dès cette époque, la Croix fut petit à petit divisée en de multiples petits morceaux, et tous se mirent à réclamer une relique, afin de les répartir dans des églises et des cathédrales, ce qui permettrait d’éviter aux pèlerins d’avoir à se déplacer jusqu’à Jérusalem pour vénérer la Croix. Un reliquaire abritant un morceau de la Vraie Croix est dit « staurothèque » (du grec stauros, la croix et thékè, le contenant).

Le morceau de la Vraie Croix resté à Jérusalem était porté au devant des armées franques lors des batailles. Saladin la ravit des mains du roi Guy de Lusignan en 1187, à la bataille de Hattin. À cette nouvelle, le pape Urbain III serait mort sur le coup. Ce fragment de la Vraie Croix ne sera jamais retrouvé.

Mythe ou réalité ? 

Au XIXe siècle, un intellectuel français du nom de Charles Rohault de Fleury décida de vérifier par lui-même si le mythe selon lequel on pourrait construire un bateau avec toutes les reliques de la Croix était vrai. Il se mit donc en quête du moindre petit bout de relique attesté et publia en 1870 une étude intitulée Mémoire sur les instruments de la Passion. Il calcula le poids de la Croix que Jésus aurait pu porter et estima que le volume de celle-ci équivalait à environ 178 litres. Il compara ensuite ce volume à celui de toutes les vraies reliques de la Croix qu’il avait recensées à travers le monde. Il se rendit compte que ce volume n’était que de 3,9 litres. Surpris par ce chiffre, il décida de le multiplier par dix pour prendre en compte toutes les reliques qui auraient pu être détruites ou non recensées car détenues par des particuliers. Ce qui donne 39 litres, un volume qui reste très nettement inférieur au volume total de la Croix.

Le mythe du bateau est donc dissipé ! Il est vrai qu’au fil du temps, de fausses reliques de la Croix ont circulé et circulent encore. C’est pourquoi il est important de connaître l’histoire de chaque relique et d’avoir des documents prouvant leur authenticité. De plus, de nombreux miracles et guérisons ont été attribués aux reliques de la Vraie Croix et attestent du pouvoir de la Croix du Christ à travers les siècles.

Comme nous le disons à chaque station du chemin de croix, « Nous t’adorons, Ô Christ, et nous te bénissons, car par ta Sainte Croix, tu as racheté le monde ».

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