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Vincent Aucante : « Nous sommes tous tentés par la barbarie intérieure ».

©Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC
11 mars 2008 : Vincent Aucante, directeur culturel du Collège des Bernardins, Paris , France. ©Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC
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Djihadisme, effondrement moral... notre civilisation est plus que jamais menacée.

Vincent Aucante, docteur en philosophie, ancien Directeur du Centre Saint-Louis à Rome et ancien directeur culturel du Collège des Bernardins à Paris, propose dans un récent essai une généalogie des barbares et une confrontation avec ceux d’aujourd’hui. Sans oublier que souvent la barbarie se trouve… en nous-même.

Aleteia : À quel moment le philosophe catholique que vous êtes s’est-il intéressé aux barbares et à leur rapport à la civilisation ?
Vincent Aucante : En 2008, une grande exposition avait été organisée au Palazzo Grassi, à Venise, sur le thème « Rome et les barbares ». À cette occasion, de nombreux objets venus du monde entier avaient été rassemblés, présentant une image saisissante et surtout cohérente de ce que furent les barbares qui affrontèrent les Romains pendant des siècles. L’énorme catalogue produit à cette occasion, auquel ont collaboré plus d’une centaine d’universitaires, confirmait cette impression. Il m’est apparu clairement qu’on pouvait parler d’une culture barbare commune à tous ces peuples, et j’ai alors commencé à réunir les pièces de ce grand puzzle.

Pouvez-vous brosser à grands traits ce qui caractérise ainsi le « barbare » et ce qui le distingue du « civilisé » ? 
Les barbares d’autrefois étaient égaux et solidaires, enclins par nature à la violence, toujours prêts à faire la guerre. Les femmes barbares bénéficiaient des mêmes droits que les hommes, et participaient aux combats à la manière des célèbres amazones. Ils n’avaient pas de rois ni de reines, mais des chefs élus par les assemblées populaires qui les menaient à la guerre. L’arme toujours à la main, privés de toute liberté individuelle, sans écriture, ils rêvaient de s’approprier par la force les richesses et les bienfaits des civilisations avancées qui leur étaient contemporaines. Celles-ci formaient des sociétés opulentes mais inégalitaires, où les plus nobles citoyens, les seuls bénéficiant d’une certaine liberté, avaient en partage une culture élevée et raffinée, mais aussi misogyne et esclavagiste. Cette élite bénéficiait des arts et maîtrisait le savoir et l’écriture. La société chinoise classique en est la meilleure illustration. Les barbares d’autrefois rêvaient de devenir des civilisés : ceux qui n’y sont pas parvenu ont disparu.

Vous insistez sur la vision communautaire du barbare, permettez-moi une remarque : c’est aujourd’hui l’individualisme libertaire qui triomphe (y compris finalement chez les islamistes qui quittent leur communauté naturelle pour rejoindre une communauté fantasmée) : notre société ne meure-t-elle pas de la disparition de la communauté ?
La communauté n’a pas disparu, elle a changé d’échelle et d’horizon. Le triomphe de l’individualisme, annoncé dans les années 80, est un leurre. L’homme est un être de relations, non une monade close sur elle-même, Tocqueville l’avait déjà observé en son temps. Les individus aussitôt libérés du joug des grandes institutions (l’État, la nation, les églises, etc.) se sont empressés de former d’autres communautés, plus soudées, plus identitaires, plus restreintes, plus coercitives. Les moyens modernes de communication renforcent le communautarisme de ces groupes. Nos sociétés occidentales aux cultures métissées sont en proie à une collection de communautés opposées, constituées en forces de lobbying, comme par exemple la LICRA ou la LGBT. La disparition du bien commun, des valeurs communes, d’un récit fondateur partagé, a conduit à un morcellement social où s’affrontent des tendances contradictoires mondialisées qui n’ont plus de lien entre elles. Nos sociétés occidentales souffrent de l’effacement des communautés nationales qui pourraient contenir et transcender ces différences communautaristes transnationales.

Votre livre désigne les djihadistes comme les nouveaux barbares, vous ne remontez cependant pas jusqu’aux racines idéologiques que sont le Coran et les hadiths, pourquoi ?
L’étude des sources du djihadisme pourrait à elle seule faire l’objet d’un autre livre tant le sujet est vaste et complexe. S’il y a bien une idéologie dans l’islam, elle ne réside pas dans ses textes fondateurs, mais dans l’interprétation qui en est faite à travers le salafisme. La notion de djihad est elle-même protéiforme et a connu de multiples dérives, du combat intérieur des mystiques à la guerre contre le colonialisme en passant par les assassinats commis par les Ismaéliens. Puisque j’ai pu définir avec précision ce qu’est une culture barbare, il est aisé de montrer que ceci s’applique parfaitement aux différents mouvements djihadistes, qu’ils soient ou non soutenus par les puissances occidentales. La primauté de la violence et de la guerre, la conformité de tous les membres à une unique identité, la forte coercition à l’intérieur du clan, sont autant de signes qui attestent du choix délibéré de la barbarie chez les djihadistes, sous couvert de l’islam salafiste.

« Plus nous laissons la barbarie s’installer en nous, plus les barbares de l’extérieur peuvent triompher », ai-je bien résumé l’idée principale de votre ouvrage ?
Nous le savons depuis Cicéron : nous sommes tous tentés par la barbarie intérieure. C’est une pente facile, sur laquelle nous glissons aisément, individuellement et collectivement. Cette barbarie est à l’œuvre dans nos sociétés avancées, dans le rejet de la spiritualité et le mépris des religions, dans la justification de la prostitution, dans la légalisation de ce nouvel esclavage qu’est la gestation pour autrui, dans l’euthanasie active, etc. La raison a autrefois justifié les pires infamies : le génocide arménien, le nazisme, le stalinisme, le bombardement des cités allemandes et japonaises, etc. Elle justifie aujourd’hui notre propre barbarie : il nous faut entrer en résistance, et dénoncer ce mal qui ronge nos sociétés de l’intérieur, et qui inspire profondément le djihadisme. Il faut éradiquer les djihadistes comme le médecin apaise la fièvre d’un malade, mais nous devons aussi attaquer la source du mal.

C’est ici que les catholiques ont un rôle à jouer ?
Les catholiques sont les premiers à avoir renoncé à la violence et à la barbarie, et à faire le choix inconditionnel de l’amour et de la paix. Ils sont respectueux de la personne humaine, et ils rejettent toute discrimination raciale, sexuelle, religieuse. Leurs œuvres charitables apportent l’espérance et la lumière dans le monde entier. De plus, par sa dimension mondialisée et la puissance de sa spiritualité, l’Église catholique constitue une véritable force de résistance à la barbarie. Le pape François, à la suite de Jean-Paul II et de Benoît XVI, incarne pleinement cette résistance en appelant sans cesse le monde à d’avantage d’amour et de partage.

Propos recueillis par Thomas Renaud

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