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L’intégration des divorcés-remariés selon le cœur du pape François

© Kathrin Ziegler / Getty
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Un décryptage d'Amoris laetitia a recueilli l'approbation explicite du Saint-Père.

« Je vous félicite pour le travail que vous avez accompli… Le texte est très bon et explicite parfaitement le sens du chapitre VIII d’Amoris laetitia. Il n’y a pas d’autre interprétation. Et je suis sûr que cela fera beaucoup de bien ». C’est bien la première fois que le pape François, en écrivant cette lettre aux évêques de la région de Buenos Aires, écrit noir sur blanc qu’il est satisfait de l’interprétation qui est donnée à l’exhortation post-synodale sur la famille, parue en avril dernier.

Le chapitre qui fait débat

Ce huitième chapitre d’Amoris laetitia, publié à l’issue des deux synodes des évêques sur la famille (2014-2015), fut certainement le plus débattu des neuf chapitres proposés dans ce long document. Il donne des indications sur l’intégration des familles « blessées », en situation « irrégulière », invitant à un parcours de discernement qui, selon chaque histoire personnelle et sans entrer dans la casuistique ou la nécessité de définir d’autres règles, peut aller jusqu’à la réadmission aux sacrements. Le document, on le sait, a connu différentes lectures. Certains s’empressant de dire que rien n’avait changé par rapport à la disciple précédente.

Le Pape avait déjà répondu verbalement à cette question, lors de ses échanges avec la presse, à bord de l’avion le ramenant de l’ile de Lesbos, en avril dernier. On lui avait demandé s’il y avait de nouvelles possibilités concrètes pour avoir accès aux sacrements, qui n’existaient pas avant la publication d’Amoris laetitia.  « Je pourrais dire ‘OUI’, et c’est tout », avait répondu François, mais « ça serait donner une réponse un peu trop courte, alors je vous conseille de lire la présentation qu’en a fait le cardinal Schönborn, qui est un grand théologien », avait-il ajouté.

L’interprétation des évêques

Le document des évêques de la région de Buenos Aires a été envoyé au clergé local, début septembre. Il se présente sous forme de lettre, fournissant aux prêtres un certain nombre de critères à appliquer en ce qui concerne notamment l’admission à la communion eucharistique de certains divorcés remariés. Tout d’abord, ils leur demandent d’éviter de « parler d’autorisation » pour l’accès aux sacrements, mais plutôt de « processus de discernement » sous la conduite d’un pasteur. Tel accompagnement pastoral devra par ailleurs « mettre l’accent sur l’annonce fondamentale, le kérygme, qui stimule ou renouvelle une rencontre personnelle avec le Christ », expliquent les évêques. Et pour cela, le prêtre est invité à montrer « le visage maternel de l’Eglise », en acceptant la « correcte intention du pénitent » et ses « bonnes intentions à conduire toute sa vie entière à la lumière de l’Evangile et à pratiquer la charité ».

Ce cheminement, précisent les évêques, « ne conduit pas forcément aux sacrements, mais peut ouvrir d’autres formes d’intégration comme : être plus présent au sein de la communauté, participer à des groupes de prière ou de réflexion, ou rendre divers services au sein de la paroisse ».

Puis les évêques expliquent: « Quand les circonstances concrètes d’un couple le permettent », par exemple quand les deux sont chrétiens et engagés dans un même cheminement de foi, on peut leur proposer « l’effort de vivre dans la continence », en leur laissant « la possibilité d’avoir accès au sacrement de réconciliation, en cas de défaillance « . Une possibilité déjà présente dans les enseignements de Jean Paul II.

Dans le cas « d’autres circonstances plus complexes, et l’impossibilité d’obtenir une déclaration de nullité, l’option mentionnée (la continence) peut ne pas être appliquée dans les faits. Mais entreprendre un chemin de discernement reste possible. Si l’on arrive à reconnaître que, dans un cas concret, il y a des limitations qui atténuent la responsabilité et la culpabilité – par exemple lorsqu’une personne estime qu’elle tomberait dans une nouvelle faute en nuisant aux enfants de la nouvelle union – Amoris laetitia ouvre la possibilité d’avoir accès aux sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie ». Permettant ainsi à la personne de progresser dans son parcours, de continuer à mûrir et grandir, poussée par la force de la grâce.

Le discernement avant tout

Petite mise en garde tout de même : « Eviter de voir cette possibilité comme un accès sans restriction aux sacrements, ou comme si n’importe quelle situation le justifiait « , soulignent les évêques de la région de Buenos Aires. Ce qui est proposé est « un discernement qui fait la juste distinction au cas par cas. Par exemple, une nouvelle union qui arrive d’un divorce récent ou la situation de quelqu’un qui a failli à ses engagements familiaux plusieurs fois, demande une attention spéciale. Ou quand il y a une sorte d’apologie ou d’ostentation de sa propre situation comme faisant partie d’un idéal chrétien ». Les évêques insistent : Il faut toujours conduire les personnes à « mettre leur conscience devant Dieu », surtout par rapport au comportement qu’elles ont vis-à-vis de leurs enfants ou envers le conjoint ou la conjointe abandonné(e). Car, estiment-ils, « quand il y a des injustices non résolues, l’accès aux sacrements est particulièrement scandaleux ».

Et une discrétion opportune

Enfin, les évêques reconnaissent l’opportunité d’un « éventuel accès aux sacrements réalisé dans la discrétion, surtout quand des situations conflictuelles sont à prévoir « . Mais sans pour autant « abandonner l’accompagnement de la communauté afin que celle-ci grandisse dans un esprit de compréhension et d’accueil ».

Satisfaction du Pape

Et le 5 septembre la réponse du Pape, qui se félicite du travail accompli par les évêques. « Un véritable exemple d’accompagnement des prêtres « , a-t-il estimé, convaincu que les explications de ses anciens confrères « feront beaucoup de bien ». A propos de ce « cheminement d’accompagnement, d’accueil, de discernement et d’intégration », il déclare enfin:  « Nous savons que cela est astreignant, car il s’agit d’un corps à corps pastoral face auquel les médiations programmatiques, organisationnelles ou légales, ne suffisent pas, même si celles-ci peuvent se révéler nécessaires ».

Article traduit de l’italien par Isabelle Cousturié

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