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Interview exclusive avec « l’avocat » de Mère Teresa

Mère Teresa (1910-1997), religieuse albanaise et fondatrice des Missionnaires de la Charité, à un hospice à Calcutta (Inde) en 1969. © Terry Fincher/Gettyimages
Mère Teresa (1910-1997), religieuse albanaise et fondatrice des Missionnaires de la Charité, à un hospice à Calcutta (Inde) en 1969. © Terry Fincher/Gettyimages
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Aleteia a rencontré le père Brian Kolodiejchuk, postulateur de la cause de canonisation de la future sainte.

Dans un livre rassemblant les lettres de Mère Teresa de Calcutta, le père Brian Kolodiejchuk cite le pape François et explique le sens profond du mot « miséricorde ». Dans l’introduction de A Call to Mercy: Hearts to Love, Hands to Serve [« Un appel à la Miséricorde : nos cœurs pour aimer, nos mains pour servir », qui n’a pas encore été traduit en français, NDLR], le prêtre écrit :

« Le pape François nous rappelle le sens étymologique du mot latin miséricorde : “Miseris cor dare, ‘donner le cœur aux indigents’, ceux dans le besoin, ceux qui souffrent. C’est ce que Jésus a fait : Il a ouvert Son cœur à l’indigence de l’homme”.

C’est peut-être la meilleure description possible de la religieuse qui sera canonisée ce dimanche 4 septembre : celle qui a donné son cœur aux indigents et aux misérables. Originaire de la partie la plus misérable d’une ville d’Inde, Mère Teresa a passé toute sa vie d’adulte à répondre aux besoins des « plus pauvres des pauvres » du monde.

A Call to Mercy paraît à la veille de la canonisation de Mère Teresa, cause pour laquelle le père Kolodiejchuk a postulé il y a dix-sept ans et qu’il a coordonnée depuis. Le prêtre canadien est également le père supérieur des Pères Missionnaires de la Charité, groupe que Mère Teresa a créé en plus des Sœurs Missionnaires de la Charité. Il était très lié à Mère Teresa, de 1977 jusqu’à sa mort en 1997. Son livre rassemble les lettres de la religieuse ainsi que les témoignages de ses proches.

Lundi dernier, le père Kolodiejchuk a discuté avec Aleteia.

Aleteia : En éditant ce livre, avez-vous découvert quelque chose de nouveau ou de surprenant à propos de Mère Teresa ?
Père Brian Kolodiejchuk : Nous avons parcouru ses lettres, et c’était bon de se rappeler toutes les belles choses qu’elle a faites. Et elle en a fait beaucoup en 87 ans.

Certains de ces exemples sont assez extraordinaires. Par exemple, lors d’un conflit entre les hindous et les musulmans, elle va à l’aéroport et rencontre un groupe qui se bat. La plupart des gens diraient « Je m’en vais parce que c’est dangereux », mais elle s’arrête et essaye de les réconcilier en disant : « Ne réalisez-vous pas que vous êtes frères ? Arrêtez de vous battre ». C’est un courage plutôt extraordinaire.

Mais la plupart de ces exemples, pris individuellement, sont des actions que n’importe qui pourrait accomplir : ce sont de petites attentions ordinaires, comme visiter un hôpital, un patient, ou prendre un bébé dans ses bras. Ce sont toutes sortes de choses différentes que nous pouvons faire. Mère Teresa disait : « Calcutta est partout ». Nous n’avons pas nécessairement à aller jusqu’à Calcutta pour rencontrer des pauvres. Ils sont tout autour de nous, dans notre quartier, dans notre paroisse, dans notre communauté, même dans notre famille. Qui a besoin de ce petit sourire ou de ce petit geste d’amour, sentir une fleur, lire le journal au bord d’une rivière, rendre visite à une personne seule ? En faisant attention, en cherchant ces occasions, elles sont tout autour de nous, nous dirait-elle.

Et quand vous parlez « des pauvres », pour elle cela n’inclut pas seulement les gens matériellement pauvres, mais aussi ceux spirituellement et émotionnellement pauvres, ceux qui manquent d’amour, c’est bien cela ?
Quand elle parle ainsi oui, c’est au sens le plus large.

Mère Teresa sera déclarée sainte seulement dix-neuf ans après sa mort. Êtes-vous surpris que le processus de canonisation ait pris si peu de temps ?
C’est intéressant parce que depuis qu’elle a été béatifiée, les gens n’ont pas cessé de me demander : « Qu’est ce qui prend autant de temps ? ». Je répondais à chaque fois : « Quand l’Église pensera que c’est le bon moment, il y aura un miracle et une canonisation ». Et, sans surprise, le miracle s’est produit en 2008, mais je ne l’ai appris qu’en septembre 2013, et cela a mené à son approbation l’an dernier. Le bon moment, pour l’Église, est donc l’année du jubilé de la Miséricorde.

Comment était-ce d’être impliqué dans cette cause ?
Cela a certainement changé ma vie. J’aurais fait d’autres choses au cours de ces dix-sept dernières années. C’était l’occasion d’en savoir plus sur Mère Teresa. Après que la positio a été achevée [document examinant la manière dont Mère Teresa a mené sa vie chrétienne], et particulièrement le premier volume, qui explique son respect des valeurs chrétiennes et sa réputation de sainteté, je me rappelle avoir pensé : « En fait, je connais mieux Mère Teresa maintenant que quand elle était en vie ». Parce que j’ai ma propre expérience et les autres ont la leur. Mais tous les éléments combinés forment quelque chose d’impressionnant.

Vous la connaissiez bien. Comment votre relation vous a-t-elle affecté en tant que disciple du Christ ?
Au début de ce processus [de canonisation], j’ai pensé : « Comment est-ce que cela va se passer ? Comment vais-je pouvoir faire cela ? C’est une tâche énorme. Quelle grande responsabilité ! ».

Mais une des choses [à laquelle j’ai pensé] était ce que Mère Teresa appelait « l’esprit de société », qui est « confiance aimante, abandon total », qui est en fait « la petite voie de l’enfance spirituelle » [attribuée à sainte Thérèse de Lisieux], parce que sainte Thérèse faisait preuve de « confiance et abandon ». Et Mère Teresa était pragmatique, elle a donc ajouté un troisième élément à la liste, qui est la joie (manière de montrer extérieurement à quel point vous vivez dans la confiance et l’abandon).

Ainsi, si j’avais pris du recul sur le processus, cela m’aurait effrayé : « Comment vais-je pouvoir faire cela ? Et si je faisais une erreur devant toute l’Église ? ». Mais j’ai ensuite pensé : « Juste un pas à la fois, dans la confiance et l’abandon, Dieu prendra soin de cela, Notre Dame est là, et Mère Teresa intercède pour nous : allons-y ».

C’est ainsi que nous en sommes arrivés là.

À la fin de sa vie, Mère Teresa était déjà célèbre. Pensez-vous qu’elle voulait cela ? Comment le vivait-elle ?
C’est l’une de ses plus grandes souffrances d’être dans les médias, les discours, les photos… Vous avez sans doute entendu parler du pacte qu’elle a fait avec Jésus : « Pour chaque photo, une âme hors du purgatoire ». C’était donc vraiment une croix à porter, et comme elle a juré en 1942 de ne rien Lui refuser, de Lui donner tout qu’Il demandait, quelle que soit la difficulté, elle l’a acceptée pour que les pauvres soient plus connus.

En quoi sa vie peut nous aider en 2016, dans notre société si tourmentée ?
Sur un plan spirituel et non pragmatique, elle ne se prononcerait pas en matière de politique. Mais sur le plan des principes et des valeurs chrétiennes, elle dirait : « Mon frère, ma sœur », quelle que soit leur religion. Dans le film Mother Teresa des sœurs Petrie, il y a une scène durant la guerre du Liban, à Beyrouth, où elle entend parler d’enfants musulmans qui souffrent et qui meurent de faim : elle est allée les secourir. Les gens qui la conseillaient lui ont dit : « Non, vous ne pouvez pas y aller, c’est un conflit, des combats, c’est trop dangereux ». Elle a répondu : « Non nous devons y aller, nous devons faire quelque chose. Je vais prier Notre Dame pour un cessez-le-feu ».

La scène suivante montre le cessez-le-feu, le 15 août (fête de l’Assomption de Marie).

Elle y va, secourt ces enfants musulmans et prend soin d’eux. L’un d’entre eux est traumatisé, il tremble sans arrêt : une sœur le porte et le réconforte. Après cela, Mère Teresa parle au docteur, qui est juif. Vous avez donc un docteur juif aidant une religieuse catholique à soigner des enfants musulmans.

Ou quand elle a ouvert une maison en Afrique du Sud durant l’Apartheid. Elle a délibérément choisi une sœur blanche, une sœur noire, une sœur indienne, et une quatrième autre.

Pour elle, tout le monde était son frère ou sa sœur, tous plein de dignité. Nous sommes tous des enfants de Dieu. Et elle voyait la foi en chacun (chez le président, la reine, le roi, le premier ministre, le premier venu dans la rue ou à la soupe populaire, un mourant dans un hospice) : Jésus est partout.

C’était donc ses principes et sa vision de la foi, et c’est maintenant aux autres de se les approprier et d’en faire une politique de vie au quotidien.

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