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Le terrorisme islamiste : nihiliste ou musulman ?

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AFP

Gelsomino Del Guercio - publié le 30/08/16

Ces jeunes ignorent tout de l’islam mais tuent au nom d’Allah.

La fusillade du 1er juillet dernier à Dacca, au Bangladesh, fut rapidement et tragiquement dépassée dans l’horreur par l’attentat perpétré à Nice et renouvelé encore dans son implacable atrocité à Saint-Étienne-du-Rouvray. Mais cette tuerie de masse se singularise dans la série noire de ces dernières années en ce que les terroristes qui ont tiré, torturé et tué dans le restaurant Holey Artisan Bakery, étaient principalement des jeunes issus de familles riches. Ils avaient étudié dans les meilleures écoles. Ils étaient fils d’enseignants, de hauts fonctionnaires de l’État, de médecins, d’hommes politiques. Des jeunes riches, gâtés, habitués à vivre dans le luxe, dans le confort, et éduqués à l’occidentale nous apprend Intelligonews le 4 juillet.

Riches et occidentaux

Ces jeunes de 20 ans, responsables du massacre de Dacca, sont entrés dans le restaurant pour tuer précisément ces Occidentaux qui contribuaient, par leur travail, au développement du Bangladesh. Ils ont été tués sans pitié parce que coupables de ne pas connaître les versets du Coran.

Des jeunes qui passaient une partie de leurs journées sur les réseaux sociaux pour mûrir leurs idées religieuses, comme le montrent les photos de leurs profils Facebook, divulguées par les médias du monde entier. Le gouvernement du Bangladesh, condamnant ces actes, a donné le ton : « La radicalisation est désormais devenue une mode » (La Stampa, 3 juillet). Le propos n’est même pas prémonitoire, il traduit la banalité du mal qui assaille la terre entière.

Ils ne connaissent pas le Coran

Ces terroristes agissent en interprétant de manière erronée la foi religieuse. Comme l’écrit Tahar Ben Jelloundans un article paru dans le journal italien La Repubblica le 4 juillet, cette violence n’est jamais justifiée par le discours musulman. Au contraire, le Prophète, même quand il était attaqué, répétait sans cesse à ses soldats de ne pas commettre de crimes. Il interdisait aux femmes et aux adolescents de participer à la guerre.

Il disait également aux soldats en guerre, qu’il ne fallait ni détruire les maisons, ni tuer les femmes et les enfants, ni déranger les religieux recueillis dans la prière. Sa sagesse et sa philosophie sont aujourd’hui ignorées par les djihadistes.

Donc, si ce n’est pas l’islam « authentique », pratiqué et enseigné par des hommes sages, qui pousse les djihadistes à perpétrer ces massacres, qu’est ce qui libère et entretien leur instinct de mort contre l’Occident ?

Une question d’opportunité

La thèse du politologue spécialiste de l’islam Olivier Roy (Le Monde, le 27 septembre 2015) apporte une réponse intéressante. Roy entend y expliquer qui sont ces djihadistes qui ont provoqué la terreur en France et en Belgique. La collaboration qui s’instaure entre ces jeunes et Daesh est simplement une question d’opportunité, affirme le politologue. Hier, ces mêmes jeunes étaient avec Al-Qaïda, et avant cela ils étaient liés au GIA algérien, ou pratiquaient encore le nomadisme du djihad individuel entre l’Afghanistan, la Bosnie et la Tchétchénie. « Demain, ils se battront sous une autre bannière, à moins que la mort en action, l’âge ou la désillusion ne vident leurs rangs. »

« Islamisation de la radicalité »

Presque tous les djihadistes français, souligne Olivier Roy, appartiennent à deux catégories : les français de « deuxième génération », nés en France ou arrivés quand ils étaient enfants ; et les convertis « de souche », qui déjà en 1990 constituaient 25 pour cent des radicaux. Leur proportion ne cesse d’augmenter avec le temps. Cela signifie qu’il n’y a pas de radicaux de « première génération », ni de « troisième génération ».

Ce n’est pas en effet la révolte de l’islam ou des musulmans, mais c’est un problème qui touche deux catégories de jeunes. Ce n’est pas la radicalisation de l’islam, mais c’est l’islamisation de la radicalité. C’est en tout cas la thèse de cet expert en questions politiques et orientales. Avant tout, il s’agit d’une révolte générationnelle. Les deux catégories ont rompu avec leurs parents, ainsi que tout ce qu’ils représentent en termes de culture et de religion.

La dérive salafiste

Les français de « deuxième génération » n’adhèrent pas à l’islam de leurs parents, et ils les considèrent comme « des perdants » (www.spiked-online.com 4 juillet). Ils sont occidentalisés et parlent couramment le français, observe Olivier Roy. Ils ont partagé la culture « jeune » de leur génération. Ils ont bu de l’alcool fumé du cannabis, dragué des filles. Beaucoup d’entre eux sont allés en prison, au moins une fois. Puis un jour, ils se sont convertis en choisissant l’islam salafiste, à savoir « un islam qui rejette le concept de culture, un islam de la norme (de la règle, de la loi, Ndlr) qui leur permet de se reconstruire tous seuls ».

En effet, ils ne veulent ni de la culture de leurs parents, ni de la culture « occidentale », qui est désormais le symbole de leur haine envers eux-mêmes.

Une religion mal transmise

La clé de la révolte est l’absence de transmission d’une religion insérée culturellement. Cet individualisme forcené se retrouve dans leur isolement par rapport aux communautés musulmanes. Peu d’entre eux fréquentaient une mosquée, et leurs imams sont souvent autoproclamés. Donc, ce ne sont pas les interprètes d’un islam authentique.

Liens entre la France et le Bangladesh

Dans l’analyse d’Olivier Roy, on entrevoit un dénominateur commun entre les actions des terroristes français et celles du Bangladesh : le nihilisme de la jeunesse. C’est la clé d’interprétation du politologue, pour expliquer le djihadisme. Alors que l’idéologie salafiste-djihadiste n’est qu’un élément accidentel qui se superpose à une radicalisation préexistante, c’est selon lui l’unique idéologie que l’on trouve encore « sur le marché ».

La thèse de Gilles Kepel

Selon un autre politologue français, Gilles Kepel, au moins sur le front français, le facteur principal reste cependant l’idéologie. Alors que le nihilisme et le malaise juvénile sont le terreau sur lequel s’implante la mauvaise herbe djihadiste. Ce sont deux points de vue opposés, mais non nécessairement contradictoires. (www.oasiscenter.eu, 27 avril 2016 )

La thèse de Gilles Kepel, exposée dans son livre Terreur dans l’Hexagone, est que la montée du terrorisme coïncide avec l’apparition simultanée de la troisième génération de l’islam en France, et qu’il définit comme la « troisième vague djihadiste ».

Trois événements décisifs

Pour comprendre l’interaction de ces deux phénomènes, il faut remonter à 2005, l’année « charnière » où se succèdent trois événements décisifs : les émeutes dans les banlieues, qui ont marqué « l’irruption de la génération sortie de l’immigration postcoloniale, comme acteur politique central » ; la publication en ligne de « L’appel à la résistance islamique mondiale », un texte du théoricien djihadiste Abou Moussab al-Souri qui « théorise le terrorisme sur le sol européen comme véhicule principal de la lutte contre l’Occident, et identifie la jeunesse « mal intégrée » comme son instrument privilégié ; la naissance de YouTube et du Web 2.0, utilisés par les djihadistes comme de nouvelles formes de communication et de recrutement.

Pendant quelques années, les effets de la convergence de ces trois facteurs – les problèmes d’intégration de la jeunesse musulmane, le changement idéologique et les nouvelles technologies numériques – ont demeuré à l’état latent jusqu’en mars 2012, quand un jeune français-algérien, Mohamed Merah, tue trois militaires français, un enseignant et trois enfants, devant une école juive de Toulouse. Selon Kepel, ce qui à l’époque ne semble être qu’un épisode isolé est en fait le prélude de la vague djihadiste à venir.

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