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« Colone Calais » : le film à l’écoute des entrailles de la terre

Violaine Plagnol - Publié le 27/08/16

Rencontre avec sa réalisatrice, Céline Pierre.

Sur les traces de Sophocle, le documentaire Colone Calais, sélectionné au Festival International du Film Nancy-Lorraine, questionne l’accueil de l’étranger comme fondement de la démocratie, de la Grèce antique à nos jours. Rencontre avec sa réalisatrice Céline Pierre.

Aleteia : Pour réaliser ce documentaire, pourquoi êtes-vous partis en camionnette jusqu’à Colone, en Grèce ?
Céline Pierre :
Au sein d’un collectif qui réunit notamment un metteur en scène, une chorégraphe, une musicienne, une comédienne, nous travaillions depuis trois ans sur la pièce de théâtre de Sophocle : Œdipe à Colone. À partir du texte antique, nous souhaitions aller à Colone, partir vers la Grèce d’aujourd’hui.

Sophocle interroge les fondements de la démocratie. Avec la crise économique et sociale que traverse la Grèce, il était important pour nous de nous rendre à Athènes pour y rencontrer la réalité actuelle. Nous voulions aussi éprouver la force du lieu. Dans la pièce, Œdipe a été englouti dans la gloire des enfers à Colone. La démarche de notre travail ressemble à celle de Sophocle qui, avant d’écrire sa pièce, avait posé l’oreille sur la terre pour y chercher la sépulture d’Œdipe. Nous sommes, comme lui, partis à l’écoute des entrailles de la terre.

Céline Pierre
Céline Pierre

Et qu’avez-vous découvert en Grèce ?
Nous partions en pensant à la crise grecque, aux fondements de la démocratie, à l’accueil de l’étranger. Mais une fois là-bas, la question de l’accueil du migrant nous a rattrapés au-delà de ce que nous avions imaginé. Nous avons d’abord rencontré Œdipe à travers Jonathan, un jeune congolais croisé dans la rue. Nous avons pris la mesure des terribles conditions de vie, des humiliations, des risques, de ces vies brisées, laminées par l’emprisonnement… Puis plus tard, c’était saisissant de voir tous ces jeunes sur un quai d’embarquement. Nous pensions à la Grèce classique, à l’idéal des jeunes gens chez Platon. Aujourd’hui, ils sont l’avenir captif de l’Europe. Nous allions à tâtons vers la Grèce de Sophocle et nous avons été stupéfiés par la Grèce d’aujourd’hui.

Par mon travail d’artiste, je ne vais pas chercher une information. J’essaye d’aller tout simplement. Parfois, on se trouve face à des situations belles et étranges. Je les filme, je sais qu’ils sont en détresse mais c’est vrai, c’est vivant. Je sais aussi qu’il y a quelque chose de scandaleux dans cette beauté.

Comment s’est passé votre retour en France ?
La nécessité d’aller à Calais s’est imposée. Pas besoin d’aller loin, ni dans le temps ni dans l’espace, cette réalité est là tout près de nous. C’est la troisième partie du film. Après une première partie à la frontière albanaise (sur les traces du réalisateur grec Teo Angelopoulos) et une seconde partie en Grèce, le film se termine à Calais. La population migrante m’a semblée plus mélangée à Calais mais dès que je croisais un jeune, je me disais : « Il est là… Il était là-bas ! »

L’expérience de Calais est une expérience très forte. Ce n’est pas seulement un sujet d’actualité. La réalité y est très complexe. Il y a plus de vie dans une cabane et un petit commerce que dans un camp fermé. Et à Calais aussi, ne cessait de résonner cette phrase de Sophocle : Œdipe, qui lui donnera l’asile aujourd’hui ? Athènes se fonde, sur Œdipe, ce paria, lui l’étranger, le banni, qui devient le protecteur de la cité.

Propos recueillis par Violaine Plagnol. 

La 22ème édition du Festival International du Film de Nancy-Lorraine se déroule du 26 août au 4 septembre. Le documentaire Colone Calais sera diffusé le 29 août à 16h à l’Institut Goethe de Nancy.

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