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Zizanie sur le burkini : le Conseil d’État siffle la fin de la partie

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L’invalidation d’un arrêté anti-burkini par le Conseil d’État effacera-t-elle les divisions autour de cette tenue de plage islamique ? Politiques, féministes, journalistes se sont empoignés dans chaque camp.

Appelé à se prononcer sur la légalité de l’arrêté pris par le maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) pour interdire le burkini sur la plage, le Conseil d’État a suspendu cet arrêté, vendredi 26 août, « estimant que le port de cette tenue pour le bain ne provoque pas de troubles à l’ordre public » rapporte Le Parisien. « Dans cette décision de dernier recours, qui fera autorité pour toutes les juridictions administratives de France, le Conseil d’Etat rappelle à tous les maires qui ont invoqué le principe de laïcité qu’ils ne peuvent se fonder sur “d’autres considérations” que l’ordre public, “le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence” pour interdire l’accès aux plages » souligne La Croix.

« Une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales »

« La plus haute juridiction administrative avait été saisie en urgence par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), pour qui ce type d’arrêté, pris dans plusieurs dizaines de villes balnéaires depuis fin juillet, est “liberticide”. Les maires à l’origine de ces arrêtés invoquaient des risques de troubles à l’ordre public » rappelle Le Figaro. « Le burkini s’inscrit dans un débat récurrent en France sur la place de l’islam, émaillé de polémiques et de lois, relève Le Huffington Post. Le pays a été le premier en Europe à interdire, en 2010, le voile intégral dans tout l’espace public. Le foulard islamique avait auparavant, en 2004, été banni dans les écoles, collèges et lycées publics. »

L’avis du Conseil d’État fera jurisprudence, explique Le Monde : « La décision du Conseil d’État concernant l’arrêté de Villeneuve-Loubet se veut un arrêt de principe. Il permet d’affirmer que, en cas de recours, les autres arrêtés seront eux aussi cassés par la plus haute juridiction administrative française. L’ordonnance du Conseil d’État précise que “l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle” ».

Outre Villeneuve-Loubet, où le burkini est donc de nouveau autorisé, une trentaine de communes sont potentiellement concernées. Cette décision « sera regardée avec intérêt au niveau international, où la polémique française sur ces tenues de bain islamiques, couvrant le corps des cheveux aux chevilles, est suivie avec une certaine consternation », constate Le Point. Deux vidéos montrant des femmes voilées verbalisées ou prises à partie par la police à Nice ont suscité beaucoup d’émotion, en particulier aux États-Unis où on y voit une atteinte à la liberté religieuse, rapporte BFMTV. En Grande-Bretagne aussi, on a du mal à comprendre…

L’auteur de Harry Potter contre Nicolas Sarkozy

Invité mercredi soir, 24 août, du 20h de TF1, Nicolas Sarkozy avait notamment donné son avis sur la polémique du moment : « Porter un burkini est un acte politique, militant, une provocation », avait lancé l’ex-chef de l’État, candidat à la primaire chez Les Républicains. « Si nous n’y mettons pas un terme, le risque c’est que dans dix ans, les jeunes filles de confession musulmane qui ne porteront pas le voile ou le burkini seront montrées du doigt et seront sous la pression quotidienne de l’entourage ». « Une prise de position largement commentée par la classe politique, les internautes, de France et d’ailleurs puisque J.K. Rowling, l’illustre créatrice de la saga Harry Potter, s’est fendue d’un tweet assassin » relève Metro News : « Sarkozy qualifie donc le burkini de “provocation”. Que les femmes se couvrent ou se découvrent, c’est comme si à chaque fois elles l’avaient bien cherché ».

Najat Vallaud-Belkacem contre Manuel Valls

Le sujet est particulièrement clivant au sein du gouvernement. Les divergences gouvernementales sur le burkini  se sont manifestées avec éclat au matin du 25 août avec l’opposition frontale sur deux radios concurrentes de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, et du Premier ministre Manuel Valls :

« La prolifération des arrêtés anti-burkini, je pense qu’elle n’est pas la bienvenue », avait déclaré sur Europe1 Najat Vallaud-Belkacem, en soulignant que ces interdictions posent « la question de nos libertés individuelles. (…) Jusqu’où va-t-on pour vérifier qu’une tenue est conforme aux bonnes mœurs? Cela libère la parole raciste et on l’a remarqué dans la verbalisation, dans les incidents ».

Quelques minutes plus tard, Manuel Valls lui répondait sur RMC/BFMTV : « Ces arrêtés ne sont pas une dérive. Je ne suis pas d’accord avec elle ou c’est elle qui n’est pas d’accord avec moi ». Pour le Premier ministre, pas question de racisme de la part des maires : « C’est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l’ordre public », a-t-il déclaré en réaffirmant que « le burkini, c’est l’asservissement de la femme ».

Le burkini divise aussi les féministes

Le burkini fait aussi du rififi chez les féministes, constate Eugénie Bastié dans Le Figaro. Alors qu’il avait été conçu, au dire de sa créatrice australienne, Aheda Zanetti, « pour donner davantage de liberté aux femmes, pas leur en retirer » (mais Laurent Gayard démonte cette « jolie fable » dans Causeur), ce maillot de bain islamique divise profondément le camp féministe « entre celles qui estiment que ce vêtement est une régression pour les femmes et celles qui pensent que les femmes ont le droit de s’habiller comme elles le veulent ». Ainsi Osez le féminisme « constate que dans ces mesures [NDLR: les arrêtés d’interdiction], les femmes de confession musulmane sont les grandes perdantes, victimes d’actes d’humiliation, sur fond de racisme et de sexisme, depuis plusieurs jours sur les plages françaises » tandis que pour Yael Mellul, présidente de l’association Femme et libre, « le burkini est le reflet d’une idéologie obscurantiste, ce n’est pas un bermuda ou une tenue de plongée, ce n’est pas un habit comme un autre : c’est un habit qui stigmatise la femme en tant qu’objet sexuel. Je ne comprends pas que les féministes ne s’insurgent pas contre ce vêtement qui est là pour cacher les femmes ».

Plutôt que se crêper le chignon sur le burkini, les féministes devraient s’inquiéter de la rétrogradation de la France dans le classement international de la parité au Parlement : « La nouvelle édition du guide de la parité du HCE [Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes] montre que la France, avec 26,2% de femmes élues à l’Assemblée nationale, se classe 60e au classement international établi par l’Union interparlementaire en juin 2016, sur 191 pays, alors qu’elle était 36e quatre ans plus tôt. Cette chute est due au fait que « les autres pays progressent plus vite que la France », explique le HCE dans un communiqué, exprimant ses inquiétudes « alors que se jouent déjà les investitures pour les élections législatives de 2017 » rapporte Europe 1. La France est notamment largement distancée par le Rwanda (1er avec 63,8% de femmes au Parlement), l’Espagne, l’Allemagne, le Portugal ou encore le Royaume-Uni mais aussi par Cuba (3e) et se classe… entre l’Irak et le Pérou.

Les signalements de radicalisation se multiplient

Plus redoutables que les burkinis, sept personnes « en lien avec des réseaux terroristes » ont été arrêtées par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) au mois d’août, dont “trois au moins avaient des projets constitués”, a déclaré Bernard Cazeneuve mardi 23 août » rapporte Paris Match. « Selon des chiffres rendus publics début août par le ministère de l’Intérieur, depuis début 2016, les services français avaient interpellé 165 personnes, dont 91 ont été mises en examen et 63 incarcérées ». Rien que dans les Bouches-du-Rhône,  « près de 800 individus ont fait l’objet d’un signalement de radicalisation en deux ans », indique le préfet de police du département Laurent Nunez dans les colonnes de La Provence. « En 2015, 16 personnes ont été interpellées en lien direct avec le terrorisme dans le département. En 2016, et à ce jour, nous en sommes déjà à 15 interpellations. » D’autre part, des armes ont été retrouvées chez un agent de sécurité de l’aéroport d’Orly qui « donnait depuis plusieurs mois des signes de radicalisation inquiétants » selon RTL.

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