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François Hollande reçu par le pape François : les colombes ne sont pas des pigeons

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La visite privée demandée au pape par le président de la République est une reconnaissance tardive du rôle institutionnel de l’Église dans la société française. Mais elle ne trompera personne.

Ses proches en conviennent : savoir ce que François Hollande a dans la tête et dans le cœur n’est donné… à personne. Dans quel dessein le président de la République a-t-il voulu rencontrer le pape François ce 17 août à 17h ? Quelle est la part de calcul politique et la part de reconnaissance (ce mot lui-même demandant à être décrypté) dans cette audience privée ? Faut-il s’en réjouir ou s’en défier ? Tentons de nous faire une opinion sur des bases factuelles.

« C’est toute la France qui est meurtrie »

Ce rendez-vous a été demandé par le président de la République à la suite de l’assassinat du père Jacques Hamel, le 26 juillet. Quelques heures après cet attentat, un communiqué de l’Élysée révélait que François Hollande avait téléphoné au pape pour lui faire part du « chagrin du peuple français après cet odieux assassinat », ajoutant que « lorsqu’un prêtre est attaqué, c’est toute la France qui est meurtrie ». Formuler un tel constat écorne le laïcisme épais dont le pouvoir socialiste a badigeonné ses interventions depuis plus de quatre ans. Le président, quoiqu’ancien élève des Lassaliens, les frères des Écoles chrétiennes, s’interdisait jusque-là toute allusion à Dieu, au christianisme et à la foi catholique. Pourquoi donc la France serait-elle particulièrement meurtrie par la sauvage agression d’un prêtre dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, plus que par celle d’une des nombreuses victimes du terrorisme islamique ? On aimerait que le président nous l’explique (mais bien sûr, il se gardera de sortir d’une équivoque qu’il affectionne et qui lui sert de paratonnerre sur sa gauche).

Le pragmatisme, à un tel degré d’impopularité…

La façon dont le pape et les évêques français ont réagi à l’égorgement d’un prêtre devant l’autel où il célébrait la messe, aurait vivement impressionné le chef de l’État, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur. Redoutant à juste titre que les terroristes ne parviennent à leur fin en allumant une guerre civile, François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ont voulu montrer leur reconnaissance à une hiérarchie catholique unanime à ne pas jeter de l’huile sur le feu et sachant se faire entendre par les fidèles. Ce en quoi les uns et les autres n’ont fait qu’obéir au Christ qui commande non seulement de pardonner les offenses, mais de prier pour les ennemis et les persécuteurs.

La surprise de l’exécutif devant cette réaction montre que le logiciel gouvernemental n’avait pas intégré cette dimension mystique qui nourrit sans interruption l’héroïsme des martyrs depuis deux millénaires. Persuadé que l’Église est une institution du passé, en voie d’extinction, et affichant un agnosticisme militant au point de refuser d’entrer dans une église jusqu’à la cérémonie de Notre-Dame après la tragédie de Saint-Étienne-du-Rouvray, François Hollande a su faire preuve de pragmatisme. Mais il est tombé à un tel degré d’impopularité, qu’on ne voit pas quelle manœuvre, aussi habile soit-elle, le sauverait du naufrage…

« Prudents comme les serpents et candides comme les colombes »

« Il faut être volontairement poire », aimait à dire le père Finet, fondateur des Foyers de charité avec Marthe Robin. Les catholiques ont ordre d’être « bonnes poires », mais « volontairement », c’est-à-dire en toute lucidité : « Soyez donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes » ordonne Jésus à ses disciples (Mt 10, 16). Soyons donc des colombes, mais pas des pigeons !

Sur cette ligne de crête, les jésuites, tout particulièrement, ne craignent pas de s’aventurer. François Hollande n’aura pu abuser le pape François au cours de cette rencontre qui survient après la loi sur le prétendu « mariage pour tous », l’affirmation du « droit » à l’avortement, les « avancées » sur l’euthanasie, les concessions à la GPA, et deux ans de conflit entre le Vatican et Paris sur la nomination de l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège (dans cette affaire, l’Élysée a été contraint de plier en proposant un autre ambassadeur).

« Pour les Laïcs, la Famille et la Vie »

Selon l’Élysée, la rencontre de ce mercredi était marquée par le « resserrement des liens » alors que « sur les crises écologique ou migratoire comme sur le terrorisme, les positions se rejoignent ». Mais la création par le pape d’un nouveau dicastère « pour les Laïcs, la Famille et la Vie » dont le préfet, Mgr Kevin Farrell, a été nommé le jour même de cette rencontre, vient opportunément rappeler que pour l’Église catholique aucun compromis n’est envisageable s’agissant de ces fondamentaux que sont le respect de la vie, l’identité de l’homme et de la femme, le mariage et la famille. Ce qui n’interdit nullement, mais invite au contraire à prier ardemment pour le président de la République !