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« Soyons Français, et soyons aussi des catholiques »

Mgr Pascal Wintzer - Publié le 15/08/16

À la demande de la Conférence des évêques, nous avons prié aujourd’hui pour notre pays, la France.

Cette année, Mgr Pontier, président de la Conférence des évêques de France, a demandé à ce qu’en cette journée du 15 août, nous priions pour notre pays, pour la France.

C’est une pratique ancienne chez nous ; cette tradition passe par le vœu du roi Louis XIII, par la Première République et par le Premier Empire. Ceci peut paraître bien lointain, presque suranné, voire entaché de compromissions avec des pouvoirs politiques divers qui utilisaient la religion pour conforter leur autorité.

Une demande la Conférence des évêques

Cependant, la demande de cette année, à la différence de celles des siècles passés, est différente. Alors qu’hier c’était le pouvoir politique qui demandait à l’Église cette prière, en 2016, cette demande émane de la Conférence des évêques. En effet, depuis 1905, nous vivons sous un régime de séparation entre l’État et les religions. L’État garantit la liberté de culte, et les religions n’ont pas à s’immiscer dans les affaires publiques, tout simplement ce ne sont pas les évêques qui font les lois.

Pourtant, dès que je dis ces choses, je pense que vous percevez que je n’ai pas résolu toutes les questions. Nous vivons selon un régime de séparation, et c’est une très bonne chose, cependant, catholiques et citoyens, évêques et politiques, nous ne visons pas sur deux planètes différentes ; surtout, la foi nous conduit à être attentifs, engagés, pour le bien de la société et non pas à nous replier dans les églises ou sur un Aventin.

Aucune opposition entre l’attachement à son pays et à sa foi

Justement, la prière du 15 août, la prière pour la France, est une expression de cela, une expression de ce que l’attachement à son pays n’est pas étranger ni surtout opposé à un engagement religieux, opposé à la foi. Mais, et il y a encore un mais, il faut vivre cette prière également sous le régime de la séparation. En employant ce mot je ne désigne plus la loi de décembre 1905, mais la manière dont nous avons à vivre cette prière un peu particulière, comme toute prière. Il faut en effet toujours avoir conscience qu’il y a une séparation entre nous et le Seigneur, entre nos attentes et ce qu’il attend de nous, ce qu’il veut pour nous.

Si cela n’est pas respecté, la prière peut devenir une manière de faire pression sur Dieu. Prier devient alors semblable à la pratique des enfants avant Noël : ils dressent une liste de cadeaux, et les parents… ou le Père Noël ont intérêt à ne pas déroger à cette liste. Ne risquons pas de faire du Seigneur un Père Noël dont le seul travail serait de satisfaire point par point aux demandes que nous lui adressons. Combien de personnes n’ont-elles pas abandonné toute pratique religieuse parce que telle attente, telle demande, n’avait pas été satisfaite par Dieu ?

« Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux »

Bien entendu qu’il faut demander, qu’il faut attendre, qu’il faut désirer. Rien de pire que la résignation, que la fin de l’espérance. Cependant, la parole de Jésus, la prière de Jésus doit nous instruire quant à nos pratiques : « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ».

Attendre, demander, prier, sert avant tout à ouvrir notre cœur, à aiguiser notre espérance, et nous met en capacité de mieux accueillir ce que Dieu pourra nous donner. Car, oui, il donne, il répond, mais ce n’est pas à nous de déterminer sa réponse, il nous revient plutôt de lui être ouverts.

Prier pour son pays 

Prier pour la France, comme prier pour toute cause demande donc cette liberté intérieure, par rapport au Seigneur d’abord, mais aussi par rapport aux autres. Ce qui nous semble bien, désirable, peut ne pas l’être de la même manière pour les autres, même pour ceux qui nous sont les plus proches.

Ainsi, prier pour son pays, ce n’est pas la même chose que de prier pour un pays. Le lien que l’on a à un pays n’est pas le même lorsqu’on y est né, lorsque sa famille y vit depuis des siècles et des siècles, que lorsque l’on est né dans un autre pays et que l’on réside, par exemple en France, depuis dix ou vingt ans.

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