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Un antiterrorisme chrétien : le pape François, la violence et la religion

AFP PHOTO / POOL/ ALESSANDRO BIANCHI
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Le Saint-Père s’inscrit dans la droite ligne de la pensée et de la diplomatie catholique la plus récente, de Pie XII à Benoît XVI.

La racine du mal

Il faut donc faire deux lectures des propos du pape.

1/ Une lecture mystique du mal dans le monde. Le mal est partout, d’abord chez moi et en moi. D’où ces mots très durs : « Le terrorisme, c’est l’argent ». La cause principale de la violence et de la guerre dans le monde est dans l’avidité de l’homme blessé par le péché.

2/ Une lecture pratique : nous sommes en guerre contre un mal moral avant tout, y compris contre le terrorisme. Le pape parle en éclaireur des consciences, pas en stratège militaire, mais ce faisant, il attaque le mal à la racine. Le terrorisme est défini comme l’expression d’une forme de désespoir. En quoi notre société provoque-t-elle du désespoir ? C’est la question qu’il faut se poser. De même que l’avortement est le principal obstacle à la paix (Mère Teresa), de même l’argent — et par analogie toutes les concupiscences : le pouvoir, le plaisir égoïste — est la cause principale de la guerre et de la violence. Chez nous, les salauds manipulés par les agents de l’État islamique sont aussi victimes d’une France matérialiste qui n’a pas su se faire aimer d’eux.

Ensuite, identifier l’ennemi au terrorisme l’enferme définitivement dans un processus dont il faut à tout prix le sortir. Daech n’est pas l’islam. Si l’on veut faire de tous les musulmans des terroristes, disons que l’islam est terroriste. On sera bien avancé.

« Il est faux d’opposer l’Occident et l’islam » (Benoît XVI)

J’ai lu que cette approche était suicidaire : en ne voulant pas la guerre aux dépens de la vérité, on a le déshonneur et la guerre. Mais le pape n’a jamais dit que les États ne devaient pas se défendre, ni ne pas désigner l’ennemi. Il a même dit exactement le contraire, de manière plus précise d’ailleurs que ses prédécesseurs. Comme chef religieux, il veut la paix dans les cœurs. Comme chef de l’Église, il sait que dans l’ordre divin, un chrétien qui fait le mal blesse davantage la paix qu’un islamiste fou furieux. Il sait que le mystère du mal touche toute l’humanité. Le nazisme et le communisme sont nés dans des sociétés chrétiennes : pourquoi ? Cela ne veut pas dire que l’Église en était responsable, elle en a été même l’une des victimes principales. Les massacres du Rwanda ont frappé l’un des pays les plus chrétiens d’Afrique : pourquoi ?

Cela signifie-t-il qu’il ne faille pas dire la vérité sur l’islam ? Non, assurément. L’Église et les papes ont dit beaucoup à ce sujet. Le discours de Ratisbonne, auquel beaucoup se réfèrent, a été particulièrement subtil. Mais ce que Benoît XVI a dit devant les universitaires allemands était moins une critique de l’islam qu’une autocritique de la raison occidentale en général, et chrétienne en particulier. La condition du dialogue entre les cultures et les religions, c’est le retour à la raison. Pas à l’émotion, ni au simplisme, a fortiori en se défoulant à bon compte contre un bouc émissaire au nom du bien contre le mal.

Dans un discours précédent, à l’occasion du soixantième anniversaire du débarquement allié en Normandie, Joseph Ratzinger avait exposé les conditions de la paix dans un monde troublé par la collusion entre l’Occident et l’islam : « L’un et l’autre sont des mondes polymorphes […] en interaction mutuelle. Dans cette mesure, il est faux d’opposer globalement l’Occident et l’islam ». On ne répond pas à la pathologie de la religion par la pathologie de la raison, toutes deux également partagées.

C’est exactement ce que dit le pape François : la violence de l’islam — ou des musulmans — est moins le sujet que la violence en tant que pathologie de la religion qui oublie la raison, et de la violence en tant que pathologie de la raison qui oublie la religion, ce dont la société chrétienne n’est pas indemne.

L’antiterrorisme chrétien s’attaque aux causes du mal. Il laisse à l’État ses responsabilités. Les salauds doivent être neutralisés et condamnés. Désignés, et recherchés. Mais la raison commande de soigner le mal à la racine, et d’éviter qu’il se reproduise. L’honneur des catholiques est d’apporter leur pierre (leur Pierre !) à cette tâche, c’est leur mission particulière, y compris politique : aider les États à aller plus loin que la simple gestion des conflits en affrontant leurs sources morales et culturelles.

Agir en prudence

Un dernier argument doit être retenu : celui de l’opportunité. Le pape sait ce qu’il dit et ce qu’il fait. Il serait assurément surprenant si l’Église n’avait pas de discours de synthèse sur l’islam et sa réalité, aussi bien religieuse que sociologique et politique. Mais les circonstances plaident pour une expression adaptée au contexte de guerre qui est le nôtre, avec une résistance en sifflet. Autrement dit, plusieurs fers au feu.

Certains exemples récents ont été rappelés, par exemple par le père Christian Vénard ou par l’historien Christophe Dickès. On a reproché au pape Pie XII son silence pendant la guerre, un silence voulu et assumé par prudence : cela ne voulait pas dire que l’Église n’avait rien à dire sur le nazisme ni à encourager contre lui. Il y eût même une encyclique. Qu’on sache, il y eût des chrétiens résistants publiquement à Hitler, et qui jamais n’ont été condamnés par Rome. Symétriquement, on n’a jamais entendu Mgr von Galen, le cardinal Saliège ou sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein) critiquer Pie XII.

Il en fût de même avec l’Ostpolitik : l’appareillage doctrinal de condamnation du communisme fut on ne peut plus complet, l’Église militante a résisté. Pourtant, la diplomatie vaticane du cardinal Casaroli a manifestement tout fait pour calmer le jeu, aux dépens apparents des intérêts de la vérité. Cela ne veut pas dire non plus qu’il n’y eût pas régulièrement de sévères explications de gravure entre Rome et les Églises locales, mais ce fût discrètement. A-t-on entendu le cardinal Wojtyla tonner contre Paul VI ? Oui, de nombreux catholiques d’Europe de l’Est se sont souvent sentis abandonnés, oui on eût pu faire mieux. C’est toute l’humanité de l’Église dans ses tensions qui s’exprime ainsi, et qui n’échappera jamais à ses limites sur la terre.

Accepter ces faiblesses, c’est accepter aussi la puissance de l’Église où l’on n’est jamais seul et où chacun a sa part de responsabilité, selon sa vocation : dans l’unité de l’espérance qui ne se trompe jamais mais qui n’est pas pressée, celui qui doit se taire compte sur celui qui dit la vérité ; celui qui parle n’oublie pas celui qui ne peut pas parler. Comprenne qui pourra : l’Église n’est ni une démocratie, ni une force militaire, ni une ONG. Mais elle a vaincu le monde.

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