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« Je préfère me tromper en suivant le pape que d’avoir raison contre lui »

Père Christian Venard - Publié le 12/08/16

De la nécessité de suivre le Saint-Père en toute circonstance.

Les quelques lignes que j’ai écrites pour donner à la fois mon sentiment et tenter de comprendre les paroles du Saint-Père, au sujet de la violence, de l’islam et du catholicisme, m’ont valu d’abondants échanges. J’ai été frappé de la violence de certains, même si, acteur régulier des réseaux sociaux, je n’ignore pas combien d’internautes profitent du relatif anonymat que leur procure ce moyen de communication, pour déverser leur haine, leur colère ou leur souffrance parfois.

À ceux d’entre eux qui ne sont pas catholiques, je répondrai ceci. Vous avez un droit absolu de critiquer les positions du pape François, voire même de les combattre ; nonobstant, me semble-t-il, la politesse et la déférence dues à un chef d’État (fût-il l’un des plus petits du monde) et au chef de plus d’un milliard et demi de croyants à travers la planète. Non seulement vous avez ce droit, mais, votre critique peut s’avérer constructive. J’ai noté, ici ou là, des réflexions intéressantes, de la part de personnes ayant une bonne connaissance du monde de l’islam, ou de la géopolitique.

Amour et révérence

À ceux qui sont catholiques, je veux dire ma stupéfaction devant la brutalité et l’indigence de certains propos. Du #pasmonpape –  absurde si l’on se dit catholique, ou bien changez de religion et il est alors inutile de le préciser ! –  aux subtilités byzantines sur la portée ou non des paroles pontificales en dehors du magistère solennel –  ex cathedra – , il y a là pour le moins un refus de l’autorité suprême du Souverain Pontife et de l’adhésion que nous lui devons, du fait même de l’immédiateté universelle de son pouvoir sur chaque fidèle baptisé. Certes, les propos « politiques » du pape ne nous engagent pas de fide –  et heureusement – , mais la manière dont nous les abordons, comme catholiques, ne peut se faire comme si nous discutions les thèses de tel ou tel politique français.

L’amour et la révérence que nous devons porter au Saint-Père nous obligent à une lecture la plus positive possible –  pia interpretatio –  de l’ensemble de ses interventions. Si nous n’y parvenons pas, alors il nous est nécessaire de pratiquer avec humilité un acte de foi. Non pas forcément de foi quant au contenu même des propos –  s’il ne s’agit pas d’un enseignement ex cathedra –  mais un acte de foi en la personne du successeur de Pierre. Pour être provocant : je préfère me tromper en suivant le pape – sauf si ma conscience me l’interdit… je renvoie là à saint Thomas d’Aquin –  que d’avoir raison contre lui ! Ubi Petrus, ibi Ecclesia. Là où est Pierre, là est l’Église. Cette règle ne souffre pas d’arguties. Si ma petite intelligence me rend impossible une adhésion formelle et publique, alors il vaut mieux entrer dans le silence et la prière que donner le spectacle scandaleux de fils dénaturés critiquant publiquement leur père…

La méthode saint Thomas d’Aquin

Enfin, un autre élément m’a frappé – ou plus exactement me frappe – dans nombre de controverses entre catholiques. L’art de la disputatio est un art éminemment catholique. Il n’est que d’observer la méthode d’un Thomas d’Aquin pour s’en convaincre ! Mais précisément, le même Thomas, après avoir montré la pluralité des opinions sur tel ou tel sujet, après avoir donné sa propre solution, cherche toujours à exposer comment les uns et les autres avaient perçu tel ou tel aspect de la vérité recherchée. C’est que la pensée catholique ne peut jamais se satisfaire de l’univocité ; car cette vérité qu’elle recherche est in fine une personne, et quelle personne ! Dieu lui-même fait homme en Jésus-Christ. Bien malin celui qui prétendrait, sur cette basse terre, en avoir fait le tour et la posséder tout entière !

Ainsi, en comparant le pape François à Pie XII, je ne crois pas avoir dit que le pape François était Pie XII. Et si je veux bien admettre que comparaison n’est pas raison, certains de mes contradicteurs, veulent-ils bien réaliser que le contexte géopolitique actuel est aussi radicalement différent de celui des années 1939-1945 ? La parole publique des Pontifes ne peut être exactement la même ! C’est aussi simple à comprendre que le changement de ton du Magistère romain au sujet des « droits de l’homme » entre la fin du XVIIIe siècle et la moitié du XXe siècle !

Nous inciter à adopter le point de vue des plus pauvres

Aussi, pour m’appliquer ce principe, je reprends volontiers à mon compte, une autre hypothèse, suggérée par l’un de mes correspondants, pour essayer de saisir la portée des fameux propos du pape François. Je suis, en fait, autant gêné que beaucoup, par ces propos ; surtout le déni des dangers de l’islam. Mais c’est que le pape a un point de vue radicalement différent du nôtre. Il vient d’Amérique du Sud. Je ne crois pas, comme certains, qu’il ignore les difficultés concrètes à cohabiter avec les musulmans dans les cités de nos villes ou au Moyen-Orient, mais son analyse géopolitique n’a pas les mêmes références que la nôtre.

Ce qu’il veut, c’est nous inciter à nous placer, comme lui, du côté des pays pauvres de la planète, de ceux qui n’ont pas le pouvoir macro-économique ni militaire. Ce faisant, il se place aussi du côté des pays musulmans qui, excepté quelques puissances pétrolières – en réalité très tributaires aussi de nos économies occidentales–, sont les jouets des puissants. L’Amérique du sud ayant vécu cela, de révolutions en révolutions, d’attentats en attentats pour finalement faire toujours le jeu des marchés financiers, il lui est arrivé de dire que l’on devient terroriste surtout quand on pense n’avoir pas d’autre choix pour améliorer son sort. C’est peut-être une analyse simpliste, mais c’est la ligne habituelle du Saint-Père : nous inciter à entrer dans le point de vue des plus pauvres. La question qui suit immédiatement dans l’interview et la réponse viendraient appuyer cette analyse. Et si cette analyse me permet de rester proche du pape et de sa pensée, je veux bien la faire mienne aussi !

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