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Le Brexit : une rupture historique

François de Lacoste Lareymondie - Publié le 09/08/16

Une véritable rupture historique

En dépit de cela l’électorat britannique s’est massivement déplacé et a voté nettement – contrairement aux prévisions des sondages, comme d’habitude – en faveur du Brexit. Il fallait donc que la vague de fond fût extrêmement puissante pour que le résultat soit celui qu’il a été ; et il ne peut y avoir aucune ambiguïté sur sa cause et sa portée.

Si on laisse de côté les cas particuliers écossais et irlandais, ce qui ressort du vote c’est un clivage profond entre Londres et le reste de l’Angleterre. Or Londres est très largement sous l’influence de la City, c’est-à-dire du cœur de la finance mondiale, qui en a fait, avec succès d’ailleurs, un monde à part, et qui, depuis deux générations au moins, déterminait la politique européenne britannique, et à travers elle pesait directement et lourdement sur l’UE. Oui mais voilà ! la Londres d’aujourd’hui n’est plus l’Angleterre, pas même représentative du Royaume-Uni : le peuple britannique s’est autant révolté contre l’establishment financier et ses relais politiques que contre l’Union européenne en tant que telle.

C’est donc un levier majeur de l’histoire européenne contemporaine qui, pour la première fois depuis soixante ans et contre toute probabilité, vient de se briser ; et c’est en cela que nous venons donc d’assister à un acte de rupture de l’Histoire. Car, à l’inverse des référendums continentaux de ces dix dernières années, systématiquement escamotés quand ils allaient à rebours du « sens de l’Histoire », ce ne sera pas le cas du référendum britannique : les traditions politiques sont trop fermes et la vague est trop puissante pour que les dirigeants britanniques aient pu, ne serait-ce que l’imaginer un instant.

Dès lors le jeu est brutalement rouvert et toutes les cartes sont redistribuées.

Le virage britannique est clairement engagé

Dès le lendemain du vote, David Cameron en a tiré les conséquences et désormais le train roule sur d’autres rails. Contrairement à ce que certains espéraient sans doute secrètement, le virage britannique a été rapidement et fermement pris :

  • Theresa May a pris la suite de David Cameron en moins d’un mois et sans crise majeure au sein du parti conservateur ;
  • Sans égard pour ses préférences personnelles (bel exemple) elle a assumé le vote et se donne les moyens de réussir en constituant une équipe qui englobe toutes les composantes du parti et confie aux partisans du Brexit des postes clés dans la négociation de sortie ;
  • Enfin, et de façon très significative, le programme gouvernemental qu’elle a annoncé se situe à l’exact opposé de celui, « pro-City », sur lequel David Cameron avait été réélu il y a deux ans.

Theresa May dispose d’un atout qu’elle entend utiliser à son avantage : le temps. Certes, l’article 50 du Traité sur l’Union européenne enferme la négociation dans un délai de deux ans ; mais son déclenchement est à la main exclusive du pays sortant. Elle s’en sert pour préparer sa négociation. On le lui reproche ? On a bien tort. Les partisans du Brexit n’avaient pas de plan ? Évidemment : avec qui et comment l’auraient-ils préparé ? David Cameron avait interdit à l’administration d’y réfléchir pendant la campagne pour éviter de donner des armes à ses adversaires ? C’était de bonne guerre. Au fond, il n’y a là rien d’anormal, bien au contraire : la question posée était une question politique de principe, et c’est à ce niveau que la réponse a été donnée ; l’administration est là ensuite pour la mettre en œuvre. C’est ce que l’administration britannique va faire maintenant, avec toute la diligence qu’on lui connaît. Faisons confiance à l’esprit de discipline qui la caractérise : la négociation va être soigneusement préparée et sera ensuite fermement conduite. En la matière, ils ont du métier et s’avèrent redoutablement efficaces.

Le marais européen

Du côté européen, le contraste suscite de sérieuses raisons d’être inquiet quant à la suite.

Dans le concert des dirigeants, aucune voix ne s’est élevée dont on puisse dire qu’elle a perçu la portée de l’évènement et pris la mesure des questions posées. L’appel au « renforcement » de l’Union n’a pas de sens dans ce contexte et relève de l’incantation – ou de l’aveuglement.

Les discours des dirigeants européens sont cacophoniques. Le président français a d’ores et déjà remisé son exigence de rapidité pour s’aligner sur la chancelière allemande ; laquelle donne l’impression de vouloir plutôt temporiser et biaiser pour n’avoir pas à assumer une rupture et conserver les avantages qu’elle tire de la construction actuelle. Et entre ceux qui veulent tout faire pour garder quand même le Royaume-Uni « dedans » avec un statut sur mesure, et ceux qui veulent le « punir », le dessein d’une position commune de négociation risque de s’avérer aussi laborieux qu’ambivalent.

La Commission, qui revendique la conduite de la négociation, vient de nommer Michel Barnier comme négociateur. Certes, ayant été commissaire européen en charge des services financiers (tiens, tiens !…) il connaît la machine. Mais avec Jean-Claude Junker, nous aurons deux eurocrates – deux « eurolâtres » – à la manoeuvre, dont on peut craindre le pire en termes de compréhension politique. J’en veux pour preuve le traitement que la Commission vient d’infliger à la Pologne à qui elle reproche de violer l’État de droit parce que son gouvernement veut réformer sa Cour suprême, en engagent une procédure de sanction politique ! Mais aussi la toute récente déclaration de Jean-Claude Junker refusant de refermer les négociations d’adhésion de la Turquie ! Ce n’est pas l’indulgence – provisoire – envers les déficits espagnols et portugais qui corrigera cette impression.

Il serait vain de chercher à écrire un avenir qui est complètement ouvert. Mais soyons sûrs d’une chose : cet avenir appartient à ceux qui ont une vision politique, historique et stratégique, fondée sur une perspective longue et sur une pensée profonde enracinée dans leur culture, avec une personnalité assez forte pour naviguer au large dans des eaux inconnues. Les autres ne seront que des spectateurs.

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