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Chine : le cardinal Zen perd patience

Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong Kong © Jean-Marie Hedinger/Ciric
24 Mai 2012: Le card. Joseph ZEN ZE KIUN, évêque émérite de Hong Kong, invité par l'AED à Paris (75), France.

May 24, 2012: card. Joseph ZEN ZE KIUN, bishop Emeritus of Hong Kong, in paris (75), France.
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Craignant une forte pression sur le Pape, l’évêque émérite de Hong Kong voit d'un mauvais œil les échanges menés entre le pouvoir chinois et les négociateurs du Saint-Siège.

Le cardinal émérite de Hong Kong, Joseph Zen Ze Kiun, après un appel à ses « frères et sœurs » en République de Chine, leur suppliant « d’ignorer » l’accord qui pourrait être conclu entre le Saint-Siège et la Chine, même s’il devait être approuvé par le pape François, revient à la charge dans un entretien paru ces jours derniers dans la presse italienne. Les catholiques chinois « vivent dans la crainte (…) ; j’ai des contacts quotidiens avec eux et peux dire qu’ils ont peur d’un accord entre le Vatican et la Chine », assure le cardinal Zen au journaliste italien Beniamo Natale, sur le site Ytali.com. Selon lui, le pouvoir chinois à Pékin a toutes les raisons de penser que le Saint-Siège est prêt à tout pour parvenir à un accord.

Vers un accord improbable

Du haut de ses 84 ans, avec un zèle et une résistance à toute épreuve malgré la maladie, le cardinal Zen donne une vision sceptique des échanges menés tambour battant entre le pouvoir chinois et les négociateurs du Vatican. « Je ne sais pas comment on peut être optimiste en ce moment ! Il n’y a aucune raison, c’est sans fondement », estime le cardinal. Trouver un accord ? « Pour cela, il faudrait que les Chinois cèdent beaucoup de terrain. C’est impossible. Pourquoi cèderaient-ils après avoir tout conquis ? Ils veulent encore plus. Ils viennent parler pour obtenir davantage, pas pour céder. Penser qu’ils viennent vraiment pour négocier est irréaliste. »

Entamées en 2014, les négociations entre Rome et Pékin sont menées dans la plus grande discrétion. Rien ne transparait de leur teneur, seulement que les rencontres se multiplient et pourraient déboucher sur une normalisation des relations et une visite du Pape en Chine, suppute-t-on dans les médias. Peut-on y voir les prémices d’un accord historique ? Un tel arrangement irait « contre le principe de leur foi », a-t-il écrit récemment sur son blog selon Gianni Valente de Vatican Insider.

Le cardinal Zen, qui a toujours joué un rôle de premier plan dans la lutte pour la démocratie dans l’ex-colonie britannique, et fut pendant des décennies un ardent défenseur des droits de la religion catholique, ne voit aucun signe d’ouverture de la part de Pékin en matière de liberté religieuse. D’autant plus que Pékin, en avril dernier, lors d’une réunion au plus haut niveau consacrée à la religion, a réaffirmé point par point la nécessité pour le Parti communiste de contrôler les religions en Chine.

Le Pape, trop admiratif ? 

Le cardinal Zen ne partage pas « la politique chinoise » entamée par François, et il le dit clairement dès qu’il en a l’occasion tant son inquiétude est grande.

En mai dernier, dans un entretien exclusif à Famille Chrétienne en partenariat avec Églises d’Asie, il avait réagi négativement aux propos « admiratifs » du Pape envers la Chine, dans une interview accordée au site Asia Times (Hong Kong), mais sans jamais aborder la situation des catholiques dans le pays et la question de la nomination des évêques par Rome : « Tout le monde admire les efforts déployés par le Pape. Il fait preuve de tant de bonne volonté. (…) Mais j’ai été déçu car la religion a été exclue du champ de l’interview : comment imaginer interviewer le Pape et ne pas parler de religion ? », avait-il estimé.

La réaction de Pékin au contenu de cette interview ne s’est alors pas faite attendre : « Nous voulons des faits », que le cardinal Zen a traduit par : « Autrement dit (…), rendez les armes ! Soumettez-vous aux demandes de Pékin ! ». Cette réponse cache, à ses yeux, tant de raisons d’être sceptiques.

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