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Les moines racontent : la fabuleuse histoire de sainte Marie-Madeleine en France

Saint Jean et Marie Madeleine au pied de la croix © P Deliss / GODONG
Saint Jean et Marie Madeleine au pied de la croix ©
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Le pape François vient d’élever la célébration de la sainte au rang de fête – « festum ». Petite chronologie d’un culte populaire.

Les écrits du pape saint Grégoire (+ 604) ont fait connaître et aimer Marie-Madeleine en Occident. Dans la suite, tout le Moyen-Âge l’a vénérée. Sa venue à la Sainte-Baume en Provence se rattache à une tradition antique. Il n’en est cependant pas résulté un culte liturgique dont des vestiges seraient arrivés jusqu’à nous.

Un peu d’Histoire…

Lorsque la liturgie romano-franque se constitua aux VIIIe et IXe siècles, elle emprunta bien de ses oraisons au sacramentaire vieux-gélasien – un recueil datant de la fin du 8e siècle qui n’était en aucune façon un livre liturgique utilisé ; on recopia largement les oraisons de ce sacramentaire.

Dans l’élaboration de cette nouvelle liturgie, on se référa également parfois à un autre ouvrage, le martyrologe hiéronymien, bien que lui non plus ne renvoyât à aucune liturgie effective : c’était un simple catalogue mis au point à Auxerre, à la fin du 6e siècle et où étaient recensés tous les saints de la chrétienté connus de lui ; ce document fournit un cadre hélas souvent extravagant pour les fêtes que l’on voulait célébrer.

Enfin, les divers sacramentaires gélasiens du 8e siècle, dont l’archétype avait été rédigé à l’extrême fin du VIIIe siècle, fera le lien entre le vieux-gélasien et ce qui sera bientôt le type général des sacramentaires qui s’imposera en Occident. Autrement dit, les oraisons prises au vieux-gélasien n’entrèrent pas directement dans la nouvelle liturgie, mais elles le firent à travers le témoignage des sacramentaires gélasiens du 8e siècle.

À l’origine, une simple mention dans un texte ancien

L’hagiographie connaît une famille de quatre saints : les époux Marius, Marthe et leurs enfants Audifax et Abacuc. Or, au 20 janvier, les gélasiens du VIIIe siècle1 – qui habituellement recopient le vieux-gélasien – ont innové, en supprimant la mention de Marius [et non pas Marie], Marthe, Audifax et Abacuc auprès de saint Sébastien. C’est que leur archétype a pris prétexte de cette mention pour créer, à l’aide de pièces tirées du commun des saints, un formulaire d’oraisons de Marie et Marthe qu’il plaça au 19 janvier, en conformité à la notice du Hiéronymien pour ce jour.

janvier Hiéronymien
recensions I et II
formulaires du sanctoral
du vieux-gélasien
(après 750)
formulaires du sanctoral
des gélasiens du VIIIe s.(fin du VIIIe siècle)
19 …Hierosolima Marthae et Mariae sororum Lazari…

  • Marie et Marthe
20 I. Romae passio sancti Sebastiani Fabiani episcopi. via Cornelia miliario
ab urbe XII Mari et AmbacuII. Romae in cimiterio Fabiani episcopi et Sebastiani.
in cimiterio Mariae [sic] et Marthae Audefax et Abacuc
  • saints Sébastien,
    Marie [sic], Marthe, Audifax et Abacuc
    (seul Sébastien est mentionné dans les oraisons)
  • saint Fabien
  • saint Fabien
  • saint Sébastien

Aucune raison de pratique liturgique ne justifiait cette modification, qui provient uniquement d’une liberté que prit le compilateur du premier des gélasiens du VIIIe siècle, et qui avait pour excuse le manque de cohérence des notices du martyrologe. Cette modification aurait même été impossible si le vieux-gélasien avait été lié à un usage liturgique effectif.

La mention des saintes Marie et Marthe faite par le Hiéronymien au 19 janvier ne signifie nullement un usage liturgique à l’endroit où a été rédigé ce martyrologe – à savoir Auxerre à la fin du VIe siècle –, puisque le martyrologe n’a rien à voir avec un « ordo » au sens de norme de la pratique liturgique d’un diocèse ou d’un monastère, la mention fait seulement référence à Jérusalem comme lieu d’origine (d’un éventuel culte) des deux saintes. Cependant, cette mention servira deux siècles plus tard à la création, par l’archétype des gélasiens du VIIIe siècle, d’une fête appelée à devenir liturgique, la toute première fête en Occident de sainte Madeleine.

La modification apportée par les gélasiens du 8e siècle est en effet l’origine lointaine du culte liturgique effectif de Marie-Madeleine dans les pays latins2. La mention de la fête fut transférée peu à peu au 22 juillet3, selon la date fournie par le martyrologe de Bède qui vers 720 – pour la première fois en Occident – a donné sainte Marie-Madeleine (seule) au 22 juillet comme le faisait la tradition orientale4. En Occident où Marie de Béthanie est identifiée à Marie-Madeleine, ce transfert était naturel, puisque la dévotion allait surtout à Marie (Madeleine) plus qu’à sa sœur Marthe. La notice du martyrologe de Bède, pas plus que celle du Hiéronymien, n’était en rien la marque d’une célébration liturgique effective à l’endroit même de sa rédaction.

Dans la nouvelle liturgie romano-franque qui se développa alors (IXe siècle), la fête de Madeleine demeura localisée. Le culte de la sainte possède très peu de témoins dans les manuscrits liturgiques anciens, non seulement au IXe siècle, mais encore au 10e siècle ; à partir du XIe  siècle, le nombre des témoins ne cessera d’augmenter, et cela pendant tout le Moyen Âge. En tout cas, le point de départ du culte effectif se situe à la fin du VIIIe siècle, à Flavigny, lorsque l’auteur de l’archétype des sacramentaires du VIIIe siècle fabriqua un formulaire pour les saintes Marie et Marthe au 19 janvier.

Bibliographie

Gélasiens du VIIIe siècle : La liste des principaux sacramentaires gélasiens du VIIIe siècle publiés se trouve dans Liber sacramentorum engolismensis, éd. Patrick Saint-Roch, coll. Corpus Christianorum, Series latina CLIX C, Brépols, Turnhout, 1987, p. XXVI. Ce sont les sacramentaires d’Angoulême (ci-dessus), de Gellone (ci-dessous), d’Autun et de Saint-Gall, mais aussi celui de Rheinau : Sacramentarium rhenaugiense, éd. Anton Hänggi et Alfons Schönherr, coll. Spicilegium Friburgense, 15, 1970, Universitätsverlag Freibourg Schweiz.

Dom Jacques-Marie Guilmard, « Origine de l’office grégorien », dans Ecclesia orans 23 (2006), 72-73.

Dom Jacques-Marie Guilmard, « À l’origine du chant grégorien de la Messe et du sacramentaire gélasien. B. Étude du sacramentaire gélasien », dans Revue bénédictine 125 (2015/2), 409-442.

hiéronymien : Père Hippolyte Delehaye, s.j. et dom Henri Quentin, o.s.b., Commentarius perpetuus in Martyrologium hieronymianum, dans Acta sanctorum novembris, ii, pars posterior, Bruxelles, 1931.

Vieux-gélasien : Vatican, Bibliotheca Apostolica, Reginensis 316, et Paris, BNF lat. 7193. Liber sacramentorum romanae aecclesiae ordinis anni circuli, éd. dom Leo Cunibert Mohlberg, coll. Rerum ecclesiasticarum documenta, Series maior, Fontes IV, Herder, Rome, 1960.

Notes

1 Liber sacramentorum gellonensis, éd. dom André Dumas et dom Jean Deshusses, coll. Corpus Christianorum, Series latina CLIX, Brépols, Turnhout, 1981, p. 19 ss.

Mgr Victor Saxer, Le culte de Marie Madeleine en occident des origines à la fin du moyen âge, Cahiers d’archéologie et d’histoire, 3, Auxerre/Paris, 1959, p. 31 ss.

3 On peut le constater dans trois sacramentaires tourangeaux du 9e siècle. Voir Abbé Victor Leroquais, Les sacramentaires et les missels manuscrits des bibliothèques publiques de France, 1, Paris, 1924, 45-55.

4 Dom Henri Quentin, Les martyrologes historiques du moyen âge, Paris, 1908, p. 53 ;  Dom Jacques Dubois et Geneviève Renaud, Édition pratique des martyrologes de Bède, de l’Anonyme lyonnais et de Florus, CNRS, Paris, 1976, p. 132.

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