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Carnet de voyage. Le marin du vieux port

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Kit Joulain - publié le 19/07/16

Un après-midi ensoleillé sur les quais de Marseille propice à une belle rencontre...

Il est près de 15 h dans le vieux port de Marseille, le soleil au plus haut fait refléter ses faisceaux sur le mât des bateaux amarrés. Adossé à une bitte d’amarrage, Hamid lance adroitement sa ligne loin devant lui. Presque instantanément, il se met tourner lentement le moulinet pour ramener l’hameçon vers lui, avant de l’attraper dans ses mains fatiguées. Il crochète scrupuleusement des petites boulettes de farine mélangées avec de l’eau et du fromage à son hameçon, puis rejette sa ligne à la mer d’un geste presque mécanique. Un instant son regard se tourne vers le quai noir de passants, qu’il semble ne pas voir. Je l’observe de loin, cet homme au teint halé, vêtu d’une marinière et coiffé d’un béret m’intrigue. Son regard croise le mien, je m’approche et prend place à côté de lui en le saluant.

Chaque samedi et chaque dimanche depuis des années Hamid regagne sa même place dans le vieux port, l’endroit idoine pour pécher. La conversation est engagée, je m’immisce au fil des minutes au cœur de l’univers secret de ce vieux loup de mer. L’homme se met à me raconter l’histoire de ses origines en Algérie, ses années passées en mer au sein de la marine marchande, l’immigration de ses parents en France, son goût pour les voyages… Troisième fils d’une famille de cinq enfants, il est né dans l’Algérie coloniale de De Gaulle. C’est avec une pointe de tristesse dans la voix qu’il évoque son enfance en Algérie, l’écart de culture entre les français et les Algériens contraints à cohabiter côte à côte. En 1977, son père qui travaille dans l’industrie de la sardine est muté en France.

Une note de regret dans la voix…

C’est ici à Marseille qu’Hamid a grandi, au sein d’une famille musulmane, son père travaille dur et sa mère tient la maison. Entre deux anecdotes, le marin remonte sa ligne le regard ailleurs, puis il la relance. Il me parle beaucoup de son père sur un ton empreint d’admiration et de reconnaissance : « En Algérie mon père travaillait sur le port, il faisait beaucoup avec ses mains, chaque jour il parcourait  vingt kilomètres à pied. Puis il a mis assez d’argent de côté pour s’acheter un vélo. La femme de son patron, qui était française, a un jour demandé à ce que mon père soit viré, car, s’il s’achetait aujourd’hui un vélo, il s’achèterait demain une arme. Le patron qui aimait pourtant mon père, l’a viré ». Hamid s’arrête brusquement, une sarde vient de mordre à l’hameçon, il tire d’un coup sec sur sa canne en bambou pour la ferrer mais déjà sa proie s’est-elle échappée.

Il reprend le fil de son histoire et évoque son regret de ne pas avoir pu faire d’études. Hamid travaille dans des cuisines, tantôt pour des restaurants ou des lycées. Il me confie les difficultés qu’il a rencontrées au fil de sa vie pour trouver du travail, à cause de ses origines arabes et de son manque de formation. Longtemps il a travaillé dans la marine marchande, habilité à acheminer des marchandises sur les continents asiatique, africain et européen. Ses yeux brillent lorsqu’il évoque la vie en mer et la paisibilité qu’il y trouve. Je perçois une note de regret dans sa voix lorsqu’il mentionne l’incompatibilité de la vie de marin avec celle d’une femme. Malgré cette confidence, je devine chez cet homme une véritable âme solitaire. « J’aime les voyages et la mer, mais j’aime le calme et par-dessus tout me retrouver seul. À bord je voyageais seul, pas le temps de jaboter ! »

Entre deux doigts, il se met à façonner de nouvelles boulettes de farine, il les jette par-dessus bord pour attirer les poissons. Je lui demande si je peux faire une photo-portrait de lui, amusé il acquiesce d’un sourire. Il s’attache désormais à démêler sa ligne, son esprit semble déjà loin, absorbé par cette tâche délicate. Je m’éloigne lentement pour me fondre dans la foule livrant à l’éphémérité cette rencontre fortuite avec le vieux marin solitaire.

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